Nadège Night and Day #33

L’agenda de la saison triathlon commence à bien se remplir déjà, entre les objectifs personnels, les courses organisées ou financées par le club, et les incontournables compétitions en Ile-de-France telles que le triathlon de Paris qui devrait avoir lieu, celui de Deauville ou Chantilly. Mon adorable président de club me demande pour la deuxième fois cette année si je suis inscrite sur un Ironman full distance, je lui réponds en validant mon inscription auprès de lui pour le M de Charlemagne à Orléans que je ne me sens pas prête, mais alors pas du tout pour cette distance et qu’il me faudrait rouler beaucoup plus pour pouvoir enchaîner un marathon sur 180km vélo. Bien sûr son insistance m’invite à me projeter en 2024, l’année où je voudrais tenter ma chance. Pour l’instant donc, le 15 mai sera la date d’un triathlon distance olympique que je ne connais, entourée d’une dizaine d’autres triathlètes de mon club, tout comme j’apprends sans surprise que la même petite troupe s’est inscrite sur Paris pour profiter de l’événement local ce jour-là sans parler du luxe de profiter d’un circuit totalement sécurisé dans la capitale à cette occasion, dire qu’en 2019 c’est encore avec mon vélo de ville que j’avais battu le pavé sur la distance S. Je m’en veux tellement de n’avoir rien fait dimanche, vraiment rien du tout, ni marché ni ciné, que je m’inscris sur tout ce à quoi je peux m’inscrire en début de saison, y compris ce triathlon, nouveau dans la série pour moi également, de Fresnes, qui propose un mix entre XS avec la natation en piscine et une course à pied en mode sprint, mais une partie à vélo dehors, sur 11km, et je suis très heureuse de pouvoir participer à un triathlon avec ce même vélo de mes débuts. Les super sprints démarrent le 6 mars, l’occasion de rencontrer les clubs parisiens, expaTRIés et autres, plonger à nouveau dans l’ambiance des compétitions, je me souviens encore de celui qui avait eu lieu le 20 septembre 2020 dans cette piscine du 8e alors que plus rien n’avait lieu, je souffrais terriblement de ce que je croyais être une lombalgie, mon bassin s’était retourné, au point que j’étais paralysée sur mon lit et j’avais eu recours à un patch surpuissant pour y aller. Mon seul triathlon de toute l’année 2020, j’avais tellement peu couru que je m’étais bloquée en reprenant l’entraînement une fois libérée de toute contrainte inutile par temps de crise, un XS. Cette année, si tout va bien et je le souhaite à tout le monde, j’aurais la chance à nouveau de profiter de toutes les distances à ma portée, tout en rêvant d’un Ironman full distance à l’issue duquel je mourrai d’épuisement, idéalement sur une plage donc peut-être à Nice au mois de juin, en ayant pris le départ de la Prom Classic en janvier, la boucle devrait pouvoir être bouclée. Pour l’instant, je cours mes boucles dans mes trois stades périphériques, l’un après l’autre, en ayant commencé par le stade de 300m pour un fractionné court lundi midi, puis celui de 400m où je me retrouve à courir seule avec un seul autre coureur dont l’allure me motive pour parvenir à bout de mon fractionné sur 1000 et 500m, affublée de mon bonnet et de mes gants, bonheur. Aucune nouvelle de mon avion de chasse, je ne désespère pas de sortir l’autre vélo un matin…

Nadège Night and Day #32

Voilà, nous y sommes, à quatre mois tout pile du Half-Ironman d’Aix-en-Provence et je stresse. Comment vais-je affronter ce Col de Cengle – rien que ce nom – et ses 486m d’altitude alors que je ne suis pas fichue encore d’avaler la Côte Saint-Laurent à Deauville, la moindre côtelette. 50km de course à pied cette semaine et d’ici demain 5000m de natation, tout ça en pure fuite. L’objectif principal, la faiblesse la plus latente tout de suite reste le vélo et je ne suis pas prête. La montagne Sainte-Victoire, autrement qu’en terme de dénivelés, je l’adore depuis la fenêtre du train ou de la voiture, elle m’annonce que nous arrivons dans le midi, sa forme est si unique. J’aime l’obsession de Paul Cézanne – j’aime toutes les obsessions de manière obsessionnelle -, à vouloir peindre la Sainte-Victoire sous tous les angles, ou plutôt en s’en approchant au fur et à mesure comme si ce massif aussi atypique que l’artiste lui-même l’avait d’abord intimidé. Elle devient non plus un décor de tableau mais un personnage de plus en plus central, aujourd’hui on dit d’un acteur tel que le trop vite disparu Gaspard Ulliel qu’il crevait l’écran, la montagne Sainte-Victoire crève la toile de toutes les œuvres de Paul Cézanne parce qu’elle raconte l’histoire de sa représentation, montagne dans la ville, un face-à-face qui me terrifie.

Nadège Night and Day #31

J’ai deux chats, Kit&Kat, et deux vélos, Spring et Storm, ce dernier, mon vélo de course, fait presque partie de ma famille de félins tellement nous nous sommes apprivoisés lui et moi, j’ai mis un temps fou à me familiariser avec lui, mon Storminou, trouver mes marques, être à l’aise. Il est parti hier soir aux cycles Laurent pour lui changer le cintre, en espérant qu’il n’y ait rien à modifier d’autre dans sa structure, le gars de l’atelier m’avait l’air plutôt confiant et rassurant. Pour parcourir les routes de la Sainte Victoire dans quatre mois, il me faudra pouvoir changer de vitesses autrement qu’en allant les chercher au bout des prolongateurs en pleine côte, jusqu’ici je n’avais pas été capable de gravir quoique ce soit sans devoir m’arrêter, trouver le pignon adapté et tenter de repartir en danseuse et en force alors que tout le monde progresse. Pourvu que je le récupère au moment où la météo nous permettra de retourner à Longchamp. J’en suis à 42km de course à pied en ce dernier jour travaillé, avec une dernière séance côtes et escaliers sur ma sacro-sainte butte Montmartre, ou plutôt une séance touristes et pavés pendant laquelle je slalome comme je peux parmi la foule qui monte et redescend du Sacré-Cœur pour trouver le meilleur spot et se prendre en photo avant de filer en terrasse dans le quartier, nous sommes plusieurs à grimper et dévaler les escaliers de la rue Foyatier et courir sur Caulaincourt. Mercredi soir, la piscine était plus bondée que jamais pour un soir en semaine, je me suis incrustée tant bien que mal parmi les vrais athlètes aux muscles saillants et au rythme frénétique, je compte récidiver d’ici quelques heures en me projetant déjà dans ce moment où je m’enfonce tête la première en apnée jusqu’à une ligne libre pour m’étirer de tout mon long et sentir les courbatures disparaître progressivement sous l’effet de l’élimination de l’acide lactique accumulé pendant l’effort et recyclé grâce à la stimulation du système vasculaire dans l’eau.

Nadège Night and Day #29

Mieux que samedi ! Moi qui croyais à un miracle ponctuel, ce genre de bon moment dont on se souvient longtemps mais qu’il n’est pas possible de reproduire de manière intentionnelle, après une journée de repos sans courir, je retourne sur mon premier stade avec les mêmes sensations. Je cours mon premier kilomètre vers le stade qui n’est pas accaparé par les classes scolaires, mon impression est d’avoir parfaitement bien récupéré de la semaine dernière, aucune douleur, la douleur a tellement fait partie de la course depuis trois ans que je crois vivre un vrai miracle, et j’enchaîne les tours à nouveau sans essoufflement ni perte de vitesse, mieux je trouve à nouveau un rythme et une foulée qui m’emportent comme si j’avais le droit de hurler très fort. Je cours à perdre haleine sauf que je pourrais courir ainsi sur des kilomètres et des kilomètres, les cinq premiers passent sans que je m’en rende compte et je quitte le stade boucler ma boucle. J’ai fini la semaine sur 12km, si je commence ici sur la même distance, est-ce de bonne augure ? Dans cinq jours, samedi 22 donc, nous serons à quatre mois de l’Ironman 70.3 d’Aix-en-Provence, ma priorité est de sortir le vélo le plus rapidement possible, je passe ma journée à consulter la météo en espérant profiter d’une accalmie dans cet hiver froid et humide, j’attends. Les températures s’adoucissent, je vois des dizaines de cyclistes dehors alors pourquoi pas moi, pourquoi je ne retourne pas à Molitor tôt le matin ou à l’hippodrome de Longchamp le soir, peut-être que ce n’est pas le bon moment encore comme ça l’est pour la course à pied ou alors je devrais profiter de ces quelques jours avant que le soleil ne se couche après 18h et ne se lève avant 8h pour corriger les défauts que je sens dans ma natation, chaque chose en son temps. Retournons nager pendant que les autres n’y sont pas et profitons de ces lignes désertées que je regretterai bien assez tôt lorsque le soleil inondera cet espace et les transats peuplés de monde. Et parions que je suis capable de m’offrir un triathlon maison pour ma semaine d’anniversaire.

Nadège Night and Day #25

Trois années séparent cette photo de la précédente, prise sur la place Masséna au cœur de Nice. Trois années et trois confinements, je porte la même tenue du club, les chaussures ont changé, et tellement d’autres choses aussi que je m’amuse à regarder ces deux photos en les comparant. Sur la première, j’ai rejoint le club des Front Runners de Paris depuis à peine six mois, j’ai couru et gagné ma médaille d’or au marathon des Gay Games, supportée par la coach Delphine, je suis partie courir le marathon d’Athènes en novembre et j’ai rencontré Pascal en devenant bénévole pour la course de la Saint-Valentin comme lui, nous avons partagé la même chambre, les mêmes délires, et j’en suis à progresser sur les courses de 10km d’une minute chaque fois. Un mois plus tard, je cours les 5km en duo avec Chloé sans plaisir mais avec un podium, puis je découvre enfin le triathlon à l’occasion du Super Sprint organisé par Athletic Cœur de Fond. Sur la deuxième photo, j’ai rejoint ACF depuis ce premier triathlon XS au mois de mars 2019, je m’entraîne en tant que triathlète et j’ai à mon actif trois triathlons longue distance en 2021, mais par-dessus tout je suis venue passer un week-end en amoureuses avec ma coureuse hors-pair dont je partage la passion, les résultats, le moindre entraînement pour s’encourager à deux. Je prends du plaisir dans tout ce que je fais, un plaisir fou à chaque fois, je m’estime chanceuse, tellement heureuse d’avoir trouvé cette personne qui respire la même joie, ce bel enthousiasme. Peut-être me fallait-il patienter ces trois longues années avant de la rencontrer, ne serait-ce que pour attirer son attention enfin et me montrer plus rassurante, c’est qu’elle me donne envie de l’être chaque jour un peu plus et de devenir cette meilleure part de moi vers laquelle je tends. C’est forte d’un élan nouveau et de souvenirs ensoleillés par milliers que je retourne sur la piste dès lundi midi, lendemain de notre sortie sur les collines de Nice avec les trois clubs réunis, et parce que nous avons couru ensemble dans mon stade de 300m je choisis d’y retourner pour une séance de fractionné de plus en plus court, je me sens en forme plus que jamais, transportée. Le lendemain, je double la distance d’échauffement pour courir jusqu’au stade de 400m prête à m’essouffler sur un fractionné long, le vigil à l’entrée m’informe que j’ai un quart d’heure seulement avant l’arrivée des scolaires, c’est parfait pour assurer la séance de 3x1000m à fond. Et puisque j’ai déjà visité deux de mes trois stades, je profite de la séance relax du mercredi pour m’entraîner sur le petit stade de la rue Championnet avec son église et ses arbres, il fait 250m et contrairement à ma séance de la veille, seule sur la piste, je suis entourée d’une dizaine de coureurs et d’un public de parents venus assister à l’entraînement de foot de leur progéniture, l’ambiance est printanière, ou alors c’est l’été dans ma tête qui se dilue dans la météo hivernale. Un mois tout pile que je ne suis pas retournée à la chorale, depuis le week-end au château de Presles, nous avons logiquement gagné une demi-heure d’ensoleillement depuis donc et le chat dans ma gorge s’est dissipé, nous chantons Over the Rainbow pendant quasi toute la répétition. Il ne me reste plus qu’à honorer ma première séance de natation pour me laisser glisser vers la fin de la semaine et le timide retour du soleil sur la capitale pour y adoucir les températures.

Nadège Night and Day #16

Après quarante minutes de flotting hier, footing sous une pluie continue, en guise de troisième sortie de la semaine après deux séances consécutives de fractionné court, passons au fractionné long sur 1000m autour des quatre minutes, le temps n’est plus à la pluie et le vent est tombé. Qu’elle n’est pas ma surprise lorsqu’au bout d’un premier kilomètre, je tombe sur la grille fermée du stade de 300m, et c’est la même chose un kilomètre plus loin pour le stade de 400m, me voilà partie pour un prochain kilomètre toujours en mode échauffement et le suivant déjà en mode récupération parce que je ne me vois pas courir du fractionné en plein trottoir alors que je traverse des marchés et autres étals mis en avant pour le Réveillon, tant pis je trotte. Demain sera ma dernière occasion de me lever à 6h pour rouler jusqu’à Molitor et accomplir un triathlon Maison en intégrant un petit footing le midi, j’en serai alors à 30km avant la sortie longue de samedi, 3500m de natation plutôt que rien du tout la semaine dernière et 20km vélo, autant finir l’année en beauté puisque même le soleil sera de la partie pour changer un peu. Toutes les mesures sanitaires actuelles nous indiquent que le 10km de Nice devrait être annulé, je suis dans le même état qu’à la veille du semi de Paris lorsque j’ai appris son annulation. J’ai paniqué en prenant conscience de la crise, ensuite je me suis dit que je n’étais pas prête du tout. Cette fois, je reste confiante parce que je veux croire que le plus dur de la crise est derrière nous. 2022 sera enfin mon année, démonstration. J’ai toujours aimé les miroirs, l’écho et la réflexion. Et le chiasme est ma figure de style préférée entre toutes, ABBA (pas le groupe, la figure de style) me suffit à passer l’hiver le plus impitoyable qui soit, or ma fête tombera le 22.02.2022, chiasme. CQFD.

Nadège Night and Day #14

Quand une obsession me prend, me rafraîchir la coupe ou bien changer de chaussures de course, il n’y a pas moyen pour moi de négocier avec moi, je dois agir ici, maintenant, tout de suite. Mon vélo est japonais, je ne sais pas s’il a vraiment déjà roulé là-bas, son origine est nippone, j’ai aligné mes chaussures de course en optant pour Asics après cinq années de course à pied dans des chaussures Adidas, le changement s’est fait facilement et j’en suis à quatre paires. Pour être plus précise, j’ai choisi ma quatrième paire d’Asics hier soir après avoir épluché tous les sites de vente en ligne pour préparer ma sélection sur place, selon ma pointure et mon confort, je chausse chez les hommes parce que je ne trouve ni l’un ni l’autre chez les femmes, ma paire m’attendait donc au rayon hommes, mon choix a été vivement appuyé par la vendeuse. Je suis donc chaussée pour ma première course de l’année samedi prochain, 1er jour de l’année. En attendant, je retourne sur la piste pour le fractionné long, je suis sensée tenir un kilomètre en 4’15’’, ce qui ne semble pas dans mes cordes aujourd’hui, pas plus qu’hier donc sur 100m, j’ai un petit coup de mou en cette fin d’année comme si la reprise du boulot ne signifiait pas non plus que je devais y retourner partout aussi et démarrer la préparation de la nouvelle saison, j’ai plutôt en tête l’annulation probable de la Prom’Classic et un week-end plus festif à Nice. Pour le coup, je trouve un compromis avec moi-même, comme ces nombreuses fois où j’abandonne l’idée d’éprouver mes limites, en fait la plupart du temps, et je cours 6 fois 500m. J’accélère à grand peine et mes anciennes chaussures, que je trouvais encore neuves la veille, n’y peuvent rien, je n’ai pas de jus et le vent contraire, qui m’a dissuadé encore ce matin de prendre mon vélo pour aller nager, ne m’aide pas non plus à tout donner, je lutte contre tout. Pour finir de lutter, je retourne nager dix jours après ma dernière séance, dix jours déjà, et je prends les transports, j’ai une sainte horreur des transports en commun, qu’on y mange ou pas, comme la plupart des gens je supporte plutôt très mal l’idée de perdre autant de temps ainsi, d’une manière générale de ne trouver aucun sens dans ce que je fais sinon la stérile logistique. J’arrive et je tombe sur une première famille avec trois gosses, puis deux autres gosses plus loin et je comprends pourquoi je n’ai pas mis les pieds dans cet espace durant les congés de Noël, j’oublie mes tongs en rejoignant le bassin et au moment de mettre mon bonnet, celui-ci craque, mon bonnet du triathlon de Paris me reste en deux morceaux entre les mains, j’y vois un signe, la bonne nouvelle c’est que le bonnet n’est pas obligatoire pour nager ici, à moi les sensations. Ça m’a tellement manqué et miracle, je suis non seulement seule dans ma ligne mais aussi dans toute la piscine, les familles se trémoussent en peignoir blanc à l’intérieur hors espace d’effort. Mes articulations me remercient, je m’étire de tout mon long à chaque mouvement de crawl. La détente aidant, je sens que mon estomac crie famine et je redouble d’effort, je suis seule ici, chaque instant se dilate dans le chlore et diffuse un parfum d’intensité autant que de satisfaction, je repars pour une dernière longueur qui devient l’avant-dernière jusqu’au repos physique final.

Nadège Night and Day #13

Il existe des créneaux horaires jusque-là parfaitement ignorés dans une journée de 24 heures comme il existe des recoins dans une pièce que seuls les chats sont capables de vous dénicher, c’est ainsi que j’ai enfin profité du bénéfice de la pause déjeuner lorsque je travaillais au siège le jour où j’ai découvert la piscine porte de Champerret à un kilomètre, vingt minutes de trajet et vestiaires inclus, je pouvais nager tout pile un kilomètre en crawl et revenir aussi prestement. C’était avant le confinement, bien sûr. Beaucoup plus récemment, j’ai fait la découverte sensationnelle du créneau très matinal de 6h avec une douche en 9mn et un café avalé en bouclant mon sac pour partir à 6h29 et arriver après 10km à vélo pour l’ouverture de Molitor. Pas une fois pendant la période de Noël, je n’ai ouvert l’œil à 5h59 en envisageant la possibilité. J’ai pris très au sérieux les vacances au point de me lâcher la grappe sur les entraînements et ne faire que courir les mêmes séances que la semaine précédente en version plutôt très détendue. La reprise se fera en douceur pour ne pas non plus gâcher le capital récupération accumulé. Certaines douleurs disparaissent et j’en prends connaissance au moment de leur soulagement, mes articulations semblent me remercier et la marche est plus réconfortante que jamais, je ne suis plus non plus en train de gesticuler dans tous les sens au cinéma pour trouver une position. Cette semaine, le fractionné court est vraiment très court, aussi court que ma coupe de cheveux, je suis sensée finir sur un 100m en 20 secondes, sachant qu’Usain Bolt survole le tout en 9’58’’. Il se trouve que j’avais une discussion récemment sur le barème du 100m pour être pris à l’X, quel serait le temps maximum pour avoir la moyenne nous demandions-nous, la réponse me laisse perplexe puisque les femmes n’ont à courir qu’un 80m, concentrons-nous sur les hommes auxquels la moyenne de 10 sur 20 est donnée pour un 100m couru en 13’50’’, 20/20 en 11’80’’. Je finis ma dernière longueur de piste bien au-delà des 30 secondes, je n’ai jamais été bonne en athlétisme, la tendance se confirme, je suis meilleure sur les derniers 100m que sur les 600m en début de séance, fort heureusement, mais le tout me laisse un goût de reviens-y très très vite. J’ai hâte de retourner nager, la sensation de glisse me manque, l’odeur atroce de chlore aussi, sauf qu’il pleut en début de semaine, mieux vaut encore profiter d’une séance nocturne le soir. L’objectif du club virtuel Ironman est d’accomplir la Distance Olympique, je ne demande qu’à trouver trois créneaux magiques pour nager 1500m, rouler 20km en élargissant mon aller-retour matinal d’une boucle en passant par les quais de la Seine ou bien en bifurquant vers Longchamp, il me restera à inclure une séance d’endurance commune à mes deux programmes pour le 10km. Enfin, je dois profiter de finir tôt pour passer chez ce fameux vélociste conseillé pour les petits bolides comme le mien afin de changer le cintre et me permettre de travailler les côtes sans les vitesses au bout des prolongateurs, un nouvel horizon s’ouvrira alors à moi pour mieux rouler.

Nadège Night and Day #6

Dans le train du retour sur Paris, je suis gagnée par la tristesse parce que je n’aime pas les fins. Je n’aime pas que les choses finissent, pas plus qu’elles ne se compliquent, j’aime ce qui dure et ce qui est simple, alors pour ne pas déprimer le dimanche soir je continue à chanter à tue-tête tout en programmant mon entraînement selon les prévisions météorologiques, je m’endors tard. Pour ne rien compliquer, ni la pluie ni la neige ne sont encore prévus, je peux continuer à rouler. Pour se lever à 6h, il suffit de ne pas réfléchir au moment du réveil, l’instant d’après je suis sur deux roues sans même connaître la température et je roule mécaniquement vers les bassins, une fois sur place tout est plus simple, la routine se met en place et je me cale sur elle, je fonctionne. Les objectifs de la semaine me proposent un fractionné court de 6×500 et un fractionné long de 3×2000, puis deux footings qu’il me tarde de réaliser pour retrouver un certain volume de run, de l’autre côté je suis invitée à enchaîner autant de fois que je le souhaite une séance de natation de 1800m, une sortie vélo d’une heure et une sortie course à pied d’une heure, sympathique. Lundi matin, ma priorité est au renforcement musculaire pour poursuivre l’affutage dont je ne sais toujours pas quand et si je verrais un jour le résultat, sinon au niveau des courbatures, j’enchaîne avec des accélérations sur le tapis de course et je finis dans le bassin extérieur pour 1500m de natation alors que le jour n’est toujours pas levé, la nuit l’emporte encore largement. Au moment de retourner aux vestiaires, le maître-nageur me félicite pour cet enchaînement, pourquoi j’en viens à lui parler de la partie vélo qui m’attend encore, je ne sais pas mais ses encouragements me flattent de si bon matin, après tout c’est la première personne à qui je parle. En privilégiant les détours sur le trajet du retour, je parviens à 45mn de vélo, la fameuse séance qui m’avait manquée la semaine dernière mais qui n’était plus du tout au programme du jour. Le lendemain, ma montre m’indique à l’issue de la séance de fractionné court que j’ai battu un nouveau record de VO2 max, j’en attribue le mérite au week-end chorale dont je sens les bienfaits en ce début de semaine, je continue à chanter à tue-tête Brassens et Over the Rainbow en pédalant parmi les décorations de Noël éclairées dans la capitale rien que pour moi avant 7h. Je reprends la direction de la piscine à vélo mercredi matin et je nage un peu plus de 1800m, avant le premier footing pendant la pause déjeuner, je fais le tour de mes deux stades de 400m, je ne l’avais pas fait depuis que le pass est demandé, depuis les confinements, depuis longtemps. Mon deuxième triathlon maison de la semaine est fait, 2500m natation, 20km vélo, 7km course. A peine l’idée selon laquelle cet hiver semble être le plus doux à passer depuis belle lurette traverse-t-elle mon esprit, en même temps les années précédentes ont été plutôt assez atroces, que je me rends compte de mon erreur puisque l’hiver n’est pas même encore advenu, illusion ! Le sportif amateur est le nouveau poète, qui parle de la pluie et du beau temps en tout lieu toute heure, les jours rallongeront à partir du mardi 21 décembre à 16h57, solstice d’hiver, ivresse.

Comment je ne suis pas (encore) devenue championne olympique de marathon #19

Dernier jour d’un mois de novembre que je n’ai pas vu passer tellement son intensité et les découvertes merveilleuses qu’il m’a offert m’ont happée toute entière, j’ai écrit tous les jours. C’est aujourd’hui aussi que Joséphine Baker entre au Panthéon, celle dont j’ai souvent l’air « J’ai deux Amours… » ou encore « April in Paris » en tête, j’ai encore lu son histoire illustrée dans l’excellent « Culottées » de Pénélope Bagieu ce week-end parce qu’elle figure juste avant l’histoire consacrée à Tove Jansson, dont nous voyons le biopic ce soir pour clore le festival, les préparatifs du jour J ne nous ont pas échappé quand nous avons gravi samedi la rue Soufflot. J’imagine qu’au Panthéon, tous les résidents jubilent à l’idée d’accueillir une artiste et militante qui ne va plus jamais les laisser dormir en paix, c’est en tout cas ce que j’ai très envie de croire, et je suis ravie qu’à l’occasion de cet événement la jeune génération en apprenne plus sur elle. J’ai profité des beaux jours pour rouler un peu et en passant à l’atelier vélo de mon Décathlon à Madeleine, on m’a orienté vers celui qui pourra changer le cintre de mon vélo de course, l’échéance du 22 mai avec le half-Ironman d’Aix-en-Provence est dans moins de six mois. C’était l’un des objectifs de vacances, l’envoi d’un colis aussi, je suis en mode fêtes de Noël. Mon nouvel atelier vélo me répond qu’ils assurent ce type de prestation, je suis la bienvenue au magasin, en sautant de joie je tombe nez-à-nez avec ma médaille du Frenchman que j’ai couru le 3 octobre, je ne m’étais jamais aperçue que la médaille est gravée avec la date du 22 mai… Il y a un mois, le 31 octobre, j’aurais pu gagner un dossard pour le marathon des Jeux Olympiques de Paris en 2024, c’était d’autant plus facile que le sas le plus lent m’avait été attribué d’office, sauf qu’en dépassant les meneurs d’allure au bout de 2km, le champion Eliud Kipchoge partant 19mn après notre sas, tout était fait pour que je reparte avec ce dossard donné. Ce jour-là, j’ai pu parler avec elle de ce que j’avais sur le cœur, je ne suis pas allée récupérer mon dossard la veille parce qu’il pleuvait, que j’étais déjà rentrée la veille sous une pluie battante et à vélo, la panne de mon radiateur me pesait, et puis je ne comprenais pas pourquoi on m’avait attribué le sas le plus, je ne savais pas que j’aurais pu aller plus vite, je n’avais pas encore compris que, pour une raison que je ne saurai pas, j’avais accès direct aux JO de Paris. Et le fait de lui en parler m’a permis de comprendre que je confondais crânerie et réelle fierté, je lui ai expliqué pendant un après-midi entier ma démarche d’en découdre avec la musculation et mon objectif, totalement surréaliste, de décrocher un slot pour les mondiaux d’Ironman 70.3 d’ici quatre ans, son enthousiasme et sa joie n’ont fait que me conforter dans ce qui était évident. J’ai participé à mon premier half-Ironman en 2021, j’en ajoute un deuxième en 2022, celui ’Aix-en-Provence, en 2023 un 3e dans ma logique, j’imagine que ce sera Vichy, Nice en 2024.