Tu t’entêtes à les répéter ces quelques lettres mises bout à bout comme une énigme, même après toutes ces fois, ces quelques lettres, il n’est pas encore une fois. Lentement tu épelles, distinctement tu l’appelles comme on choisit le fruit dans l’arbre pour le goûter, avec soin l’air sérieux et là ça résonne en toi ou alors tu déraisonnes, tu as sombré dans une litanie sans fin, la formule crée le verbe et le verbe le vivant, le vivant les vibrations, sa silhouette et son souffle, et alors quoi.

Ces quelques lettres, bouche bée, tu les as avalées. La fin du mot a sonné, plus un bruit et pas non plus le silence, les lettres en suspens à présent inquiètes et disloquées ont rendu les larmes une à une, vaste illusion on n’y voit plus que du trait, qu’y devinait-on avant pour les vouvoyer de la sorte, plus une forme lisible. Plus un pas et pas non plus l’immobilité, les bras d’abord ballants ne butinent plus, l’espoir a fané, reste sinon le souvenir d’un écho, peut-être un peu son attente.

Sur la table d’écriture plus un souffle, pas la mort non plus, la forme d’une présence en creux que tu as sondé, tu creuses à perte, ça creuse en toi et alors quoi. 

En bas, tout en bas plus bas que les bas-fonds, plus profond que dans l’obscurité la plus sourde au monde, le ventre brûle, ton ventre, il brûle et broie tes sueurs nocturnes jusqu’à la veille du jour d’après, les quelques lettres te consument, voyelles elles te consonneront toujours. Tu es l’eau et le feu, tu es le désir. Tuer le désir.

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