L #11

Dernière soirée en Toscane et nous sommes invités, mes collègues américains et parisiens et moi-même, à la Table du Chef au restaurant étoilé de l’hôtel Plazza e de Russie, dans lequel nous sommes arrivés quelques heures plus tôt, avant-dernière étape de notre périple italien. Une étape en bord de mer dans une station balnéaire très prisée dont la Promenade donne envie de déambuler jusqu’à l’autre bout pour profiter de l’air pur et de la douceur ambiante. Demain, nous partirons pour Il Bottaccio, déjeuner dans une Maison dédiée à l’art du détail, au travail du matériau local, le marbre et le bois, ainsi qu’à une cuisine inspirée, passionnée.

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Pour l’instant, je me mets en tenue pour me dégourdir les jambes sur la Promenade avant de passer à table, nous avons deux heures de répit, une vraie première depuis le début du voyage. Je laisse passer une demi-heure d’informations, je ne regarde plus la télévision depuis des années, je prends des nouvelles du monde comment il va mal depuis l’étranger seulement. Puis je chausse mes chaussures et je sors sur la Promenade, la nuit est déjà tombée et les terrasses ferment les unes après les autres, les seuls promeneurs ont des chiens en laisse ou des baskets aux pieds, comme moi. J’hésite avant de me lancer puis je me lance dans une foulée puis celle d’après, en cherchant mon équilibre pour ne pas appuyer trop sur la fracture.

Ce n’est pas non plus comme si j’en étais à ma première sortie durant l’escapade italienne puisque j’ai commis ma première entorse à la récupération imposée dès la première nuit d’hôtel, en me réveillant dans ma chambre spacieuse au cœur du village médiéval à Il Borro. Je connais déjà la Maison pour y avoir séjourné cinq ans auparavant, à l’occasion de premier family trip, c’était à l’époque la dernière étape du périple d’une semaine, mon coup de cœur. Dès l’arrivée, je retrouve la même émotion, la grande allée poussiéreuse à l’entrée avec les chevaux dans le pré au bord, on croirait entrer dans un ranch d’un nouveau genre, majestueux. Nous avons dîné au bistrot cette fois-ci, je me suis régalée de spécialités toscanes, quel plaisir. Et j’ai attendu le réveil pour réaliser ce rêve que je m’étais promis cinq ans en arrière, sans savoir que je reviendrai ni que je serai blessée, mais je m’étais projetée en train de courir dans les ruelles et dans la contrée environnante du village, pour profiter du lever du soleil italien. Le spectacle était au rendez-vous, le ciel déclinait toutes les tonalités de rose dans un ciel limpide, le soleil, en train de se lever, changeait la luminosité et l’ambiance à chaque seconde. Je descends le village jusqu’au pont qui le relie vers les espaces communs, le restaurant et la réception, le Spa et les caves à vin. Je n’ai plus couru depuis une semaine et je pleure de joie. Il n’existe pas de bâtiment principal, toutes les chambres, depuis la catégorie d’entrée jusqu’aux suites appartements et villas, sont disséminées dans tout le village, encore habité par les quelques artisans qui y ont un commerce, les lampadaires me sourient, pas un bruit ici. Je passe devant le restaurant qui n’ouvre pas avant 8h pour un petit-déjeuner dont le buffet décline les produits locaux, légumes charcuteries et fromages, à n’en plus finir, la réception est fermée elle aussi, je continue ma traversée et me retrouve devant les prés où les chevaux approchent à mon arrivée et me saluent, curieux, je claque la langue et les complimente. Lorsque je passe l’entrée restée grande ouverte, j’entends ma montre signaler le premier kilomètre, je prends sur la gauche en direction du village que je peux rejoindre par une grande boucle, je me sens libérée, heureuse et remplie de gratitude, espiègle et inquiète, prudente.

Dès le lendemain, je retente une sortie plus courte à Norcia, victime d’un tremblement de terre trois ans auparavant, les églises sont à terre et la ville en compte une dizaine, 19 précisément. Je circule parmi les rues de la ville, certaines sont fermées à toute circulation, il va falloir encore plusieurs années pour remettre ce patrimoine inestimable en état, et pourtant telle quelle l’âme de Norcia est fascinante, fragile et riche d’une histoire centenaire et d’humanité. De part sa situation en pleine montagne, la température le matin est très fraîche, on m’avait prévenue que je sortirai par 2° au grand maximum, je suis en short et t-shirt en train de chercher à me réchauffer mais la fraîcheur me fait du bien et me réveille de bonne humeur. Deux sorties donc avant de me retrouver de la montagne à la mer, dans la station balnéaire de Viareggio, à profiter d’un footing le long de la Promenade à la tombée de la nuit, si je me base sur un certain nombre de kilomètres à l’aller, je saurai retrouver l’hôtel en courant la même distance au retour. J’ai quand même failli ne pas retrouver l’hôtel à Norcia à force de dévier. Les sensations sont forcément agréables, je suis au bord de la mer, et même si la fatigue de la semaine se fait sentir, j’aimerais être nulle part ailleurs plutôt qu’ici même en train de courir.

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