Direction Etoile #18

Je nage seule dans ma ligne ce midi, arrivée en premier à la piscine, privilège des congés. Je n’ai pas nagé depuis vendredi dernier, j’étais alors partie pour parcourir une nouvelle distance L en trois jours après celle accomplie en début de semaine, j’avais nagé 2km. J’avais envisagé de courir ensuite un semi-marathon sur deux jours puis le parcours imposé de l’Ironman Cairns le dimanche soir, histoire de me remettre des festivités, j’ai effectivement couru 10,5km samedi et dimanche, puis j’ai préféré marcher et embrasser. Ma priorité est toujours au plaisir lorsque je me réveille lundi, je roule sur un nuage de bonheur pendant une vingtaine de kilomètres, le soleil m’accompagne au retour chez moi et je décide de rouler la même distance, le sourire en moins, sur mon home-trainer, je me sens si flemmarde, détendue pour de bon et enfin déconnectée de tout, sauf d’elle. Il me manquait donc les 90km de vélo pour achever ce second triathlon L en sept jours, je décide de garder le parcours de l’Ironman Cairns pour m’entraîner toute la semaine, j’en roule donc 20km le lundi et 30km le mercredi avant d’effectuer cette même distance en mode vacancière sur les quais, d’abord en direction de Saint-Denis, puis de Pantin en passant par l’endroit de notre pause apéritive de la semaine dernière où tout a débuté. Un mois depuis le speed-dating et je n’ai pas touché à mes cheveux qui ont pris plus d’un centimètre, bientôt une semaine depuis la vraie rencontre et je décide de rafraîchir. Je m’y reprends à trois fois avant d’aller courir pour corriger et affiner encore deux fois au retour de la course à pied parce que je m’essaie à un dégradé pour ne pas choquer, ma coupe buddha sera l’étape prochaine, j’y vais tout en douceur, elle peut m’agripper.

Direction Etoile #17

Course pour la Journée de la visibilité lesbienne et marche pour une PMA pour tout.e.s. Rendez-vous à 10h place Colette, dont je pensais jusqu’alors qu’elle s’appelait place de la Comédie française, puis rendez-vous place Châtelet parmi des milliers, je la vois elle. Place Colette donc, l’occasion d’en savoir un peu plus sur les amantes de la romancière qui assume ouvertement sa bisexualité, notamment lors d’un baiser public avec la Marquise de Balbeuf en 1906 au Moulin Rouge, la créatrice des Claudine fait scandale. Nous partons à la découverte du 34 rue Guynemer, un appartement en face du Luxembourg où vécu Françoise Sagan dans les années 70’, elle y organisa de somptueuses soirées et posait une boîte remplie d’argent au milieu de la pièce pour que ses amis les plus démunis se servent. L’écrivaine resta fidèle à la créatrice Peggy Roche. Toujours dans le 6e, nous découvrons Sylvia Beach, traductrice et éditrice américaine, libraire et fondatrice de Shakespeare & Company, elle publiera en 1922 Ulysses de James Joyce et s’installe au 18 rue de l’Odéon où habite Adrienne Monnier, qui tient la boutique « La Maison des amis des livres ». Au moment où notre groupe de coureur.e.s arrive devant la plaque commémorative, une petite dame âgée débarque avec sa baguette de pain et nous livre plusieurs anecdotes concernant l’éditrice et sa librairie, nous jubilons comme si cette dernière ou son amante venait de nous apparaître pour de vrai. Arrivée un peu après 14h place Châtelet, la foule est déjà imposante et l’ambiance énorme, je n’ai pas participé à une marche depuis une éternité, et pour cause, le soleil est ardent et la chaleur nous électrise tout.e.s, j’ai déjà envie de danser quand je la vois. Pour la cause de la visibilité lesbienne je ne ménage pas mes efforts, je me sens investie, je l’embrasse dès que je le peux, je lui prends la main, je la prends par le bras, la taille. J’ai l’impression de revenir des vies entières en arrière, au moment où tout était encore possible, et pourtant nous en sommes encore là à manifester en France pour réclamer que le projet de loi sur la procréation médicalement assisté soit étendue à toutes les femmes. Après avoir été rejeté par les sénateurs, le projet de loi bioéthique a été réécrit. La voix de milliers de lesbiennes s’élève cet après-midi boulevard Sébastopol en chants, pancartes et slogans, parmi lesquels je note « Manif pour touffes » ou encore « Mieux vaut avoir une paire de mères qu’un père de merde », je croise quelques choristes alors que les autres sont en répétition, les coureuses de ce matin sont là aussi en nombre, je marche près d’elle avec son groupe d’amies parmi lesquelles Elsa, je suis à ma place. J’ai déjà l’impression d’être en vacances depuis trois semaines quand je me réveille lundi matin avant 7h pour la rejoindre chez elle en passant par les Buttes Chaumont où je la retrouve, souriante, je manque de sommeil, le froid est assez vif, je la suis, heureuse.

Direction Etoile #16

Alors que je rentre de ma balade apéritive à vélo, le souvenir de son baiser sur les lèvres, je reçois un message pour me féliciter, j’ai achevé la distance L de mon triathlon virtuel, il me manquait 30km de vélo que j’ai survolé sur mon nuage sans m’en rendre compte. Les vacances n’attendent que moi, le déconfinement est un sujet d’actualité et la sortie du tunnel donc aussi, j’ai fait en sorte de provoquer la lueur, qui me le rend plutôt bien, tout devient évident à partir du moment où je ne m’acharne plus et je laisse faire la vie, elle se charge de me montrer la bonne direction et à moi d’en trouver le sens si besoin. J’ai donc accompli l’équivalent d’une longue distance en triathlon, comme dans la vie, tu m’étonnes que je cherche ce qui dure, que ce soit simple si possible mais durable oui, le seul moyen de faire en sorte que les choses durent c’est de croire en elle dès le début, et à partir de là les choses peuvent même être compliquées pourvu qu’on croit en elles et qu’elles évoluent vers un mieux-être, l’accord de deux êtres, le désir d’une harmonie. Je n’avais plus senti le partage de ce désir depuis longtemps, au point de rêver de la grande magicienne la nuit de ma balade apéritive, sans surprise, j’étais heureuse alors, j’étais amoureuse en tout cas et son message onirique m’invite à voler dans les bras de ma nageuse de la godille et de profiter de ce qui nous arrive parce que personne ne le fera à notre place, personne ne ressentira cet effet fou, personne non plus n’aura cette envie d’apprendre à connaître l’autre tous les jours, pour donner à la relation une chance. Dernier jour avant les vacances et je sens déjà que cette journée sera in-ter-mi-na-ble. Dans mon idée, je nage le midi et je profite de finir à 17h pour courir 40mn avant de prendre mon vélo pour la rejoindre chez elle, la fin de journée pire que parfaite vraiment. Comme prévu, et ce sera le seul fait avéré, je m’offre une grasse-matinée jusqu’à 8h pour prendre conscience de ce moment, prendre le temps de savourer ce qui m’attend, décupler les efforts pour la retrouver ce soir, les meilleures vacances de toute ma vie. J’aurais pu commencer la journée par courir ou rouler, non l’heure est à la conscience, la minute surtout parce que je me retrouve vite avec mon café devant les tâches à faire, je ne sais pas comment je viendrai à bout de cette journée sinon que je ne serai pas seule, rien que cette pensée m’aide à tenir toute la matinée sans avoir l’impression d’avancer. C’est le midi que je progresse enfin dans ma ligne d’eau malgré un surnombre de nageuses inutiles, je me vois raconter cet épisode et je le vis déjà nettement mieux, l’après-midi n’en finit pas, à croire qu’il n’a pas encore commencé, je n’irai pas courir, je sens progressivement tout le poids de la fatigue s’abattre sur moi mais je tiens bon, soudain mon téléphone m’annonce la nouvelle, c’est elle qui débarque chez moi à 17h.

Direction Etoile #15

La cloche de mon église sonne 19h et j’attends d’être demain à 17h, je n’attends que ça. Le cloche de mon église sonne 19h tapantes lorsque j’arrive au pied de mon immeuble, s’agit-il d’une maîtrise de ma part ou du hasard dont je raffole parce que tout s’accorde ?  Cela n’aurait pas été la première fois que je brave le couvre-feu pour finir ma course, aucun danger dans le fait d’accélérer sur la fin, que ce soit par défi ou par excès de zèle, le fait est que je n’y suis pour rien et pourtant cette symbiose ressemble à la perfection vers laquelle j’aimerais tendre sans parvenir à l’approcher sinon lors de ces rendez-vous. Mais demain à 17h, il peut aussi ne rien se passer du tout, je sors mon vélo et on roule. Cette semaine, je dois relever le défi d’accomplir une distance L, 1900m de nage puis 90km de vélo enfin 21km de course à pied, voilà de quoi m’occuper jusqu’à jeudi, 17h. Pour m’entraîner à ce L, le label me fixe des objectifs d’entraînement quotidiens, à savoir nager 2000m, rouler 45mn et courir 40m, au choix selon ma motivation du jour, lundi j’atteins l’objectif natation le midi, j’ai roulé le matin avec flemme et couru le soir, mardi j’atteins l’objectif course à pied en profitant d’un soleil radieux sous les cerisiers, le midi j’ai rendez-vous pour nager avec elle, le soir je roule sans motivation particulière, mercredi j’atteins l’objectif vélo en m’acharnant près d’une heure sur le home-trainer. Et je la retrouve le midi pour nager, la regarder nager aussi et la retrouver en fin de ligne. Jeudi, enfin jeudi. Je n’ai plus aucune motivation pour aucune distance, aucun objectif, sauf qu’il faut que je tienne jusqu’à la fin de la journée, l’avant dernière avant les congés. Ces heureux hasards qui n’en sont pas parce que dans la vie il n’y a que des rencontres, la monnaie qui tombe pile et vous débarrasse du dernier centime, un tracé de course qui forme un cœur que vous n’auriez pas mieux dessiné, le téléphone qui répond à votre soupir, ces petites attentions qui ne signifient rien du tout et vous réconcilient avec tout. 17h. L’avant-dernière journée avant les congés est toujours la pire parce que ce n’est pas le jour de la libération et que toutes les galères vous tombent dessus, vraiment toutes. Vous est-il déjà arrivé d’avoir la sensation instantanée qu’un ange veille sur vous ? Lorsque je vais pour sortir mon vélo, je constate que je n’avais pas fermé la porte de la cave la dernière fois, mon vélo est toujours là et m’attend, la journée n’est pas si pourrie. Je m’élance vers les quais et tous les feux sont verts, ma grand-mère parlait de grüne Welle, une vague qui porte chance et ne mettra aucun obstacle devant votre obstination, la mienne est aussi tenace que la lumière renversante sous les 16 degrés de cette 16e semaine de l’année, celle où j’ai participé à la 16e saison de l’Amour est dans le Pré. Arrivée sur les quais noirs de monde, je dois rouler dans sa direction, Direction Etoile. Pire qu’avec mes lunettes de nage, je peine à distinguer quoi que ce soit en face de moi, sinon le son d’un klaxon festif, c’est elle. Je crois deviner qu’on partage le même sourire.

Direction Etoile #14

Trois parcours vélo, deux sorties course à pied et une séance de natation à la mi semaine et j’ai trouvé mon rythme de croisière dans quelque chose de plus doux, moins raide, j’ai fini deuxième de ma virtuelle catégorie d’un défi toujours trop virtuel, je risque en forçant toujours de ne plus rien finir du tout lorsqu’il faudra passer aux choses sérieuses. Trois sorties course à pied et une vraie pause déjeuner prise à la faveur d’une invitation, je savoure un lâcher-prise au soleil tout en haut de ma butte en partageant un thé exquis, j’en oublierais qu’il me faut retourner travailler si les températures n’étaient si frileuses, j’échange pour changer, je me pose et me sens apaisée, la pression chute je décompresse. Deux séances de natation plus tard et j’ai gagné une coéquipière de choc qui me motive, elle nage le papillon et même la godille, moi qui ne coulais pas la brasse il y a deux ans, je renoue avec une émulation que je n’avais plus ressentie depuis les entraînements du club lorsque je courais avec des partenaires qui me poussaient à éprouver mes limites. Elle me suit et m’incite à garder une vitesse constante, je nage l’aller en crawl et le retour en brasse, je l’entraîne peut-être en endurance puisque je n’ai pas l’habitude de m’arrêter en bout de ligne en pleine séance, je nage toujours aussi longtemps que je le peux, maintenant je prends quelques minutes pour échanger, j’assiste à une démo de godille. Cinq parcours vélo indoor et le soleil festif de ce début de week-end m’invite à sortir mon vélo sur le bitume, au bord des quais, le long des pistes cyclables parisiennes pour célébrer le retour de températures décentes, il est temps de me détendre avec un verre, comme c’était le cas lorsque le moral était au plus bas, qu’il n’y avait que ça pour tenir, le rendez-vous en fin de semaine quai de Loire pour un baby-foot les doigts gelés une coupette de Champagne à la main et une boite de bonbons Haribos pour se faire du bien. Après une semaine d’entraînement, je ne prévois rien le dimanche, ou plutôt je prévois de ne rien faire, sinon une belle et longue randonnée ensoleillée jusqu’au village voisin, y rencontrer les villageois, parisiens comme moi, attachés à une identité de quartier, curieux comme moi aussi de découvrir jusqu’où on peut marcher tout droit sur 10km. La semaine passée, mes pas m’ont amenée vers le village des Batignolles où j’ai été conviée à partager une pinte sur une petite placette que j’avais repérée pour être passée tant de fois par cette rue commerçante et animée comme je les aime, je profite du plan. Cette fois-ci, on me propose de déguster la bière de Belleville tout en haut du parc, toujours une place comme chez moi, partagée entre trois bistrots qui rivalisent d’idées et de créativité pour rester ouverts et assurer un service au maximum de la convivialité, je n’avais jamais goûté encore la bière de ce village que j’ai pourtant sillonné pendant cinq années d’affilée, et c’est un bonheur que de faire une nouvelle découverte confinée.

Genre #1.2.2

A quoi tient sa féminité ? A quoi tient la féminité de toutes ces personnes qui t’inspirent, sinon une personnalité qui se distingue parmi toutes et qui te fait un effet fou dans la foule, cette élégance qui n’a pas besoin d’en faire trop, comme une assurance sans être déjà virilité. Si tant est qu’elle existe, la féminité t’échappe, c’est bien ce qui t’attire et t’intrigue chez elle. Peut-être te faudrait-il non pas opposer féminin et masculin mais la femme à la petite fille, voire ne pas les opposer vraiment mais trouver dans l’évolution de ce qu’était l’une vers ce qu’est devenue l’autre, la personne adulte qui prend conscience d’être une femme, le sujet. Devenir son autre, être responsable de ses choix au lieu de rester victime, combien de victimes as-tu croisé dans cette foule où soudain en effet se distinguait une tête haute et fière, et c’est vers elle que tu es allée par attirance, curiosité, croiser ton parcours avec son chemin. C’est la féminité qui crie sa liberté dans la chanson interprétée par Aretha Franklin : « Think! », Pense ! Tu ferais mieux de penser à ce que tu es en train de me faire, réfléchis-y ! Cette féminité-là qui ne se laisse pas enfermer dans une case ou pseudo pression sociale, dans cette facilité de projeter sur l’autre ses propres peurs, sa frustration dépendance et soumission, cette féminité tu la croises à présent parce que tu la cherches en toi et tu la trouves chez elles. Toutes celles qui ont dû à un moment donné de leur vie prendre des décisions, le contre-pied et la tangente aussi pour ne pas plier sous les décisions imposées par un ordre qui n’existe pas, celles qui sont devenues responsables pour ne pas finir victimes et imposer cet état à d’autres, celles qui en refusant, en s’obstinant à refuser l’inacceptable ont imposé aux autres le respect. Voilà donc ce qui m’attire dans cette féminité qui, sitôt que je veux la cerner, s’échappe déjà, le sentiment de respect que m’impose celle chez qui je reconnais mon propre élan et ma fierté, et cette autre chanson d’Aretha Franklin, « Feel like a Natural Woman » qui dit ce sentiment, je me sentais fatiguée, je n’avais plus d’inspiration, le jour où je t’ai rencontrée c’était la clé, j’ai retrouvé ma tranquillité d’esprit parce que tu me fais sentir comme une femme naturelle. J’ai un inassouvissable besoin de me sentir vivante pour de vrai et non pas seulement en vie, pour avoir pris conscience de ce besoin je reconnais parmi la foule les autres figures vivantes, elles m’en imposent et je m’identifie en elles, je les admire, je ressens une immense empathie et un furieux désir d’entrer en contact, nourrir le lien, approfondir les affinités, être inspirée, ce sont elles qui tracent leur route et accompagnent la mienne, avec leurs doutes, mes espoirs, et chaque jour un peu plus je leur suis reconnaissante de m’avoir réconciliée avec la féminité. Avec la mienne mais pas seulement, avec toutes les féminités qui ont pu me déranger auparavant parce que j’étais incapable de m’identifier et que cette étrangeté me dérangeait comme un artifice, une ruse trop visible et que l’autre utilise à des fins selon moi douteuses, au lieu d’admirer au contraire l’art et la manière de faire de la féminité une arme en ce monde.

Direction Etoile #13

On devrait toujours se méfier de l’imprévisible mois d’avril tellement coincé entre le mois de mars tant attendu et celui si guilleret de mai qu’il nous joue des tours hivernaux. Le froid me surprend au point que le seul moment où je sois capable de me détendre entièrement reste la séance de natation le midi alors que je n’ai pas bougé de la matinée, enchaînée à mon bureau sans autre issue que ce moment où, au bout de trois longueurs, j’ai la sensation de me délecter dans le bain de Cléopâtre, un tiers d’eau deux tiers de lait, c’est presque comme une sensation de glisse qui pourrait durer des heures, bonheur. Et ça tombe bien puisqu’un nouveau défi top motivation m’est proposé cette semaine, après celui d’accomplir un triathlon distance L en sept jours et cet autre de la semaine passée qui consistait à aligner un triathlon S en moins de trois jours, je dois à partir de jeudi venir à bout de la distance M dite olympique et je décide de le faire en une journée. Je m’accorde même une grasse matinée pour être en forme jusqu’au soir, en démarrant le challenge par les 1500m de natation le midi en une grosse demi-heure de plaisir lacté. Pourquoi ai-je la sensation que cette journée est spéciale, je ne saurais le dire vraiment, à l’autre bout de la France une arboricultrice rencontre ses deux prétendantes finalistes, les paris vont bon train entre nous autres recalées pour deviner ce qu’il se passe là-bas. Ici et maintenant, il me reste à courir un 10km et rouler un tracé de 40km, concentration. Tout d’abord, la lumière à 17h est sublime, ensuite mon oreillette a décidé de marcher, un miracle alors que j’étais en train de la jeter, je vais pouvoir avoir de la musique et surtout entendre passer d’un coup cette chanson dont je ne retrouvais plus le titre, enfin j’ai couru un jour sur deux cette semaine, j’en ai sous la semelle et ça fait un bien fou. Lorsque je parviens au parc Martin Luther King, qui est devenu mon nouveau repère, je suis inondée de soleil et de sueur, de messages aussi, je me sens portée comme jamais, mon esprit est serein, comme purifié des derniers doutes larvés par un hiver trop long. En bouclant ma boucle, je me dis que jamais je ne parviendrai à me hisser sur un vélo pour parcourir 40km de distance, y compris sur un home-trainer et devant un bon film, pourtant la transition devrait être bien moins compliquée dans cet ordre-là, pas le choix. Un kilomètre après un autre, j’avance progressivement sans remarquer que je m’installe dans un rythme toujours plus rapide à chaque quart d’heure qui passe, le tracé a été imposé pour ce défi, il s’agit de celui de l’Ironman 70.3 Gulf Coast avec un record en 51mn49, il me faudra bien plus de cinq quarts d’heure successifs pour en venir à bout. Mon t-shirt est entièrement trempé et me colle à la peau, je ne peux plus éponger mon front sans m’inonder encore plus mais la satisfaction est énorme, j’ai réussi mon pari. La semaine prochaine, les résultats seront donnés et je pourrai me situer parmi d’autres.

Genre #2.2.2

A quoi tient ta féminité ? Longtemps, avouons-le, c’est resté le mot tabou, la féminité, l’insulte presque, comme une faiblesse là où tu cherches au contraire plutôt ta force intérieure. La force de la féminité, tu l’as découverte chez les autres et ton regard a changé sur la grâce, le charme et l’intelligence, l’envie de plaire et aussi la liberté de déplaire sur un coup de tête, l’impertinence et cette indépendance si durement méritée, si furieusement crachée à leur face. Elle t’a inspiré, la féminité de celles qui en ont fait quelque chose de plus puissant que la force physique et de plus désarmant qu’un argument de paix, un irrésistible et vital élan de liberté, et tu as cherché dans leur sillon ta propre voie pour te défaire toi-même de tout ce vide en toi, depuis la structure fragile jusqu’aux présupposés et autres jugements plaqués sans réflexion. C’est connu, rien ne se perd rien ne se crée tout se transforme, tu es partie de cette supposée fragilité pour la combiner avec ton enthousiasme et gagner en assurance, ressentir quelque chose d’enfoui jusqu’ici, un sentiment de fierté et d’appartenance, la fragilité s’est muée en réserve, attisée par ta curiosité pour d’autres expérience d’existence en devenir que la tienne, enfin certaines affinités avec de fortes personnalités ont illuminé ton chemin et l’ont étoilé. Alors tu as voulu être aussi forte, à ta manière, assumer cette féminité qui se porte fièrement comme on montre ses blessures de guerre ou qu’on fait entendre sa voix pour la première fois, lorsqu’on sait que la route est longue, que d’autres avant l’ont empruntée et sont toujours là.

Direction Etoile #12

Les Sables d’Olonne dans trois mois, ce matin un sublime soleil m’accompagne pendant mes 13km depuis la petite place Petrucciani où je prévois déjà de finir ma journée jusqu’aux cerisiers en fleurs d’un parc bondé en ce dimanche de Pâques, en passant par toutes les églises dont les cloches raisonnent joyeusement, j’ai beau ne pas être croyante, je suis gagnée par un sentiment de gratitude tandis que je traverse ces quartiers en fête. Ma nouvelle a été prise en compte juste à temps pour participer au concours et j’ai reçu une invitation pour m’inscrire au prochain concours, il s’agit d’écrire un roman, j’hésite.

La répartition de mon entraînement sur trois disciplines m’a prévenue de toute blessure depuis six mois maintenant, le stage de triathlon est annulé avec le troisième confinement alors pourquoi ne pas ajouter une quatrième discipline pendant mes congés. Sur la jolie petite place Petrucciani, il est désormais interdit de consommer de l’alcool, disons qu’il est interdit d’en acheter au petit troquet en face donc les gens en achètent à la superette à côté et viennent se poser au soleil comme ils le faisaient juste à présent, quel dommage pour ce petit troquet, quel manque à gagner, comme si ça avait un sens.

Le soleil disparait un peu trop vite sur la placette, il faut le poursuivre jusque sur la place de l’église de Clignancourt, sur les marches de laquelle plusieurs personnes se sont posées pour profiter des derniers rayons de chaleur, une bière à la main, quand tout à coup les portes de l’église s’ouvrent pour nous annoncer la résurrection de Jésus. Prost !

Genre #3.2.2

A quoi tient ma féminité ? C’est vraiment à se couper les cheveux en quatre pour y répondre. Tant que j’ai de quoi défriser la chronique ou surtout pas et rassurer la galanterie, tout va bien. J’aurais dû rassurer sur ma féminité et je ne l’ai pas fait, je n’ai pas cru nécessaire de la faire et je crois ressentir de moins en moins le besoin de le faire, pour autant je me rassure aussi. Sinon pourquoi avoir commandé des nouvelles chaussures et un pantalon plus près du corps, commandé un nouvel attirail de maquillage, moi qui avait oublié jusqu’au mot « mascara » que j’ai dû au préalable aller récupérer à l’aide d’une périphrase dans un moteur de recherche. J’ai même déterré la boîte à bijoux cachée depuis des années dans un placard inaccessible et ce sont des dizaines de pendentifs qui m’ont été offerts à nouveau lors de cette découverte, jamais je n’aurais cru être aussi gâtée en une seule soirée sans avoir lancé aucune invitation, sinon justement celle d’une démarche inédite, mais laquelle, créer un nouveau mieux-être ? S’agit-il réellement de féminité ou de personnalité, dans ce cas à quoi tient ma personnalité ? Les cheveux tondus chez une femme attirent le regard mais pas pour les mêmes raisons que pour un homme, pas pour admirer les traits du visage distincts ou bien la mâchoire qui ressort, au contraire la première réaction sera la surprise, pour ne pas dire l’étonnement et la crainte, parce que la chevelure est un attribut féminin des plus visibles, on prend soin de sa chevelure, on vient aussi remettre en place une mèche par coquetterie au beau milieu d’une conversation. Alors un crâne rasé, à côté. Et pourtant la beauté d’un crâne, et celle des traits du visage qui ressortent d’autant mieux, comme le regard mis en évidence et qui dit oui, j’ai choisi de raser. Je regarde des photos de femmes les cheveux ultra courts, maquillées, je les trouve sublimes, plus belles que si la coupe était moins courte, plus standard, peut-être moins singulière ? Personnellement, je me reconnais dans le visage que je vois, les traits émaciés mis en valeur par une coupe de buddha car je m’identifie à cette personnalité dure au crâne de poussin, comme un mélange de pudeur derrière un puissant élan vers tous ceux qui me transportent. J’essaie donc les Doc Martens serties de roses, de roses ? Oui, de roses. J’essaie un nouveau moi sertie de roses, et pourquoi pas. J’enfile un accessoire, puis un autre, ce n’est pas ridicule, voire j’y trouve du plaisir, pourquoi je n’y avais pas pensé plus tôt d’ailleurs, cela fait des années maintenant que je marche en baskets et que je prends le premier pull en haut de la pile. Enfin, je m’essaie au maquillage, ce n’est pas comme si je ne m’étais pas maquillée de la vie, simplement c’était dans une autre vie alors j’en mets plein partout en clignant de l’œil, bravo. Je m’y reprends à plusieurs fois, j’y reviens encore et encore, j’en enlève et j’en remets une couche, un peu comme lorsque je rédige un texte et que je corrige en avançant prudemment, en me reculant face au miroir je constate le résultat, cela ne me déplaît pas, ah ça change oui. C’est toujours moi, avec ce petit plus qui me plaît et qui chercherait à plaire sans trop en faire.