Clignancourt #12

Démarrer le week-end sur une lombalgie pour le finir par une médaille d’or, avouez. Et le recul n’y fera rien, je veux toujours croire que j’aurais pu éviter le pire, mais je sais surtout que j’ai failli louper ma participation au seul triathlon XS de l’année.  Un rescapé parmi toutes les annulations qui n’ont cessé de pleuvoir depuis le printemps. C’est le bonus au cours d’une année qui n’a fait aucun cadeau et je ne prévois pas de changement significatif dans ma semaine, j’ai juste très envie d’en profiter le jour arrivé. Je cours donc tous les jours et je nage deux ou trois fois, pendant la pause déjeuner, la chorale reprend le mercredi et le choses semblent rentrer dans un semblant de normalité, sinon que j’ai un peu la hanche qui tire mais enfin pas plus que les autres jours non plus. Ça coince un peu le jeudi lorsque je vais pour courir, j’hésite à y retourner le lendemain, peut-être que je ferais mieux de me reposer même s’il n’y a pas d’enjeu, c’est l’occasion, d’autant que ça tire particulièrement, d’ailleurs je n’hésite jamais autant avant d’y aller, mais j’y vais quand même parce que j’ai le temps jusqu’au rendez-vous au japonais. Mauvaise idée, très mauvaise idée, je n’arrive plus à courir, les jambes sont quasi raides. Les rendez-vous au japonais, c’est bon mais ça ne fait pas de miracle, alors le samedi au réveil lorsque je m’aperçois que je ne parviens même plus à marcher correctement, je prends rendez-vous chez l’osteo, n’importe où dans le quartier, pas loin et tout de suite. Il fallait que je tombe sur la praticienne que j’avais rencontrée lors de ma fracture de fatigue du bassin, celle à qui j’avais écrit que je ne voyais pas d’autre solution à ma douleur, je la croyais musculaire avant de faire la scintigraphie, que l’ablation du fessier. Elle se rappelle de moi et de mon délire, cinq ans après son geste est plus sûr ou j’ai lâché prise et appris à faire confiance, toujours est-il que lorsqu’elle me parle de l’inflammation d’une lombaire je la crois et, résignée, je renonce à mon triathlon XS. C’est l’année, il ne faut pas chercher, c’eut été miraculeux de participer à un super sprint. J’étale ce qu’il me reste de baume du tigre sur la zone souffrante et je laisse agir, prenons la chose avec philosophie, cette blessure est là pour me rappeler mes limites. Le dimanche, jour de l’épreuve sur laquelle j’ai fait une croix, je me réveille avec l’impression de ne m’être jamais endormie tant la douleur est devenue persistante, pire elle me paralyse au niveau du bassin et m’empêche de me lever sans appui ou d’avancer sans prendre des précautions par milliers avant de poser un pied à terre avant le suivant. Café, douche, pharmacie. Pourquoi n’ai-je pas pensé au patch et à l’aspirine tout de suite, pourquoi n’ai-je pas conscience de la chance que c’est de monter mes trois étages tous les jours, parfois plusieurs fois par jours, sans encombre ni gêne, pourquoi suis-je allée courir une dernière fois avant le week-end alors que tout était prêt pour en profiter. Je m’assoupis presque devant un film qui se déroule à Berlin, le patch fait effet, l’aspirine m’enveloppe dans sa bulle, je sens mes nerfs se détendre, il est bientôt 13h. J’aurais dû partir avec la vague de 15h, la dernière avant la remise des médailles, normalement je suis dans les vagues de midi ou du matin, j’avais prévu de prendre le bus de 13h12 pour arriver à temps au briefing prévu à 14h avec les autres concurrents. A 13h13, ma montre me dit de bouger, mécaniquement je me lève pour aller boire, puis je me rallonge pour regarder la suite du film mais quelque chose ne m’a pas échappé, j’ai pu me lever sans tout le théâtre de précautions nécessaires le matin, et j’ai marché. Quand je me relève parce que je n’arrive plus à me concentrer sur le film, il est 13h42. C’est bien trop tard pour arriver à temps pour le briefing puisque le bus met une bonne demi-heure pour arriver à la piscine Jacqueline Auriol, mais enfin il ne sera pas 15h. Bien sûr, tout était prévu, mon sac de piscine préparé, manquait juste la trifonction. Bien sûr, le seul bus de la demi-heure arrive, je me paie le luxe d’accélérer la marche à pied. Ce n’est pas que je ne sente plus rien, mais ça n’a plus rien à voir, je suis anesthésiée. Dehors il fait beau, je ne me sens presque plus handicapée, pas plus stressée que cela puisque je ne suis pas certaine de pouvoir concourir étant donné mon retard, mais au moins j’aurais essayé et rien à regretter si je devais repenser à cette fichue lombalgie. J’ai prévenu de mon retard et à mon arrivée, je suis presque escortée jusqu’au vestiaire, le briefing débute lorsque je rejoins le petit groupe de ma vague. J’y suis, par miracle. Le départ est donné dans l’eau, et comme cela s’est déjà produit lors de ma dernière participation à un super sprint, c’est la championne catégorie sénior qui nage dans ma ligne, elle me met une coulée d’avance direct et un aller-retour dans la vue sur 300m. Mes lunettes de nage qui n’avaient plus du tout fait parler d’elle depuis mon premier triathlon S en eau vive où elles avaient pris la tasse jusqu’à m’inonder, d’un coup je sens l’élastique qui s’échappe par l’avant et je dois tout réajuster avant de basculer en brasse coulée pour récupérer mon souffle, je m’étais pourtant bien entraînée. J’en suis à mon dernier aller-retour lorsque je prends la décision d’arrêter le triathlon. Je sors de l’eau malgré tout et je cours à mon vélo, j’enfile mes chaussures si facilement que je puise dans ce petit succès un regain de motivation pour affronter les 6km de vélo. Il se trouve que j’ai rattrapé deux de mes concurrentes sorties avant moi du bassin lorsque je descends du vélo pour m’élancer sur la course, personne ne me doublera à présent j’en mets ma lombaire à couper, qui commence à se réveiller de sa léthargie. Cinq boucles aux virages en épingle, je crispe de partout mais je finirai. Voilà, j’ai fini.

Trois éternités #59

Première baignade en eau vive, premier essayage de la combinaison, premiers émois. Après avoir couru avec l’application Runtastic et roulé avec Strava, je nage avec Garmin, une montre que je me suis offert pour vérifier que je progresse sur une distance proche du format M et tester également les transitions entre les trois disciplines de manière ludique et pratique. D’ailleurs, ma combinaison néoprène et moi-même jubilons lorsque le chronomètre célèbre les premiers 500m parcourus dans une eau plutôt opaque et à 17 degrés, alors que j’ai à peine travaillé mon crawl sur ce tronçon qui mène de la berge à l’îlot en face sur la base de Torcy. Ce n’est pas que l’eau me paraisse particulièrement froide – certes il n’est pas encore 9h et la fraîcheur de l’air n’incite pas forcément à une baignade matinale -, ce n’est pas non plus le sol vaseux et les herbes montantes qui freinent mon prime élan, ni le fait d’être en combinaison, simplement je sens une réticence à mettre la tête dans l’eau directement, je prends mon temps. Si je me mets à nager le crawl, je vois mes bras sous l’eau bouger dans une eau opaque, l’impression est étrange comme dans un film à sensations, je fais quelques mouvements de bras puis je retourne à la brasse pour respirer, je commence à me détendre au bout de 500m. La combinaison permet de flotter, j’allonge le mouvement de crawl et la respiration sans avoir vraiment à utiliser les jambes, à présent que j’avance j’essaie surtout de ne pas trop dévier. Tout en nageant je repense à la séance de la veille où je me suis initiée avec un autre club à la nage longue distance, en enchaînant des séries de 4x et 8x 100m en alternant les nages, j’essaie de faire la même chose si je sens que je fatigue au niveau des bras, garder le rythme. La berge ne semble toujours pas vouloir se rapprocher, une fois effectuée le tour des trois îlots et amorcé le retour vers le point de départ au bout d’un kilomètre de nage, en même temps je ne suis pas pressée de sortir. La situation est insolite de me retrouver si tôt à nager dans un bassin d’eau naturel sous un joli ciel à une heure de Paris, je me sentirais presque privilégiée. Une fois arrivée je réalise que ce ne sera pas infaisable le jour d’un triathlon, il faudra éviter le coup et la déviation pour essayer d’accélérer un minimum, retrouver cette sensation de plaisir. En attendant, la prochaine séance de natation est déjà prévue dans quelques heures avec cette fois-ci un atelier quatre nages, culbute et plongeon. Je ne me vois pas non plus m’essayer à la nage papillon en combinaison le jour d’un triathlon, mais je n’y suis pas encore, j’apprends. Le prochain triathlon XS en relais est programmé dans deux semaines, j’ai décidé de m’aligner sur mon premier triathlon format S le même jour pour profiter de l’échauffement… En fin de journée, l’eau de la piscine Nakache me paraît terriblement triste et froide, je m’essaie à mes premières ondulations pour nager le papillon, je donne toute la puissance qu’il me reste pour pousser sur les bras et me propulser en avant plutôt que de me noyer de fatigue. Ma nouvelle montre m’indique en sortant de la natation que je viens de nager 5km en 24h.

Trois éternités #56

On dit qu’une répétition générale catastrophique est souvent signe d’un concert réussi. On pourrait aussi dire qu’il en va de même pour un entraînement particulièrement laborieux, la compétition aurait tout lieu de se tenir sous les meilleurs auspices et réserver la surprise. Sauf qu’il n’en fut rien le jour du triathlon XS organisé dans le 15e arrondissement, le lendemain d’une séance en palmes que j’ai entièrement effectué sans palmes, avec des lunettes qui avaient décidé de prendre l’eau et un nouveau coach désintéressé par la séance. J’aurais pu m’attendre dans ces fatales conditions à briller lors de l’épreuve du Super Sprint. Certes, j’ai fini troisième de ma catégorie une nouvelle fois, certes j’ai pour la toute première fois nagé mes 300m de crawl sans interruption ni reprise en brasse, certes le parcours de la course à pied était particulièrement glissant et difficile parce qu’il fallait répéter six fois la même boucle sur un stade trempé, avec un départ en labyrinthe comme au passage de douane. Toujours est-il que je pensais faire mieux que lors du premier triathlon XS, j’ai mis deux minutes de plus pour achever ce parcours chaotique, tous les concurrents ont pris 2 minutes. La compétition devait se dérouler à l’origine à la piscine Keller, dans un bassin de 50m, pour une raison qui m’est inconnue l’événement a changé de lieu au dernier moment, le parcours de la course aussi. Je garde le souvenir de mes six allers-retours dans ce petit bassin de 25m. Je retiens également un temps plutôt correct en cyclisme, j’ai appris à mouliner, j’en abuse jusqu’à la descente de vélo, la transition vers la course à pied m’a parue moins compliquée. Pourtant, je ne me suis même pas spécialement distinguée en course, une déception au point que j’en oublierai presque mon état de convalescence, je me remets mal d’une bronchite que je traîne depuis le marathon, mes bronches sont encore encombrées, je me sens toujours vidée. Il me faut prendre mon mal et ma toux en patience avant de retrouver la grande forme, avant de reprendre les entraînements de course à pied surtout, je ne sais pas si je sais encore courir. Aucune sortie longue à mon compteur depuis le marathon, j’ai timidement repris les sorties au stade mais à un rythme très inférieur à ma moyenne et surtout dans un état d’épuisement que je ne me connais pas, je suis aussi essoufflée par un tour de stade que par une ligne de crawl. Je suis épuisée rien qu’à l’idée de faire un tour de stade et de nager une ligne de crawl, mais je suis inscrite à d’autres courses à venir et il va falloir trouver le levier de vitesse en nage et retrouver l’endurance des beaux jours pour prendre plaisir à nouveau aux sorties matinales. Bientôt le 20K de Bruxelles, inimaginable à l’heure actuelle, et bientôt un premier triathlon S. La récupération, ce moment pareil à un temps mort mais aussi vital en réalité que le moindre geste de survie, ce réflexe qui n’en est pas encore un lorsque la machine fonctionne et qu’il n’y a aucune raison de l’arrêter en cours de route, pas d’arrêt sur le parcours, aucun terminus, tout un apprentissage… Mais là tout de suite j’envisage de faire une sortie vélo de 165km.

Trois éternités #55

Pour faire les choses selon les règles de l’art au sein d’une journée de stage triathlon, celle-ci démarre par la séance de natation au petit matin, sept nageurs par lignes d’eau et par niveau, le crawl est à l’honneur dès les premières longueurs, la brasse sera à peine évoquée. Pour la première fois, je nage avec des palmes, pour la première fois aussi je fais une culbute. Et pour la première fois aussi, à vélo cette fois-ci, j’apprends à gérer les vitesses selon le dénivelé sans oser avouer que jusqu’ici ma sortie sur les bords de Marne s’était déroulée sans aucun changement de vitesse, j’avais roulé en résistance maximale sans pouvoir mouliner. Impossible dans les côtes qui se présentent dès la première sortie en Ardèche, les vingt premiers kilomètres se passent normalement, nous enchaînons les faux-plats et les premiers dénivelés, je prends mon vélo en main, j’adhère davantage à la route, puis arrivent les côtes. J’apprends que mon vélo n’a qu’un plateau, ce n’est pas courant et en même temps me disent les experts qui m’entourent, la tendance revient au mono-plateau, je ne risque pas de dérailler. Mais la première vitesse ne me permet pas non plus de mouliner suffisamment, ou alors je ne parviens pas à l’atteindre, quelque chose résiste, débloque au moment où je suis dans le rouge. Je dois mettre pied à terre et gravir le col en poussant le vélo, j’imagine mal continuer ainsi. Le groupe a fait une pause au sommet du col avant de repartir pour une descente vertigineuse. Le vertige… ma hantise. Je m’élance sans aucune visibilité dans le virage en aiguille, en face de moi le vide, un autre que moi parlerait de paysage à couper le souffle, vue panoramique. Mon guidon est incrusté dans mes mains et tout mon corps est crispé sur celui-ci pour donner le coup de frein nécessaire avant de s’engager dans le prochain virage, je n’en vois pas la fin. Je suis dépassée par des cyclistes lancés à pleine allure, sans doute n’ont-ils donné aucun coup de frein depuis le sommet, ils filent vers la stabilité du plancher des vaches en tout détente. J’imagine même qu’ils prennent particulièrement plaisir à descendre après l’effort de la côte. Quand j’arrive en bas de la descente, je suis épuisée, j’arrive à peine à décrisper mes mains du guidon, mes muscles sont tendus sans même avoir été sollicités pour faire le moindre effort. J’apprends que la solution se trouve dans la détente, cela ne sert à rien de crisper, au contraire. Facile à dire. Je choisis des sorties avec un dénivelé de 600 pas plus pour les prochains jours. Puis, le stage avançant, je me lance en fin de semaine dans une sortie longue avec 1200m de dénivelés, je me dis que je ne retrouverai pas cette occasion à Paris d’affronter ma hantise. Comme d’habitude, les premiers kilomètres s’enchaînent sans difficulté, mieux je ne suis plus la dernière du peloton, les cuisses sont aiguisées, je maitrise définitivement toutes les vitesses, je m’initie au drafting et je me sens plus détendue que jamais. La première côte s’annonce. Sans sourciller je passe la vitesse adéquate, il fallait la débloquer manuellement, je mouline à présent sans encombre, j’arrive au sommet à bout de souffle mais sous les applaudissements. Et surtout, j’attends la descente pour souffler, je me détends parce que les paysages et le vertige me sont devenus familiers, j’ai le réflexe de vouloir freiner mais je laisse couler quitte à prendre beaucoup de vitesse, la panique monte mais je souffle lentement, il ne m’arrive rien. Toujours mieux, je me surprends à suivre le mouvement de mon vélo dans les virages et je penche avec lui à droite puis à gauche en m’équilibrant avec le genou sorti, je regarde devant. Jamais je n’ai regardé aussi loin qu’au moment où j’ai eu le nez dans le guidon en grimpant sur ce vélo qui m’a permis de dépasser mes limites et ma peur des virages en côtes escarpées. Le stage devrait commencer maintenant, malgré la fatigue accumulée et la météo incertaine. Contrairement au début de semaine, je n’hésiterais plus à partir affronter les bourrasques de vent et le risque de pluie, l’envie de profiter de chaque occasion de rouler est quasi incessante. Les séances de natation montent jusqu’à deux heures d’effort, le travail éducatif paie, la sensation de glisse en crawl est plus évidente et j’économise des mouvements sur une ligne. La course à pied est revenue progressivement dans le programme du stage avec une première sortie directement après avoir rangé les vélos, catastrophique. Les jambes ne répondaient plus, les cuisses étaient asphyxiées et l’élan inexistant, j’ai cru que je ne savais plus courir du tout. Des deux transitions à travailler, la dernière qui enchaîne le vélo et la course à pied est la plus difficile et mérite un travail spécifique, qui a été organisé autour d’une boucle de 4km de vélo et d’un kilomètre d’un parcours de course jalonnés de côtes et d’escalier, le tout à enchaîner si possible quatre fois voire plus pour les plus téméraires, sous une pluie continue, avec du vent. Une fois les conditions énoncées, on aurait pu croire que l’exercice fut pénible et douloureux, or le contraire se produisit puisqu’au moment de finir la reconnaissance des deux parcours, une joie à l’idée d’en découdre ensemble sur ces courtes distances a gagné le petit groupe de volontaires. Nous nous sommes encouragés sur la boucle à chaque fois que nous nous croisions comme s’il s’agissait d’une compétition contre les éléments et que nous avions à défendre les couleurs de notre stage de triathlon, je me suis sentie stimulée comme jamais. Finalement, et après une autre sortie de course à pieds dans les jolis sous-bois du gîte, j’ai senti la transition devenir moins difficile, les différents muscles semblaient bien s’harmoniser. Cela aurait pu est de bon augure pour le prochain triathlon XS prévu après le stage si la fatigue n’avait fini par s’installer au retour, comme une orage que personne n’aurait prévu. Doucement, j’ai repris la course à pied mais sans pouvoir allonger la foulée ou la longueur de la sortie, je suis retournée nager en profitant de lignes de crawl sans incident mais sans avoir l’impression non plus d’avoir gagné en souffle, n’importe quel effort me coûtait le double de ce qu’il aurait du me demander. J’ai continué à rouler en me persuadant que les sorties vélo n’étaient que de simples balades et que je serai remise sur pied pour le prochain Super Sprint.

Trois éternités #54

Quelles ont donc été mes pensées pendant le dernier kilomètre du marathon de Paris. J’avais l’impression d’avoir franchi la ligne d’arrivée à partir du moment où j’avais croisé le stand du club avec les encouragements des pom-poms, je n’avais plus envie de courir du tout, je n’étais pas même pressée d’arriver puisque l’objectif était atteint, j’avais tenue jusqu’à eux. Mon sentiment d’appartenance s’était trouvé comblé en l’espace d’un moment exceptionnel. A côté, je n’ai déjà plus aucun souvenir de l’instant où je suis venue à bout de la distance, sinon qu’il me restait encore de l’eau mais que je ne pouvais plus rien avaler et j’avais froid. J’ai vite pensé aux prochaines échéances en me disant que la ligne d’arrivée d’un triathlon XS était presque plus jubilatoire parce qu’elle vient conclure trois épreuves d’un coup et célébrer la réussite des deux transitions, la sortie du bassin et le démarrage de la course après le vélo. Dix courses pour en arriver au stand des pom-poms du marathon de Paris et dix courses prévues dans les mois à venir pour avancer vers d’autres objectifs. A commencer par un nouveau triathlon XS, puis un triathlon en relais en eaux vives et enfin, un triathlon format M. J’en étais là de mes réflexions lorsque je me suis rappelée qu’il fallait que je rentre assez vite me changer pour être à la répétition et assurer le concert en début de soirée, il me fallait encore assurer une transition avant de franchir la ligne d’arrivée de cette journée marathon. Autre transition à venir, la semaine de récupération avant le stage de triathlon pendant laquelle j’avais prévu de me concentrer sur la natation, il n’en a rien été de toute la semaine. Ni sortie décrassage ni séance de natation, mais une sortie vélo sur les bords de Marne, ma première sortie en vélo de course en visualisant à peu près le trajet jusqu’à la base de Vaires. Au total, 67km aller-retour avec quelques difficultés à trouver la destination sur le premier tronçon où je me suis retrouvée à faire beaucoup d’allers et retours entre Champs-sur-Marne et Lagny, sans surprise pour une première sortie. Non, le plus étonnant reste le fait qu’à aucune moment pendant tout le trajet, je n’ai eu l’idée de changer de vitesse, ou besoin de le faire pour mouliner davantage, forcer beaucoup moins sur les faux plats, manque de pratique. J’ai donc passé la première journée de stage à changer de vitesse à chaque occasion, tout en continuant à freiner à mort dans les descentes parce que par manque de visibilité je redoutais de laisser couler le vélo et prendre de la vitesse dans les virages, contrairement aux autres. 500m de dénivelé, de la difficulté dans les côtes et beaucoup d’appréhension de l’autre côté du sommet, j’avais une sacrée marge de progression devant moi si je voulais réellement m’aligner un jour sur un triathlon format M. L’apprentissage du crawl avait été un jeu d’enfant à côté de cette nouvelle appréhension à dompter au cœur des gorges de l’Ardèche…

Trois éternités #48

Dimanche, 8h59. C’est le jour J, je n’ai pas eu besoin de réveil, le triathlon m’appelle. Cette fois, contrairement à la veille, c’est comme il se doit par la natation que commencera l’épreuve, raison pour laquelle je la redoute tant puisqu’il s’agit de mon point faible actuel. Dans le cadre d’une journée idéale, j’aurais pourtant tendance à garder le meilleur pour la fin en débutant la journée par une course à jeun avant de partir sur les routes à vélo et me détendre en fin de journée dans la mer qui aura eu le temps de chauffer toute la journée. Somme toute, ma journée d’hier fut quasi idéale, celle à venir débute sous un soleil splendide. L’événement se déroule à la piscine Georges Hermant dans le XIXe, les vélos d’appartement sont positionnés à la sortie du bassin de 50m et la course à pied se déroule dans le très jolie quartier de la Mazouïa, on nous promet un parcours aux dénivelés prometteurs, j’ai trop hâte. Je pars avec la vague de 12h30, la sixième sur douze, je suis arrivée une heure en avance comme conseillé et briefée au moment où la vague précédente s’élance, certains à la brasse. Pendant un quart d’heure, je m’échauffe dans la ligne laissée libre et je réussi à tenir en crawl sur toute une longueur malgré la nervosité, je reviens à la brasse coulée, mon cœur s’accélère. Puis le moment vient de régler les vélos, j’ajuste la selle et me familiarise avec les vitesses. Enfin, le départ est donné par l’organisatrice, Edwige qui dirige en maîtresse de cérémonie la première édition de cet événement dont le déroulé est impeccable et l’énergie communicante. Je pars en crawl sur la première longueur mais je sens vite que l’excitation me coupe le souffle et qu’il va me falloir tenir jusqu’au bout au même rythme, je décide de revenir en brasse coulée comme à l’échauffement. Sur les côtés, je vois les autres devant, je ne suis pas non plus la dernière, je me recentre sur ma respiration, sur l’économie et l’énergie des gestes. Dans le dernier aller-retour, je repasse en crawl non sans mal, j’ai un sacré boulot à faire. Sortie du bassin, je monte en selle le temps de me vêtir aux couleurs du club et sans me sécher, j’ai réglé le vélo sur la vitesse la plus courte pour donner le maximum d’élan dès le départ et relâcher la résistance sur la fin du parcours qui prévoit ici aussi une petite côte. Devant les vélos, de gentils bénévoles nous aèrent à coup de planches, le spectacle est drôle. La transition du vélo vers la course à pied l’est moins, je sens mes cuisses en feu, raidies par l’effort et je peine sur les premiers mètres à retrouver une mobilité normale, l’air frais me fait du bien et je commence à profiter d’une petite descente jusqu’à la première côte dans les petites rues pavées voisine, l’endroit est délicieux mais le parcours ardu, je galère et je râle. Plusieurs fois, j’entends mon prénom et les encouragements des pisteurs mais je ne lève pas les yeux que je garde rivé au sol pour ne pas perdre de vue le parcours tracé, j’ai soif, je peine. La course finit par des marches que je dégringole jusqu’au ravito. Je finis 3e de ma catégorie, ravie et motivée pour progresser dans cette discipline et faire partie de cette équipe de rêve.

Trois éternités #47

Week-end 100% triathlon, nous y voici. Je commence dès le samedi par une course sous un soleil splendide, je fais le tour de mes trois stades sur 12km en 56mn, sortie agréable. Je me décide enfin à aller visiter ma cave pour y aménager un emplacement pour le vélo que je compte aller chercher dans la foulée, si j’ai la chance que le magasin l’ait encore en stock. C’est mon week-end de chance, nous repartons mon casque, mon vélo de course anthracite et moi-même par les grands boulevards, comme lorsque j’avais pris l’habitude de ne plus circuler qu’à vélo. Aucun changement depuis, je ne note pas davantage de piste cyclable. Qu’importe, je prends tout mon temps pour apprivoiser la selle et le guidon, je roule heureuse. Le temps d’installer dans la cave le nouvel occupant et je pars pour la séance de natation, avec une pause par le cinéma des quais pour y voir le très attendu « Boy erased », qui me secoue. Je n’en suis pas encore remise que je fais enfin la connaissance du fameux coach Julien, doux et souriant. Il m’observe nager et m’annonce que la situation n’est pas catastrophique comme prétendu, certaines choses sont à travailler certes, je reprends la nage plus motivée que jamais.

Trois éternités #46

J-5 avant mon premier triathlon. J’apprends à nager le crawl depuis un mois tout pile. Dans quelle catastrophe me suis-je engagée pour appréhender à ce point ce nouveau défi, même mon premier marathon ne m’avait pas inspiré autant de frayeurs et de doutes. J’ai peur. Je laisse passer deux jours avant de retourner courir après la sortie longue au parc de Sceau. Jamais je n’ai autant soigné la récupération que depuis les dernières inscriptions à des courses, parfois deux départs dans le même week-end, mon marathonien préféré m’assure que je suis en train de travailler le mental et gagner en confiance à multiplier les expériences sportives. Dernière séance sur piste dans le cadre de la préparation au triathlon, séance du mercredi, je sèche la chorale et je retrouve une camarade de bassin que j’ai croisé samedi à l’entraînement. Elle m’affirme ne pas avoir noté de problème particulier dans mon crawl et rit de mon récit. Quelle aubaine d’être tombée sur elle ce soir, je dédramatise d’un coup, tout reste possible et surtout le plaisir de participer à la première édition d’une épreuve qui se veut surtout ludique. Je viendrai au bout de 300m de nage, crawlée ou coulée, à la brasse ou sur le dos, respirons. La séance se poursuit, après le traditionnel tour du lac dans le bois de Vincennes, par un échauffement en règle avec déclinaison des gammes mené par une coach en bonnet à pompon. Nous partons pour un cycle de fractionné court sur 200m et 300m en mode sprint, j’étais partie pour marcher au moment de la récupération sur 100m mais je suis rattrapée par un petit groupe de filles plus motivées que moi et qui se met à trotter, je leur emboîte la foulée, je suis. Les sensations sont agréables, j’ai l’impression de décoller à chaque nouveau cycle de sprint et de garder du souffle et de l’énergie jusqu’au bout, je monte les genoux et me tiens droite, sans doute la récupération n’y est pas pour rien, en ralentissant j’ai pu courir plus vite ce soir.

Trois éternités #42

La suite de la semaine s’écoula avec davantage de fluidité, une séance de natation pour moi le matin et un entraînement de fractionné sur piste avec mon club, une séance dans mes stades le lendemain matin et le soir, la très attendue seconde et dernière séance de natation coachée. J’ai aligné mes premières traversées de bassin en crawl sans m’arrêter ni boire la tasse ou couler, mais le bassin ne fait que vingt-cinq mètres alors que le jour du triathlon il me faudra enchaîner six longueurs de cinquante mètres pour venir à bout de l’épreuve de natation, avant d’enchaîner sur six kilomètres de vélo et deux kilomètres et demi de course, ça devrait aller. J’apprends à gérer le passage du crawl à la brasse coulée lorsque je suis interrompue dans mon élan, un peu comme lorsque je régresse en marche au moment où j’ai besoin de retrouver mon souffle et ma foulée pour reprendre le rythme de la course, la brasse devient le pis aller. J’appréhende cette nouvelle séance autant que je l’attends, en me demandant si la coach va m’inciter gentiment à abandonner l’idée de participer à un triathlon ou si elle va noter que mon cas n’est pas si désespéré que cela, je me vois encore couler avant d’atteindre les 300m. Limite je me vois chuter du vélo d’appartement qui sera installé juste au bord de la piscine, voire je me vois ramper pour franchir les dénivelés prévus sur le court parcours de course. Toujours est-il que je profite de la séance de fractionné court pour me lâcher sur des sprints et me divertir à nouveau des longues sorties et du travail d’endurance pur qui me motive moins. J’aurais pourtant tout à y gagner à un mois pile du marathon si je veux le finir correctement. Pour le moment, je ne veux même pas y penser, par peur de me projeter encore une fois dans une belle performance et le jour venu être déçue du résultat, aussi je prépare d’autres courses. Quel plaisir de retrouver ce bassin de cinquante mètres pour une séance de coaching nocturne. Nous démarrons directement par le crawl, avant d’enchaîner des exercices de jambes et de bras en crawl et finir en beauté par des 400m de crawl en nage complète, bref nous crawlons. Pour ma part, je bois la tasse et je tousse, la coach m’incite à aller moins vite pour ne pas tomber dans la panique, à ramener davantage les bras vers le corps et battre une jambe après l’autre et non pas les deux en même temps, j’ai l’impression que rien ne va, la catastrophe. Pour finir, mon casier est bloqué et au moment où je retourne voir la coach pour lui demander où je peux trouver le personnel de la piscine à plus de 22h, elle me voit arriver en souriant et, pour mon plus grand étonnement, affirme que mon crawl s’est amélioré et qu’il faut que je continue à m’entraîner, ça paiera. J’en oublie de lui demander de l’aide pour mon vestiaire. Au moment de refaire mon code, le casier s’ouvre par miracle, comme si l’espoir renaissait.

Trois éternités #41

Retour dans le grand bassin pour le premier jour de mes vacances, rien de tel me suis-je promis pour me détendre physiquement au lendemain du semi-marathon, une fois récupéré. De mes trois piscines de quartier, je choisis celle que je n’ai pas encore pu tester en nocturne, évidemment les casiers nécessitent l’utilisation d’une pièce et je me rends compte alors que je suis déjà en maillot de bain que je n’ai aucune monnaie sur moi, me voici dans le hall à réclamer de l’aide auprès du guichetier qui m’offre un jeton valable dans toutes piscines munies de casiers du même genre. Les vacances commencent, j’ai l’art des grands départs. Pour continuer, je pensais me retrouver seule ou presque dans ma ligne en ce jour de reprise. C’est tout le contraire, je me vois obligée de passer entre les rangs pour doubler deux nageuses qui freinent l’avancée des autres nageurs, je préférerais faire mes longueurs à deux mètres de profondeur et en apnée pour n’avoir à déranger personne. Le crawl exige la surface. Pour m’achever, je me retrouve systématiquement derrière une même nageuse qui semble faire du sur-place, moi qui viens d’inventer le brawl je me vois surpassée par son inventivité. Plusieurs fois, je la dépasse en allongeant la brasse coulée puis dans une dernière longueur et alors qu’aucun nageur ne me fait face encore dans l’autre sens de ma ligne, j’accélère pour la dépasser en crawl, certes une nage crawlée très approximative, je finis pourtant par la doubler. Mon réflexe ne serait pas de nager le crawl si je me faisais attaquer par un requin en haute mer, sachant que le seul réflexe serait de ne pas bouger. Je n’irai pas nager le crawl en mer. Concernant la course à pied, je pensais que le réflexe de mettre les semelles était acquis, il faut croire qu’en période de vacances, plus aucun réflexe ne tienne la route, rien ne va plus. Pourquoi ai-je choisi un entraînement en côtes avec l’autre club dès le lendemain du semi-marathon, je ne m’en souviens plus, sans doute n’étais-je pas encore inscrite pour la course. Bien sûr, je ne force pas et je traverse tranquillement l’entraînement depuis les exercices de renforcement musculaire jusqu’au parcours élaboré autour d’escaliers et d’accélérations. Pas un instant, je ne vois que quelque chose ne va pas, je sens simplement la fatigue de la veille. C’est chez moi que je me rends compte que j’avais oublié de mettre l’une des deux semelles. J’étais prête à retourner à la séance de côtes de mon club dès le lendemain, mes deux semelles aux pieds cette fois-ci, après une nouvelle séance de natation et quelques films à rattraper. Mais la piscine près des quais et de ses cinémas est exceptionnellement fermée par manque d’effectif, je continue donc ma route en visant la prochaine ouverture à 16H30, éventuellement. Les films « Sibel » et « Marie Stuart » me touchent énormément. Je retourne à la piscine à l’heure dite, l’effectif n’est toujours pas au complet, le lieu reste donc fermé. Qu’à cela ne tienne, je m’offre une dernière séance avec « Maguy Marin », autre destin de femme en révolte contre la société et qui cherche un langage pour dire et bousculer les choses. Au moment de rentrer chez moi et me préparer à l’entraînement, une véritable tornade s’abat sur Paris, je viens d’échapper à la minute près à une tourmente qui mêle vents et pluie. Comme si une puissance supérieure et bienveillante m’avait prévenue d’un entraînement de trop en ce début de semaine, surlendemain du semi-marathon, alors même que je m’étais fait une fracture de fatigue cinq ans auparavant en enchaînant sur mon premier semi-marathon mes deux premières séances de fractionné, sans prendre le temps de récupérer auparavant. Bien sûr je m’en souviens encore, et pourtant le destin avait besoin de me rappeler à l’ordre.