L #21

J’ai à peine dormi lorsque j’entends le réveil sonner à 6h pour rejoindre mes collègues à la réception et reprendre la route en direction de l’aéroport de Copenhague. Il fait nuit noire. Dans le doute et la confusion matinale, je n’envoie pas de message comme j’avais pris l’habitude de le faire les jours précédents, j’attends d’avoir pris congés de mes comparses US. Une fois seule, je commence le récit de mes visites de Maison et me rends compte à quel point sa présence m’a portée tout au long de mon joli périple, je la connais si peu et pourtant, j’ai l’impression de l’avoir rencontrée il y a déjà trois éternités tant elle me lit et je la devine. C’est elle qui reprend contact, le ton est descendu, nous venons de vivre une première tension. A présent, il est question de se revoir le lendemain, de savoir si l’envie est toujours là dont il a été question à chaque instant depuis que nous nous sommes quittées cinq jours auparavant, ce manque pour une inconnue qui ne l’est plus vraiment, un peu moins à chaque nouvel échange. Mon propre calme me surprend. Bien sûr que nous allons nous revoir le lendemain, chez moi. Puis le samedi soir chez elle, pour y fêter son anniversaire avec tous ses amis que je connais encore moins qu’elle, ou comment passer du trois fois rien à la présence indispensable. Mieux, je sèche la dernière course de la saison, l’un des nombreux 10km du bois de Vincennes « Courir pour le plaisir », pour celui, plaisir infini, de prolonger le bonheur d’être avec elle.

L #20

La visite du Gutshaus Stolpe est reportée au lendemain matin, nous traversons de long en large les deux bâtiments, la remise et la Maison principale, puis déambulons sur le vaste terrain appelé « L’Amazonie du Nord » et situé au bord de la Peene, l’air est pur et vivifiant. Lorsque nous chargeons la voiture, c’est avec deux heures de retard que nous partons pour le Weissenhaus où nous sommes attendus pour déjeuner.

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Je n’ai pas pu l’appeler comme promis. Je ne peux toujours pas l’appeler durant la visite du Resort & Spa qui s’étend jusqu’à la mer du Nord au bord de laquelle nous déjeunons au restaurant de plage, avec feu de cheminée. Elle m’attend et je sens son attente qui pèse davantage à chaque minute de mon absence ici. Lorsque nous repartons en direction du Danemark pour la visite de la dernière Maison, celle que nous attendons tous tant elle revêt à nos yeux un caractère unique et mystérieux, nous avons ajouté une heure de retard en supplément. Et ce n’est pas tout. En arrivant au port pour prendre le ferry, on nous annonce qu’il n’y en a plus à cette heure là, nous devons prendre un itinéraire bis et emprunter un pont qui nous rallonge cette fois le trajet de deux bonne heures. La tension est à son comble et j’échange sur ma nervosité avec elle, sans vouloir me trouver un prétexte pour ne pas l’avoir rappelé comme promis, mais pour qu’elle soit au courant de la situation et ne prenne pas mon absence comme un manque d’intérêt pour elle, sait-on jamais. Nous arrivons au Falsled Kro alors que le service du restaurant tire à sa fin, il est 21h30.

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Lorsque je me retrouve enfin dans ma chambre après le dîner et que je reçois un ultimatum pour l’appeler avant de risquer d’oublier totalement jusqu’à son prénom et la tonalité de sa voix, j’ai à peine le temps de recharger a minima mon portable et faire couler un bain. Personne ne décroche à l’autre bout, il est 23h passé. Comme si l’heure qu’il est comptait… De désespoir, je me laisse couler dans l’eau tiède et décevante du bain.

L #18

J’inscris donc son prénom dans la distance L. L comme long, L comme love. Voyageons. L’escapade au pays des vikings a débuté par une première étape au Danemark, avec la nuit au Dragsholm Slot, un château datant de 800 ans et situé à une heure de route de Copenhague.

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Les marches du grand escalier central sont irrégulières, le plancher grince depuis le couloir et dans les chambres, les fantômes sillonnent à travers les portes et au-dessus de nos grands lits. Le chef « Klaus » mise tout sur la qualité du sol et la culture de légumes locaux, longtemps la terre a été irriguée ce qui la rend très fertile et nous en apprécions les produits dès l’apéritif.

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J’aimerais qu’elle soit pour trinquer avec son verre et déguster ensemble le vin local qui nous est proposé, je lui envoie la photo de la bouteille, j’aimerais me blottir contre elle devant le feu de cheminée qui nous réchauffe en plein cœur de la salle du bistrot, je veux lui insuffler la flamme qui m’anime depuis notre très récente rencontre, je n’y croyais pas, elle non plus. Pourtant je me sens d’emblée à l’aise en sa présence et je ne veux pas du tout qu’elle parte. Sauf que c’est moi qui pars le lendemain pour le Danemark, il me faut plier bagage à regret. Elle m’accompagne en pensées jusqu’à l’atterrissage à Copenhague, sur le trajet vers notre premier château, puis sur l’île de Sylt où je l’appelle la première fois le soir après le dîner. Puis j’écris son nom dans le sable et les choses s’accélèrent pour notre voyage mis en retard par la visite de l’île à laquelle je tenais comme si je l’avais trouvée ici, celle qui me plaît tant. Nous croisons la route d’un « Tree of Life » cher aux vikings, je sors de la voiture pour le toucher, pour qu’il me porte chance au moment où tout est neuf, tout est encore très sauvage, je m’enlace presque entièrement autour du large tronc de l’arbre ancien et j’envie sa sagesse. Le départ aux aurores du château vers l’île de Sylt ne m’a pas permis de courir ce matin-là, heureusement je découvre dans notre hôtel sur Sylt une piscine de 12m de long, je suis seule. J’en profite même pour faire un tour ensuite à la salle de sport, je suis encore trempée et je commence à transpirer sur le tapis de course où je m’exerce à courir sur la pointe des pieds. J’aimerais traverser l’Europe du Nord à Paris sur la pointe des pieds pour venir l’embrasser.