L #6

Et pourtant, je me suis mise à courir, comme un besoin de délier mes jambes après les avoir crispées sans réussir à pousser avec puissance sur les quarante kilomètres du parcours vélo. Tout d’abord, il faut circuler dans le parc sur d’innombrables boucles avant de sortir sur le port de Cherbourg pour deux boucles sur lesquelles les coureurs se croisent dans les deux sens, les badauds s’écartent à peine pour nous laisser passer, l’événement tire à sa fin. J’ai le moral dans les chaussettes et je ne m’explique pas cet échec sur le vélo, tout en comprenant parfaitement que sans avoir roulé je ne peux pas avoir le niveau d’un cycliste, je m’en veux. Je double tout de même quelques coureurs dont un gars qui me félicitera pour ma « remontée » sur la course à pied lorsqu’il viendra sur le stand de ravitaillement boire du coca. Comme au triathlon de Chantilly, je ne sens pas passer les dix kilomètres, mes jambes fonctionnent beaucoup mieux que sur la selle, je n’ai aucune question à me poser, je fixe le coureur devant moi dans l’intention de le rattraper et de fait, je finis par le doubler, ça marche. Je cours depuis cinq ans, je n’ai roulé qu’à l’occasion des triathlons, je nage depuis six mois, il ne faudrait pas non plus s’attendre à un miracle, je devrais me satisfaire de franchir la ligne. L’arche de la ligne d’arrivée a déjà été rangée et les récompenses sont en train d’être distribuées, les athlètes sur le podium sont applaudis, la bière coule à flot sur le stand du club. Je l’ai fait, avec un résultat plus que médiocre en vélo, mais j’ai bouclé les 10km en 48mn. J’ai progressé en natation, sur le temps comme sur la technique, voyons le bon côté des choses, et surtout je sais ce que j’ai à travailler pour la saison prochain, en vue du format L. Pour l’instant, la priorité est à la douche chaude dans les vestiaires du club, à une pinte dans un troquet sur les quais face au coucher du soleil et au retour en train, la fatigue se fait sentir. L’eau n’est plus chaude dans les douches, je peine à trouver un troquet proche de la gare et au moment de m’assoir en terrasse, une pluie diluvienne s’abat sur Cherbourg. C’est à ce moment que j’ai commencé à apprécier la ville où des convives m’ont invitée à me réchauffer à l’intérieur en m’assurant que sous ces trombes d’eau, personne ne volerait le vélo. Tout le monde semblait se connaître et les gens sont venus vers moi facilement, le ciel s’est éclairci. Le temps de finir ma bière, je me suis imaginée avec bonheur m’installer ici et rouler le soir. Eviter les transports pour aller nager en eau libre, éviter la foule pour sortir de Paris à vélo… éviter aussi la collision avec le sanglier à une heure de l’arrivée à la gare Saint Lazare, l’animal a défoncé le train qui reste immobilisé trois heures. Les pompiers passent dans les compartiments mais n’ont pas de couverture de survie, personne ne sait comment arrêter la climatisation qui nous frigorifie tous les membres, je sors dans le couloir faire les cent pas. Bien sûr, une fois à Paris, il est quatre heures du matin, une queue de taxis nous attend, prévenus de notre déconvenue. Je remonte à vélo vers la place Clichy, Paris s’offre à moi.

L #5

J’avais retenu du triathlon de Cherbourg que l’eau serait à 18 degrés et qu’il risquait de pleuvoir pendant toute l’épreuve, sans doute la raison des désistements de dernière minute qui m’ont valu une inscription la semaine avant l’événement. J’ai pris mes billets aller-retour le jour de l’événement, sans trop savoir pourquoi cette détermination, il me fallait un format M. Nous nous sommes mis à l’eau, filles en bonnet rose d’un côté et garçons en bonnet bleu de l’autre, jusqu’à avancer vers la ligne de départ, l’eau était gelée mais surtout l’eau était salée, je ne m’attendais pas à me réjouir à ce point de ce détail évident comme le jour, j’allais pouvoir nager dans la mer. Certes, je n’étais pas en Grèce, mais ce goût de l’eau de mer me réconforta d’un seul coup. Pourtant, tout n’avait pas commencé dans la fluidité, je m’étais aperçue une fois sortie de l’immeuble que j’avais oublié mon casque et mon vélo avait cédé aux secousses du train, il était tombé et la chaîne avait sauté. Ce n’était encore rien du tout. J’ai commencé à nager sans paniquer, je voyais bien les meilleurs nageurs s’éloigner devant moi, mais je continuais à mon rythme, en alternant crawl et brasse coulée jusqu’à trouver mon confort dans le crawl à un temps avec la possibilité de regarder devant moi chaque fois. Une chance de m’être alignée sur cette course pour comprendre enfin comment nager sans dévier. Les spectateurs étaient venus en nombreux, les clubs de la région étaient présents, l’ambiance m’a parue plus conviviale qu’à Chantilly, Deauville et St-Lo s’affrontaient en public. 31mn56 J’ai fait mieux qu’à Chantilly et surtout, je n’ai pas paniqué, j’ai pris du plaisir dans la mer… Le soleil s’est imposé au moment de rejoindre le parc à vélo, je suis un moment désorientée. Au point où j’en suis, puisque je viens de faire le tour complet du parc à vélo en courant, je m’offre une barre de céréales sans céréales, dattes amandes et myrtilles, la combinaison glisse d’elle-même sans que j’ai trop à m’énerver, le scratch n’a pas résisté comme la fois d’avant. Mais il reste très peu de vélos dans le parc, le niveau est plus élevé en province, la chance qu’ont les clubs de pouvoir s’entraîner aux trois disciplines sans avoir à s’éloigner d’abord. Une fois sur le vélo, j’ai un premier coup de barre dès les premiers dénivelés, pourtant inoffensifs, mais je constate que je n’ai rien dans les jambes, aucun jus, pas d’énergie du tout. Je me souviens m’être régalée sur le parcours du triathlon dans un Paris calme, endimanché et sécurisé pour l’occasion, le parcours autour de Chantilly m’avait ravie parce que je me trouvais enfin seule dans un paysage magnifique et baigné de soleil, ici en bord de mer j’ai lutté contre le vent, j’ai peiné à me réchauffer, je n’avais pas ma place du tout dans la course. Sur la toute fin du parcours, j’ai pu accélérer parce que le tracé empruntait des nationales où il était facile de filer tout droit, seul moment où j’ai dépassé les 30km/h, j’ai vraiment désespéré. 1h49mn sur un parcours qui ne présentait en soi aucune difficulté, jamais fait pire encore. Arrivée dans le parc, j’ai posé mon vélo et pensé « Rentre à Paris, laisse tomber la course. »

L #4

Cherboug… et ses parapluies. Je suis inscrite sur mon deuxième triathlon distance olympique et les prévisions météorologiques pour dimanche sont pluvieuses, mais qu’à cela ne tienne ! Pour peu que le vent s’en mêle aussi, je ferai l’expérience du parcours vélo le plus redoutable avant de finir essorée sur la course à pied en front de mer, les paysages normands se méritent. En attendant, je profite d’un regain de chaleur en région parisienne pour une dernière baignade en eau libre sur la base de loisirs de Torcy, je n’avais pas sorti ma combinaison depuis le triathlon de Chantilly, n’espérant même plus passer le cap de la liste d’attente à une semaine.

Le train qui part de la gare de l’Est mardi soir à 18h46 en direction de Vaires est bondé, difficile d’y placer mon vélo dans le compartiment pourtant adapté sans risquer certaines réactions hostiles de passagers, je regrette la trêve aoûtienne où les trains nous étaient réservés… Sur place, très peu de nageurs se sont mis à l’eau, je ne reconnais parmi les affaires posées dans l’herbes celles de mes acolytes venues répéter une dernière fois leur swim-run prévu sur l’île de Ré ce même dimanche où j’affronterai vents forts, grosse tempête et marées. Elles doivent déjà être dans l’eau depuis une demi-heure, j’enfile la combinaison et me jette à leur poursuite, l’eau s’est bien rafraîchie par rapport aux baignades de cet été – nageons. J’avance en crawl et je m’impose un mouvement de tête pour voir devant moi toutes les deux respirations, je respire sur trois mouvements de crawl, ça tire un peu sur les cervicales au début, mais je trouve le bon rythme pour visualiser à peu près mon parcours sans dévier ou être obligée de me repositionner à la brasse. Merci à Lucy Charles pour sa technique au top. Je suis tellement concentrée sur ce nouvel apprentissage que je ne vois pas passer les deux premières îles, je décide de tourner après la deuxième pour éviter l’algue qui prolifère derrière la troisième île et ralentirait ma nage, d’autant que le soleil est en train de se coucher, déjà.

Lorsque je sors de l’eau, les autres nageurs sont déjà rhabillés. Toujours pas de nouvelle de mes acolytes du swim-run. Les lueurs surréalistes du coucher de soleil me captivent. Il ne reste plus que les moustiques et moi-même lorsque trois têtes hilares sortent de l’eau et me saluent, étonnées de me voir immobilisée devant le spectacle du crépuscule dont la clarté permet de distinguer encore quelques canards et les mouvements discrets à la surface du lac. Ce n’est plus un temps pour aller nager en eau libre, la saison du triathlon tire à sa fin en ce début d’automne, pourquoi donc avoir repris un dossard pour Cherbourg, six heures de trajet dans une même journée pour affronter la pluie. Oui mais l’émotion, oui mais la satisfaction et le réconfort après l’effort, et l’illusion d’avoir grandi encore un peu tout en rajeunissant aussi. Peut-être l’impression, l’espace d’un simple chrono, de maîtriser le temps qui passe trop vite.

L #3

Liste d’attente, je suis sur liste d’attente alors que la rentrée bat son plein, donc j’attends. Rentrée au club avec la préparation au marathon de Palerme, je reprends le fractionné et ça pique, je me rends compte que le fractionné sur un kilomètre commence à vraiment me plaire. Je me contentais encore l’année dernière de faire un footing sans changer d’allure sur 6 x 1km, à présent je travaille mon allure et ma reprise à chaque nouveau bloc, fini la zone de confort. Rentrée au club de triathlon où la séance de fractionné court avec un échauffement sérieux et progressif me permet de m’éclater dans les accélérations, aller au bout de la foulée. Je trouve d’autres coureuses à mon allure qui m’aident à éprouver mes propres limites et ça fait du bien. Enfin, rentrée au club de natation, j’ai tardé à reprendre l’entraînement parce que j’avais fini par me caler sur ma natation d’un kilomètre pile le midi, là où personne ne me regardait nager. Et ça ne loupe pas, dès les premières lignes, le coach me reprend sur l’opposition et le battement de jambes, forcément en nageant seule, je me suis confortée dans les mauvaises habitudes et je n’ai pas fait en sorte de nager mieux, je ne me donne aucun moyen de nager plus vite si je ne tends pas les pointes et si je ne vais pas chercher plus loin avec les bras au moment de respirer.

Je n’avais encore jamais essayé la séance du samedi matin, réservée aux nageurs triathlètes, avec une ligne réservée à l’entraînement d’endurance et une autre à la technique de nage. Pourquoi je pense que cette dernière m’est réservée, je ne pourrais le dire, sinon que je ne me vois pas suivre la cadence de l’autre ligne pendant deux heures entières. Grosse erreur ! Au bout d’une heure de technique sur deux nages seulement, la séance est finie et je n’ai aucun moyen de rejoindre les autres, la logique de l’entraînement ne veut ni intrusion ni interruption. Je m’octroie la première ligne de la piscine et je nage un dernier kilomètre.

Je suis toujours sur liste d’attente, 16e au moment où je me suis inscrite et 2e au bout d’une semaine. Le triathlon du Contentin, à Cherbourg, Normandie. Pour changer des châteaux, un départ dans la rade, un peu comme aux Sables d’Olonne, me dis-je, un deuxième format M. Mais je n’ai fait aucune sortie longue à vélo, je ne suis pas retournée à la base de Torcy depuis plus de deux semaines, comme si la rentrée avait sonné le glas des baignades en eau libre. Pourquoi cette envie d’en découdre à nouveau avec le format olympique juste après Chantilly, sans doute pour corriger les défauts que j’ai identifié le jour de mon premier format M, sauf que le délai ne m’a pas permis de progresser entre-temps, mais je m’inscris quand même. Et ce soir, je reçois la réponse tant attendue, je fais partie de la liste définitive, je vais pouvoir participer au triathlon du Contentin avant de ranger ma combinaison et mon vélo pour l’hiver.

Format M #15

Au moment où je sors pour entamer la course à pied, j’entends l’annonce du départ du semi-marathon, il doit être 11h et je suis partie à 8h30, je n’arrive pas à calculer le temps. Le circuit de 10km du triathlon de Chantilly profite de l’ombrage des arbres du parc, pourtant la chaleur se fait très fortement sentir lorsque nous courons sur la pelouse, mes idées ne sont plus vraiment au clair, je décide de ne rien calculer, je ne décide plus rien. Je fonctionne en restant dans une nappe de brouillard qui anesthésie toute sensation, j’entends parfaitement ma respiration régulière, je constate que je double les premiers coureurs sans faire trop d’effort, mes jambes avancent sans qu’à aucun moment je ne me pose la question de marcher. J’ai trouvé la discipline dans laquelle je ne marche pas. Déjà le premier kilomètre est annoncé à ma montre, je ne sais pas à quel rythme je cours. Etant donné que j’ai paniqué en nageant et déraillé en roulant, j’évite de me démotiver pour de bon en consultant ma vitesse, je continue à fonctionner. Cinq kilomètres déjà.

Jamais aucun de mes précédents 10km de course à pied n’aura ressemblé à celui-ci, forcément mes poumons et mon coeur sont échauffés depuis plusieurs heures, je n’ai pas de souci au démarrage même si les cuisses ont souffert sur la partie vélo, les kilomètres défilent à une vitesse extraordinaire et je ne sens pas venir la tension au 7e kilomètre. Tout au plus, je reconnais le trajet emprunté à vélo le matin pour rejoindre le château de Chantilly depuis la gare, ce qui me permet de visualiser la fin du parcours facilement. Nous allons passer devant l’Auberge du Jeu de Paume, mes collègues courent le 10km. Cette impression de pouvoir encore courir pendant des heures est aussi inquiétante que grisante, j’ai du m’économiser tellement à vélo que mon corps en redemande, et en même temps à maintenant trois kilomètres de l’arrivée, je savoure déjà ma victoire. J’ai été doublée par tous les nageurs, par de nombreux cyclistes des vagues suivantes, aucun coureur ne m’a doublé et j’ai pu accélérer à quelques endroits pour me détacher d’un concurrent trop proche et dont la respiration haletante me perturbait depuis ma bulle.

Nous arrivons en bas du parc, au niveau des bassins d’eau, je vois la ligne d’arrivée à cent mètres seulement, il suffit de remonter par les gravillons vers le château et la foule. Un pisteur me dirige sur la droite parce que j’étais en train de repartir pour une seconde boucle, je ne suis plus qu’à demi lucide et cela doit se voir, je franchis la ligne d’arrivée. 47’59 »

3h26mn49s

Si j’apprends à rouler à peu près comme j’ai couru aujourd’hui, j’ai des chances de finir le format L sur lequel je me suis inscrite pour l’année prochaine. Je dois rouler et rouler. Acquérir des automatismes. Continuer à nager, nager encore, et travailler la respiration.

Je suis une triathlète, heureuse de le devenir chaque jour un peu plus.

Format M #14

Naïvement, je me dis en sortant des douves du château de Chantilly et de la partie natation du triathlon que le plus dur est fait, maintenant que j’ai retrouvé terre ferme. C’était sans compter le scratch de ma combinaison qui a décidé de ne pas s’ouvrir, j’avais envisagé toutes les options pour me débarrasser au plus vite du néoprène, tout dérouler juqu’en bas, quitte à m’asseoir, et puis j’avais trouvé la bonne technique, mais jamais encore ce premier scratch en haut de la fermeture éclair ne m’avait résisté. Désespoir… Je remonte depuis le bassin vers le parc à vélo par les marches et je crie, le scratch reste fermé, quel que soit le bout par lequel je tente de l’arracher. Un dernier effort et il cède. Face à mon vélo, j’arrache le reste du machin en hurlant de colère, je jette le tout à terre. Aucun arbitre ne vient me pénaliser. Je souffle un bon coup et je récupère mon vélo pour partir en courant, plus légère et encore trempée de la baignade, il va faire très chaud.

Enfin seule. Et pour plus d’une heure. Le drafting est interdit mais je le verrai maintes fois pratiqué par des triathlètes d’un même club tout au long du magnifique parcours. Nous profitons de la fraîcheur de la forêt d’Ermenonville et du cadre pittoresque de villages très calmes, la circulation est quasi inexistante et les routes plutôt en parfait état. Sauf à détour d’un vilain virage où les pavés ma agencés ont déjà fait une victime, le samu est en train d’évacuer un blessé, je passe à mon tour de manière très chaotique et en retenant mon souffle. Je crois en avoir fini avec les pavés lorsqu’un nouveau panneau m’incite à ralentir alors que j’ai accéléré à nouveau, je suis secouée et mon vélo déraille. Tout se passait tellement bien jusqu’ici, c’est pas comme si j’avais paniqué en nageant. Forcée de mettre pied à terre, j’entends les autres cyclistes s’en prendre violemment aux pavés, j’ai de la chance de n’être pas tombée, je remets la chaîne et je repars vite à vélo.

Des bolides incroyables me dépassent à vive allure, des vélos complètement fous furieux, qui font un bruit pour moi inouï, l’air siffle à travers comme s’il produisait de l’énergie. Quelques cyclistes m’encouragent en me doublant, à côté d’eux je me fais l’effet d’une néophyte perdue sur un circuit de professionnels, et de fait je suis débutante puisque je n’ai pas encore une sortie de 100km à mon actif, je réalise mon manque d’expérience. Mais par-dessus tout, je ne bois pas une goutte d’eau sur les 45km que compte le tracé. Une erreur que même le débutant ne commet pas. J’accuse le coup, je suis déshydratée. En même temps, loin d’avoir atteint les 30km/h, je me dis qu’il me reste encore de l’énergie pour courir. Je vide le gobelet qu’on me tend, ma vue se trouble, mais je cours. Encore 10km et je serai triathlète, je suis une coureuse, je n’ai pas le droit de flancher.

Format M #13

Réveil à 3h30. Ce n’est pas vraiment le genre de réveil que je me souhaite le dimanche, au pire 8h si une sortie longue est prévue, ou encore dans le cas de figure où j’accompagne quelqu’un à l’aéroport pour mieux me recoucher une fois rentrée chez moi. Non, 3h30. Douche, petit-déjeuner, sortir le vélo de la cave pour rejoindre la gare du Nord, 5h23. Forcément, je ne suis pas la seule triathlète dans le train, mais l’heure matinale n’est pas propice aux échanges et je finis par trouver une place assise où me laisser bercer un peu. Quelqu’un demande à la gare de Chantilly commence se rendre au château, moi je sais. Pour y être venue la veille récupérer mon dossard, je connais le chemin et je me propose de guide les autres, j’entraîne ainsi dans mon sillage des champions, Ironmen, je pédale.

Nous arrivons les premiers, le soleil se lève tout juste sur le château de Chantilly, le spectacle est tout simplement saisissant, je prends une photo et m’éloigne du groupe. C’est la première fois que je viens seule sur un triathlon, il faut que je prenne mes repères, de nombreux clubs sont présents qui fonctionnent collectivement, je m’organise. L’ouverture du parc à vélo dépend de l’arrivée des arbitres, il est 6h15 et il fait très froid. Une fois passé le contrôle, j’installe mon vélo et mes affaires, je suis la première arrivée de ma vague, qui partira une demi-heure après le départ du format L, le half Ironman. J’admire les vélos autant que les petites habitudes des triathlètes autour de moi, c’est mon premier M après seulement deux S et trois XS dans la même saison, je suis novice.

Le jour s’est levé et les vélos arrivent en nombre dans le parc, le premier brief est donné à 7h45, les parcours sont présentés et les règles de sécurité énoncées dans la bonne humeur, puis la première vague se met à l’eau doucement, pour le départ du format L. Tout s’accélère au départ, lorsque les triathlètes se mettent à nager, les premiers encouragements se font entendre avec la musique, il faut que je sorte vite de ma brume. Nous ne sommes pas nombreux à partir dans la première vague du M, ce n’est pas la bousculade au départ de la nage comme au triathlon de Paris où j’avais gardé mon calme. Certes, les algues sont partout et remontent sur le visage, la vase n’incite pas non plus à y poser les pieds, mais rien ne justifie en soi la panique qui me prend au départ. Je suis incapable de nager, j’ai le souffle court, les membres engourdis, le soleil pile en face. Alors j’avance en brasse en me disant que je me mettrai au crawl plus tard, je me calme.

La première bouée arrive droit devant, je suis toujours à la brasse coulée mais j’ai trouvé mon rythme, je fais quelques mouvements de crawl qui ne font que me dévier, je brasse. Bien sûr, les lunettes ont décidé de se remplir d’eau ce jour-là, je ne perds pas mon temps, je prends à nouveau le virage à la prochaine bouée pour accélérer en crawl sur la dernière ligne droite. Et le pire, c’est que je suis tellement plus à l’aise en crawl pour avancer. Il va décidément falloir que je me mette au yoga pour apprendre à respirer quand l’air vient à me manquer. Je m’en sors quand même de mes 1500m en 35mn.

Format M #8

J’ai l’impression de partir en vacances dès que je me prépare à aller nager sur la base de loisir de Torcy, je n’y trouve ni les fonds marins des eaux grecques ni le soleil enveloppant, et pourtant le trajet autant que le parcours des trois îles, tout me dépayse. Voilà, il m’a suffit de l’écrire pour avoir l’explication, il est question d’îles ici encore… Après la baignade avec Tim le samedi matin, c’est Jean-Paul que je retrouve gare de l’Est pour viser le train de 18h15, il fait 29 degrés et la gare grouille de monde comme pour un départ en vacances, je n’ai jamais connu cela sur un simple départ de train de banlieue. Nous arrivons sur place, Edwige et Estelle nous ont rejoints, de nombreux triathlètes sont déjà en train de se mettre à l’eau en discutant de leurs prochaines courses, j’entends parler d’Ironman, je regarde les profils sculptés, je me dis que j’ai du chemin à faire. Pour l’instant, j’ai trois îles à contourner pour nager l’équivalent de 1500m en prenant le plus au large possible, ce qui m’évitera de nager sur place comme samedi dernier afin d’atteindre la distance que je m’étais fixée. Je vais chercher la bouée la plus éloignée, au moment de la contourner je ne vois plus personne, ce qui en soit n’a rien d’inquiétant, mais je me dis que tout le monde est déjà loin devant en train de longer la dernière île. Je fonce alors directement sur la première île pour rattraper le retard que je viens de m’inventer et les autres qui sont en réalité partis plus au large encore que moi. Résultat, j’arrive à boucler le parcours certes sans embûche mais sur une distance de 1275m seulement.

Le samedi suivant, le vent s’est levé dans la nuit, il souffle encore violemment lorsque je me réveille à 7h. Je l’entends me siffler à l’oreille qu’il n’est peut-être pas prudent de se mettre à l’eau par ce temps tempétueux. Pour autant, je sais que je regretterai la seule occasion de nager avant la semaine prochaine si je ne la saisis pas. Le compromis est vite trouvé, j’irai en train comme jeudi, quitte a faire le trajet retour à vélo pour travailler la transition. Et qui sait si les ailes ne me pousseront pas pour finir par un léger footing dans le quartier une fois rentrée, avant de me poser avec satisfaction.

Il suffit parfois de penser à la satisfaction finale pour s’élancer, de même que se projeter sur la ligne d’arriver permet de garder le cap d’une course au moment où le moral flanche. La base de loisir est quasi déserte, très peu de triathlètes sont venus nager dans l’eau agitée, on se croirait presque dans une eau vive, sinon que l’on n’y voit toujours pas à un mètre devant soi. Je retrouve les sensations de la mer en me laissant ballotter par les vagues, rien ne sert de lutter, j’essaie de synchroniser ma nage sur leur rythme et j’avance. Encore une fois, je cherche à m’éloigner le plus possible des îles pour les contourner au large et augmenter la distance parcourue. J’arrive à 1406m, décidément. De dépit, parce que j’aurais voulu nager plus mais que les conditions ne sont pas non plus particulièrement favorables à l’entraînement ce matin, je décide de rentrer sur Paris à vélo. J’aurai mes 40km de sortie et l’occasion ici aussi de me mesurer au vent. Ce dernier me bouscule et chahute beaucoup tout au long des quais de la Marne, j’en ai plein les oreilles, je m’accroche au guidon pour ne pas être déportée par la bourrasque.

Bry-sur-Marne, le port de Nogent, Joinville, le pont de Charenton, Vincennes, enfin Paris. La fin du trajet me paraît interminable. Je suis tellement heureuse d’arriver à bon port que je décide effectivement de ne pas en rester là et je pars pour un très court parcours de course à pied, 5km pour finir en beauté. J’ai bravé par vents mais sans marées une distance à laquelle il manquait 100m de natation et 5km de course à pieds pour qu’elle soit olympique. Et la vitesse à vélo pour que je commence à me sentir vraiment à l’aise. Mais la satisfaction ce samedi à midi est là, bien là.

Format M #4

Autant je luttais contre les vagues pour nager en mer Méditerranée et je me battais contre la puissance du vent pour courir sur l’île, autant le retour à la piste m’attriste. Je manque de résistance, je sens l’air me salir au bord du périphérique, à aucun moment je ne vois l’horizon s’élargir, il n’y a surtout aucun figuier pour assurer les ravitaillements. J’accélère une fois arrivée dans le stade, au bout d’un kilomètre et sur la même distance, histoire d’en finir au plus vite, puis je reprends mon souffle en trottinant, je réalise que je viens d’inventé le fractionné à ma sauce, alors je reprends l’exercice plusieurs fois. Bien sûr l’effort n’est pas aussi intense que lorsque je suis en entraînement avec d’autres, mais l’idée y est et je finis ma sortie en étant plutôt satisfaite de ma soudaine inspiration.

Je lui donne rendez-vous non pas au bar de La Plage, puisqu’elle m’indique que celui-ci n’ouvre pas avant 18h, mais au café des Canailles pour profiter d’un peu de fraîcheur à l’extérieur en ce samedi après-midi. La marathonienne m’interpelle alors qu’elle est en train d’attacher son vélo et que je range mes écouteurs à l’approche de la terrasse convoitée, en pleine zone de transition pour ainsi dire. Je ne l’ai pas revue depuis des mois, une saison entière même, depuis la course de la Saint Valentin plus précisément. D’emblée elle me parle du marathon de Palerme qu’elle envisage de courir, avec l’appréhension de reprendre un dossard certes, la demoiselle court le marathon en moins de trois heures quitte à se blesser et ne plus écouter son corps malmené, mais avec le bonheur de renouer avec l’entraînement au club, la prépa marathon et les sorties longues. Je suis inscrite au marathon de Palerme, il aura lieu en novembre et je me réjouis déjà de profiter d’un parcours exceptionnel en Sicile dans un climat sans pareil à la même période en Europe. La préparation commence le 27 août, ce qui tombe plutôt très bien, à deux jours du triathlon format M.

Et comme une inscription en entraîne souvent une autre, je décide de m’aligner sur mon premier Ironman 70.3 aux Sables d’Olonne le 5 juillet 2020. J’avais d’abord envisagé celui de Cascais pour la destination, c’était au moment où j’imaginais pas encore tout le travail à fournir pour progresser en crawl et en moulinage, l’Ironman du Portugal était prévu le 29 septembre. J’ai fini par renoncer pour m’inscrire à la course Paris-Versailles à laquelle je n’ai encore jamais participé. L’Ironman 70.3 est un triathlon format L comprenant 1,9km de nage, 90km de vélo et un semi-marathon (21,097km), le label est américain avec toute la machinerie marketing que cela inclut, l’ambiance semble être inoubliable. J’ai toute une année pour préparer cette épreuve. Mais cela est une autre histoire.