Je sortais aujourd’hui à 18h, autant dire que j’ai piqué un sprint pour arriver quelques minutes plus tard dans une ambiance musicale jazzy très apaisante, en contraste total avec ma propre accélération, j’ai dû stopper net au seuil de la salle multicolore à dominante jaune, un peu comme dans l’état de veille avant de laisser les paupières se fermer et décider d’être emporté, d’abord il y avait des ballons bleus comme pour un anniversaire, des grands et des moins grands. Ensuite, de nouveaux visages par dizaines, pour l’instant des gens et peut-être demain des personnes avec qui je nouerais un lien ou une simple complicité jaune à tendance ballon bleu. Discrètement, je suis allée me faire une place tout au fond, près du poste de musique et de la fenêtre ouverte sur la nuit qui a rattrapé nos jours ouvrés, car oui l’heure d’hiver sonne la saison des rêves à découvert, et j’ai posé ma serviette un peu comme si je venais me poser sur la plage. Enfin, face à mon sourire de surprise j’ai trouvé celui d’une personne écoutée par toute l’assemblée, si elle m’avait dit que la musique apaisante sortait de son ventre je l’aurais crue sur parole, j’ai fixé mon regard hypnotisé pour faire tout comme elle debout par terre et au ciel, la musique est venue envelopper mon corps tout entier pour l’étirer en profondeur, longuement. L’instant d’après, je dansais sur une valse de Chopin, c’est même elle qui en a dit le titre tout en faisant l’appel depuis mon arrivée des muscles complets qui nous constituent autant que nous les fabriquons, chaque fois qu’un mouvement en concernait un, en moi ça répondait Présent ! Elle a commencé à parler de première et de deuxième position et je me suis dit mais-non-elle-ne-parle-pas-de-danse-classique, sauf qu’en face dans le miroir je me suis vue en danseuse rose. Voilà à quoi mène la blondeur bouclée au bout de quelques mois de laisser-aller-pire-que-total. Et encore, ça c’est ce qu’il se passait gentiment à l’extérieur de l’épisode physique phénoménal, à l’intérieur de moi-même, c’était un lever de soleil qui se lèverait pour la première fois en découvrant à la fois le ciel et la terre parce que pendant tout ce temps c’était la nuit et le froid, pas un seul muscle et quand je dis pas un seul j’inclus ce fameux ischio qui souffre toujours de ma fracture de fatigue ancestrale, pas un seul n’a échappé à une décrispation non programmée. C’est comme si la lumière se faisait là où il n’y avait jusqu’à présent ni ampoule ni interrupteur, est-il vraiment possible que le mois de novembre soit celui du nouveau moi au lendemain de la journée des morts, je ressuscitais de seconde en minute de mes innombrables blessures, miracle. Mon rêve de lévitation était plus présent que jamais alors que j’étais à deux doigts de miauler. Pourquoi personne ne m’avait-il encore jamais parlé de cette pratique, me disais-je, et pourquoi je découvre toujours l’Amérique des millénaires après sa capitalisation outrancière par d’autres. Mon sourire s’est étendu entre deux continents, celui du possible et celui de l’inenvisageable, en même temps que mes muscles s’allongeaient après des mois, des années à gonfler et souffrir, j’ai fini par offrir à mon corps un voyage en apesanteur, c’était mon premier cours de Pilates.

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2 réflexions sur “Vichy #23

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