Direction Etoile #43

A une semaine du prochain triathlon distance M et à deux semaines du prochain L qui clôturera une jolie saison dédiée au triple effort, je retourne à l’entraînement au club en décidant de rejoindre le groupe des marathoniens sur leur sortie longue sur les quais. C’est l’une de mes sorties longues préférées, avec la boucle de la Marne, parce qu’elle est toute en longueur et que chacun peut aller à son rythme par petits groupes d’allure. Je commence par caller ma foulée sur celle de Stéphanie qui mène le groupe depuis le MK2 quai de Loire où nous avons rendez-vous à 9h30, un bonheur de retrouver ce club, les Front Runners de Paris m’ont portée depuis les Gay Games jusqu’au marathon de Palerme à renfort de séances de fractionné le soir et de lever aux aurores le dimanche. Contrairement aux prévisions, la météo nous est favorable et le footing est très agréable avec peu de monde encore sur les sept premiers kilomètres avant la traditionnelle photo. La suite du programme consiste en deux blocs d’accélération pendant 15mn chacun. Tandis que le groupe repart à l’assaut de l’horizon au bout de la ligne droite du quai, j’en profite pour rester à l’arrière avec Thomas et Christine, qui ne visent pas eux non plus la ligne d’arrivée sur le marathon parce qu’ils courent après leurs propres objectifs. Nous parlons de Deauville, de mon prochain triathlon et du marathon que nous allons courir en relais au mois de novembre, Christine me propose une nouvelle course en octobre, le 20km de Paris en mode connecté pour se motiver l’une l’autre sur la distance, ma saison de triathlon sera achevée et je serai disponible pour tout, espérons en forme. Deux jours plus tard, je me motive pour la sortie côtes et escaliers à Montmartre, chouette une séance pile dans mon quartier et animée par Christine qui m’explique le tracé au téléphone la veille pour que je puisse rejoindre le groupe qui partira d’ailleurs. Je pars de chez moi à l’heure où le groupe s’élance depuis le parc des Buttes Chaumont et je décide de faire une boucle de 3km en guise d’échauffement avant de rejoindre la zone de course au créneau indiqué, lorsque j’y parviens je commence par tourner sur une première boucle de deux escaliers, rue Becquerelle et passage Cottin, moi qui n’aime ni côtes ni escaliers je prends goût à l’intensité dans le changement de rythme. Pas encore de groupe en vue, je récupère la rue du Chevalier de la Barre pour descendre par l’escalier qui prolonge la terrasse du Soleil de la Butte et je rejoins enfin l’escalier de la rue Foyatier, l’escalier de la mort au cœur de la Butte de mon quartier préféré. Deux tours de cette nouvelle boucle plus tard et je n’ai toujours vu aucun coureur du groupe que je suis sensée avoir rejoint, je souffre toute seule à chaque nouvelle marche. Pour preuve de mon assiduité à suivre le parcours imposé, je vais pour télécharger mon tracé, quelle n’est pas ma surprise en découvrant à la place de mes jolies boucles de Montmartre une ligne droite soporifique qui me géo-localise au fin fond d’une forêt des Yvelines, perdue sur la bien-nommée « Route du Bout du Monde » qui m’est inconnue. Ma boussole intérieure m’inviterait-elle à éprouver de nouvelles limites imaginaires ?

Direction Etoile #42

L’année dernière à la même date, j’avais participé à mon seul triathlon de toute l’année, un XS à la piscine de Jacqueline Auriol dans le 8e alors même que j’étais paralysée, victime d’un déplacement de bassin que j’avais anesthésié à l’aide d’un simple patch. J’avais enduré des semaines ensuite sans pouvoir courir, mais j’avais gagné la médaille. Ce dimanche, j’ai participé à mon deuxième triathlon longue distance après Les Sables, aucune douleur particulière ou inquiétude cette année, et surtout la météo était parfaite. Troisième réveil à 5h du matin pour rejoindre Nath et sa voiture déjà prête à me recevoir, Storm se cale à l’arrière et je prends place devant, il fait nuit noire, les fêtards rentrent, nous avons une heure de route devant nous, le temps qu’il faudra au soleil pour se lever. Arrivées sur place autour de 7h, une nappe de brume enveloppe le lac et donne à la base un aspect magique hors du temps, j’ai du mal à me projeter en train de nager étant donné la température extérieure encore trop fraîche, la lumière trop faible, l’heure matinale, mais une heure après nous apprenons dans un soulagement général que l’eau est à 21,6°. Je retrouve Jérôme et Michel, inscrits sur le M, et Tim au moment où il accède au parc. Il est stressé comme moi par le départ de la natation en masse plutôt qu’en rolling start, au moment de s’élancer je laisse partir devant les champions pour recevoir le moins de coups possibles, ça part vite et 100m plus loin nous n’avons déjà plus de fond, tous les athlètes sont obligés de marcher dans l’eau pour accéder enfin à la première bouée. Virage à droite et première ligne droite avec le soleil dans les yeux, je nage à la brasse pour récupérer de la panique du départ, puis je trouve enfin mon rythme en crawl au prochain virage, avant de sortir à l’australienne et replonger à l’assaut de la seconde boucle, cette fois-ci en crawl uniquement, j’entends Nath m’encourager sur la plage. Une fois sortie de l’eau, et même je n’ai paniqué à aucun moment voire profité de bonnes sensations, je ressens un immense soulagement parce que le pire est passé, je vais pouvoir enfourcher mon vélo et profiter pleinement du vélo pour dérouiller les jambes. Le parcours sillonne les environs de Fontainebleau et nous réserve quelques jolies bosses, nous traversons trois villages mais croisons peu de public durant ces trois heures. Autant je me demande systématiquement pendant la partie natation, et ce quelle que soit la distance puisque je me souviens de ce moment-là lors du triathlon XS l’année passée, pourquoi je ne me mets pas plutôt à l’aquagym ou au waterpolo plutôt que de peiner, autant sur la partie vélo, qui n’est pourtant pas mon point faible, je prends un plaisir fou. Je passe toujours les bosses en force et sans changer de vitesse, ce qui est une aberration sur une distance de 90km mais je ne maîtrise toujours pas la tenue sur les prolongateurs, dans les descentes je pédale dans le vide, je ne pédale plus, je savoure à fond la vitesse. Je ne passe pas les vitesses et je ne bois pas une seule goutte d’eau pendant tout le trajet. Autant dire que j’ai des progrès à faire si je veux rentrer dans les rangs des cyclistes amateurs, aucun ravitaillement n’est autorisé, je prends ma soif en patience, je pédale. Arrivée dans ma zone de transition, je récupère la gourde et je pars pour la course à pied, voilà une occupation qui va m’emporter sur la première boucle de 10km en buvant à petite gorgée tous les 100m, on nous avait prévenu qu’il s’agissait d’un trail, je déguste. Devant moi, une cycliste semble ouvrir la voie à une coureuse dont la foulée me plaît, je me cale un instant sur elle après avoir doublé les deux coureurs qui la suivaient aussi, puis je finis par la doubler elle aussi, sauf que la cycliste reste devant moi et se retourne. Elle me demande une première fois si je suis bien sur le parcours du L et non pas du M, c’est le cas, elle continue à rouler et moi à boire, puis elle me demande si j’en suis bien à ma seconde boucle, j’infirme en réalisant que la coureuse derrière est proche de la fin. La première femme finira son L en 4h44, et j’ai eu la chance de la croiser sur ma boucle. Autant dire que sans cycliste devant moi et une fois ma gourde vidée, rien ne va plus. J’en ai marre de courir, la faim s’installe, j’ai avalé deux pâtes de fruits par manque d’appétit et je n’ai pas assez bu pour maintenir mon énergie, je bois trois verres de coca et je me mets à discuter avec les bénévoles du stand de ravitaillement à 5km de l’arrivée. Un jour, j’aimerais sentir mes bras mouliner en crawl au point que je dépasser et slalomer entre les nageurs comme je le fais en piscine, j’aimerais pilonner les kilomètres sur mon vélo, être capable d’une reprise en fin de chaque accélération sur prolongateurs, j’aimerais maintenir le rythme que j’insuffle au début de ma course jusqu’à l’arrivée sans recourir à n’importe quel prétexte pour décélérer, j’aimerais entrer en zone rouge. J’arrive à cent mètres de l’arrivée, j’entends mon nom au micro, je suis contente, un peu. Soulagée surtout, heureuse vraiment lorsque je me rappelle de l’année dernière au XS, jamais je ne me serais projetée à l’époque sur un L, encore moins sur un deuxième déjà. Pourtant, je reste sur ce goût de reviens-y lorsque je considère chacun des efforts séparément et la marge de progression énorme qui m’apparaît, rester en crawl quoiqu’il arrive, mouliner toujours plus vite et plus longtemps, maintenir le cap en course à pied. Le Frenchman se profile déjà dans trois semaines, aucun miracle n’est possible d’ici là, mais je peux d’ores et déjà prévoir mon programme pour les longs mois d’hiver que je redoute tellement, en misant sur la dynamique de groupe et les entraînements au club, j’ai apprivoisé mon super bolide et ce n’était pas gagné après des mois à l’appréhender. Parions sur la douceur de l’automne pour continuer à sortir aussi souvent et longtemps que possible maintenant que j’ai la distance d’un triathlon longue distance dans la peau.

Direction Etoile #41

La nuit nous a surpris en plein bois de Vincennes alors que nous tournions depuis plus d’une heure sur le Polygone, nous n’étions plus que trois filles, les autres de l’atelier enchaînement course à pied vélo avaient disparu avec le jour, le ciel m’avait fascinée. De bleu, il avait viré rose et s’était obscurci en déclinant toutes les teintes du crépuscule. A dix jours du prochain défi – le Triathlong de Bois-le-Roi, un triathlon longue distance avec deux boucles de 950m dans le lac de la base de loisirs, un parcours de 90km en forêt et deux boucles de 10km sur sentiers -, il était grand temps de retrouver les bases d’un entraînement vélo avec accélération en ligne droite et reprise en danseuse, 10 fois. A l’issue de ma dernière séance au Polygone, juste avant le Half-Ironman des Sables, un orage avait éclaté et j’étais rentrée sous un rideau de pluie, et comme une prédiction il avait plu pendant toute la partie vélo du triathlon, à quoi dois-je m’attendre dans ce sens sur le Triathlong, la nuit va-t-elle tomber dès midi, le jour ne se lèvera-t-il pas ? Cinq jours plus tard, je vais nager à Torcy, je pars en vélo pour gare de l’Est et j’attrape un train plus tôt, celui de 18h16, je suis sensée récupérer mon dossard pour dimanche. Seulement mon contact n’est pas sur place, la voilà la nuit, je vais devoir arriver très tôt. Je pars nager alors que les autres triathlètes arrivent sur la base, il fait très chaud et la mise à l’eau prend des airs de vacances, je fais le tour des trois îles sans m’arrêter, presque mécaniquement alors que j’avais pris l’habitude auparavant de passer à la brasse le temps de m’orienter à nouveau dans la bonne direction, cette fois-ci je trace ma ligne. J’arrive à temps pour sauter dans le train de 20h08, j’ai gagné un beau coucher de soleil. Lorsque je pars courir deux jours plus tard, je sais que ce sera ma seule sortie de la semaine alors je trace une jolie boucle de 8km sur le temps imparti par la pause déjeuner. Difficile de trouver le juste équilibre la semaine de l’épreuve, faire du jus sans ramollir, rester active sans arriver épuisée le jour J, alors je marche, je m’étire, je me couche tôt.

Direction Etoile #39

La natation donc, mon point faible quand les autres points ne sont pas si forts que ça. Mais je continue à progresser en vélo et je sais qu’en courant moins et beaucoup mieux, j’ai moyen de retrouver ma foulée olympique d’avant les confinements, reste plus qu’à. Je retourne à la piscine le mardi, j’arrive avant 8h en traînant des pieds et le bassin est déjà plein comme jamais, je vais devoir m’insérer dans une eau qui n’est pas la mienne, m’intégrer à un rythme que je n’ai pas choisi, le bruit des vagues crées est assourdissant. Alors que j’essaie de me rencontrer sur ma nage, il me revient l’image de mes entraînements à la piscine porte de Champerret tous les midis pendant des semaines, c’était une bouffée d’oxygène et d’énergie de pouvoir faire quelque chose de ma pause, par-dessus un couloir était réservé au nageurs de crawl et j’y avais fait de gros progrès. Tous les midis, je venais nager un kilomètre en crawl en essayant d’aligner à la fois la technique apprise au club et le minimum de vitesse nécessaire pour rester dans la ligne, c’est exactement ce que j’ai perdu pendant les confinements où non seulement l’accès aux bassins n’était plus d’actualité, mais lorsqu’il l’est devenu à nouveau avec attestation, j’ai repris la natation en convalescente, en brasse, retour à la case départ. C’est comme si le confinement avait autorisé une régression et permis tous les prétextes. J’en suis là de ma réflexion et je me rends compte que j’alterne une longueur de crawl avec une longueur de brasse, contrairement à précédemment où je nageais ma séance en crawl, j’ai pris de mauvais réflexes que je reproduis jusqu’au jour où je dois performer. Deux jours plus tard, j’arrive à 7h à la piscine et je nage le premier kilomètre en crawl, voilà d’où venait la faille, j’ai dû perdre au niveau de la respiration, il faut tout reprendre. Et comme une bonne résolution ne vient jamais seule, je retourne à la chorale dès le lendemain car la respiration se travaille aussi en chantant m’a-t-on dit, plus aucune raison de basculer à nouveau vers la brasse si je me mets à répéter mes chants sous l’eau, motivée par l’arrivée d’une nouvelle cheffe de chœur prête à nous faire voyager ailleurs.

Direction Etoile #37

3 août 2021 et je m’inscris à nouveau pour l’édition des Sables 2022, ce sera le 3 juillet. Cela fait un mois que j’ai participé à mon premier Half-Ironman et j’ai eu toutes les peines du monde à reprendre l’entraînement, mon corps aspirait à la récupération chaque jour un peu plus et j’ai voulu profiter de quelques semaines de répit avant d’y retourner. Je peine à courir, ma natation est lente et je trouve tous les prétextes pour ne pas sortir mon vélo de course, à la place je me balade et je marche, j’escalade la butte et j’arpente mon quartier délaissé par les parisiens en congés, c’est ma période préférée entre toutes, je devrais saisir cette opportunité pour prendre le temps d’apprendre à prendre le temps. J’ai fait la rencontre aux Sables d’un voisin de quartier qui m’a reconnue là-bas pour m’avoir vue courir ici et s’être demandé ce que je préparais pour courir aussi souvent, je suis à présent ses performances en triathlon et je le vois rouler à Longchamp lui aussi, il y accède par les quais de Seine depuis Clichy, pourquoi n’y avais-je pas encore pensé. Trouver un nouvel itinéraire sur un chemin balisé depuis des lustres est une aventure, j’ai toujours adoré trouver le meilleur trajet possible depuis un point A vers un point B, comme si une vérité devait s’écouler, mieux une phrase s’écrire d’elle-même et me révéler quelque chose de plus essentiel encore que ce nouveau trajet, une révélation. Passer par les quais me permet non seulement d’éviter le catastrophique tronçon en travaux de la porte Champerret mais aussi de gagner du temps et un confort de route. Aucune rencontre n’est hasardeuse, chacune d’elle répond à une question en suspens. Direction 2022.

Direction Etoile #36

Vingt jours après Les Sables, je sors à nouveau mon vélo de course pour retourner à Longchamp, je n’avais trouvé jusqu’ici ni la motivation ni l’élan pour affronter le tronçon Champerret-Porte Maillot qui reste ma difficulté pour accéder à l’hippodrome. Et puis après une semaine de travail particulièrement dense et épuisante, une séance de fractionné, puis un footing d’endurance et enfin un run dans mon quartier à Montmartre dédié aux côtes et escaliers, et surtout une soirée qui me réconforte dans la douceur des jours, des semaines et des années à venir, je me sens prête ce matin à rouler à nouveau. Ma roue avant est voilée et mon poignet droit douloureux, je dois apprendre à le détendre, le passage depuis la Porte de Champerret jusqu’à Maillot est pire que tout, pourvu que les travaux sur le tram prennent fin pour dégripper cette portion de route. Une fois que je prends mon élan sur l’allée de Longchamp, ma motivation revient au triple galop, j’attends avec impatience d’apercevoir enfin la silhouette de l’hippodrome. Je sens bien que je n’ai pas retrouvé ma grande forme mais le plaisir reste incroyable. Je comprends mieux les coureurs et cyclistes qui s’installent en lisière de l’un des deux bois, ou les parisiens qui s’exilent en province pour pouvoir nager rouler et courir direct. J’imagine que je pourrais m’installer un jour en Vendée dans une petite maison avec la vue sur ma raison et profiter d’un horizon plus large que jamais de possibilités pour passer le plus de temps à l’extérieur et à deux aussi, réinventer sa vie du matin au soir.

Direction Etoile #35

90 jours avant le marathon de Paris qui aura lieu cette année après deux reports le 17 octobre, soit deux semaines après le Frenchman, le triathlon longue distance à Hourtin. Ce sera mon dernier triathlon de la saison, le troisième L après le Half-Ironman des Sables d’Olonnes et le triaLong de Bois le Roi, quelque part en Ile de France le 12 septembre, j’ai prévu deux triathlons distance olympique, à Chantilly puis à Deauville. Entre ces deux épreuves, l’une fin août et l’autre fin septembre, il faudra courir un semi. Ce fameux semi-marathon par l’annulation duquel tout a commencé à partir en vrille sans que personne ne connaisse véritablement l’ampleur et l’impact de la crise à venir. La fête qu’a été pour moi ma participation aux Sables d’Olonne me donne l’impression d’être sortie d’une période interminable de restrictions successives et de gros doutes, mais sortirons-nous un jour de cette prise de conscience générale quant à notre fragilité. La prudence est de mise et c’est le cas aussi pour ma récupération post triathlon jusqu’aux vacances qui tardent, après l’euphorie sur la ligne d’arrivée la fatigue me rattrape et j’ai des envies de mer, nager dans la baie sans aucune contrainte que ce soit, sinon d’échapper au feu d’un soleil particulièrement ardent cette année où l’on atteint 49,6°. Je reprends la course à pied en douceur, il me faut travailler l’endurance et les sorties longues, je garde en tête la facilité avec laquelle j’ai géré la transition vers la course à pied, si ma montre n’était pas tombée en rade et le moral avec, j’étais sous les 6h. Le semi sur le Frenchman est composé de deux boucles, il ne faudra pas flancher. Je retourne à la piscine, plus dans l’idée de me détendre, sauf qu’arrivée dans le bassin, il y a trop de monde pour nager tranquillement et je mets mon clignotant pour doubler, j’ai encore mon tatouage de l’Ironman bien visible sur mon épaule, forcément ça claque. Pour la partie natation, je garde en tête l’idée de ne pas me précipiter au départ pour éviter de suffoquer dans les premiers 500m, je dois au contraire ralentir pour avancer. La partie vélo reste la plus importante et cruciale à améliorer dans le cadre d’un triathlon long puisqu’elle constitue la moitié de l’épreuve, je ne peux plus me rattraper avec la course à pied, je dois apprendre à accélérer et trouver une position sur les prolongateurs. J’ai décidé de retourner à Chantilly sur la distance olympique pour savoir si j’ai fait des progrès sur les trois disciplines depuis mon premier triathlon M fini en 03h26mn49s, j’aimerais passer sous les 3 heures pour me rassurer sur une préparation que je fais seule, la meilleure décision serait de retourner aux entraînements, profiter de tous les conseils. Il peut s’en passer des choses en quatre-vingt-dix jours, patience et prudence. Vacances.

Direction Etoile #34

J’ai nagé 45mn et terminé les 91km de parcours de vélo en 3h13 lorsque j’arrive au parc pour la dernière transition, beaucoup plus efficace, il ne pleut plus et je me sens bien. La course à pied démarre une ligne droite qui nous ramène à la plage depuis l’autre extrémité de la rade du Vendée Globe, je ne pense plus qu’à la ligne d’arrivée en observant la foulée des autres coureurs et le nom des différents clubs sur les trifonctions. Les 300m de course sur le sable avant de rejoindre le remblai me paraissent longs, comme les autres je peine à trouver mes appuis mais j’entends plus haut l’ambiance sur la ligne d’arrivée, quelques marches plus tard je cours parmi un public venu nombreux. Trois boucles sur le remblai et plusieurs ravitaillements pour arriver à bout de ce semi. Le parcours me rappelle le 10km sur la Promenade des Anglais à Nice, j’entends la mer qui nous encourage avec plus de véhémence encore que les spectateurs, le vent souffle. Je parviens à courir la moitié du parcours avec une moyenne de 5’13, quand ma montre s’éteint et je me retrouve seule au pire moment, elle aura quand même tenu plus longtemps que prévu et je me poserai la question plus tard de savoir pourquoi j’ai oublié ce fichu chargeur chez moi, l’un des accessoires les plus indispensables à ma course. Mon rythme faiblit et je passe davantage de temps sur les ravitaillements, les bénévoles sont adorables et me soutiennent à chaque passage, je bois plusieurs verres et je repars. Arrivée sur la dernière boucle, je retrouve ce syndrome de la démotivation qui me déplait tant chez moi, comme au 7e kilomètre sur un 10K et qu’il faut enfin tout donner, quitte à le payer un peu plus au moment de la récupération, je laisse les autres y aller. J’entends même deux coureurs du même club qui échangent sur la possibilité de finir l’épreuve sous les six heures au moment de les dépasser, pourquoi ne pas les suivre ? Les spectateurs sont plutôt rares à l’autre bout du remblai et le vent souffle de face, seulement il me faut y retourner pour finir cette course au mieux avant que les douleurs ne soient présentes, alors lorsque je repars dans le sens de la ligne d’arrivée en me disant que je passe pour la dernière fois devant telle devanture et tel ravitaillement, je ne m’arrête plus, je profite de l’enthousiasme du public sur la dernière ligne droite en souriant tout en me disant que si j’avais poursuivi sur mon rythme je ne sourirai pas. J’arrive sur le tapis rouge en hurlant ma joie, je l’ai fait, cette fois c’est fini, enfin ! Enfin. J’ai beau avoir paniqué sur une partie de la nage, espéré rouler plus vite sous la pluie et faibli sur la dernière partie de la course à pied, je suis à ma place sur la ligne d’arrivée, j’en ai tellement rêvé et j’ai fait une belle course, je connais à présent les points à travailler, le principal à partir d’ici est de savoir récupérer au mieux et profiter.

Direction Etoile #32

J-3. Voici donc venu ce fameux mois de Juillet avec son non moins sacro-saint jour J. C’est une Jeanne qui devrait l’emporter haut la main dimanche aux Sables d’Olonne, Jeanne Collonge, victorieuse plusieurs fois de l’Embrunman et championne de France de triathlon longue distance, et surtout affiliée au Club des Sables Vendée Triathlon. Mon vélo est parti pour un check-up complet avant son rangement dans le sac et je prépare le mien en visualisant chaque transition entre le scratch de la combinaison, l’arrêt de la montre et mes tergiversations quant aux lunettes : sur ou sous le bonnet ? Comme une thématique filante, la pluie semble être de mise toute la journée de dimanche pour ajouter à mon stress qui croît à mesure que la semaine de travail avance.

Combinaison, trifonction du club, lunettes de natation, le bonnet est fourni, une paire de chaussettes pour marcher du parc à vélo vers la zone de départ, vingt minutes de marche, départ à 7h16 alors que les pro seront déjà parties avec le lever du soleil à 6h30, elles, chaussettes blanches qui ne le seront plus à la fin de la pluie vu mes récents déboires, chaussures de vélo revissées à fond pour ne plus rien perdre en déclipsant à la sauvage, casque et lunettes de soleil, les gants tellement je douille au bout de deux heures déjà, j’enlève le casque et je chausse mes chaussures de course déjà lacées, je passe mon dossard de derrière à devant pour ne pas me faire verbaliser par les arbitres… et je fonce.

Direction Etoile #31

J-4. Après ma dernière séance de vélo et la perte de ma cale dans ma pédale, je m’attends au pire pour ma dernière séance de natation avant de couler à pic dans la rade dimanche. Il se met à pleuvoir au moment où je sors le vélo, cette pluie fine qui dit je ne tombe peut-être pas beaucoup mais je ne vais pas cesser de tomber et m’infiltrer partout en toi, j’ai faim et je suis fatiguée, je n’ai pas la tête à rouler ni à nager, pas le moral, marre. C’est le vélo qui roule pour moi et me porte jusqu’à la gare de l’Est où je me dis que si personne du club n’est dans le wagon à vélo, je rentre chez moi, William me klaxonne. Vive les groupes Whatsapp qui permettent de s’engager puis empêchent de se défiler. Miracle, une éclaircie s’annonce au moment d’enfiler les combinaisons, j’imagine déjà un nouvel épisode de lunettes qui prennent l’eau, pas du tout. Une algue me kidnappe. J’en suis à la moitié du parcours et je pense que tous les nageurs sont devant, je me vois rester loin derrière, pieds et poings liés par une algue dont je n’arrive pas à m’extirper. Il me faut contourner l’énorme masse foisonnante pour reprendre la nage, sous le choc. On dit bien que les répétitions générales catastrophiques annoncent les meilleures prestations au moment du concert, alors j’ai peut-être une chance de m’en sortir vivante.