Format M #15

Au moment où je sors pour entamer la course à pied, j’entends l’annonce du départ du semi-marathon, il doit être 11h et je suis partie à 8h30, je n’arrive pas à calculer le temps. Le circuit de 10km du triathlon de Chantilly profite de l’ombrage des arbres du parc, pourtant la chaleur se fait très fortement sentir lorsque nous courons sur la pelouse, mes idées ne sont plus vraiment au clair, je décide de ne rien calculer, je ne décide plus rien. Je fonctionne en restant dans une nappe de brouillard qui anesthésie toute sensation, j’entends parfaitement ma respiration régulière, je constate que je double les premiers coureurs sans faire trop d’effort, mes jambes avancent sans qu’à aucun moment je ne me pose la question de marcher. J’ai trouvé la discipline dans laquelle je ne marche pas. Déjà le premier kilomètre est annoncé à ma montre, je ne sais pas à quel rythme je cours. Etant donné que j’ai paniqué en nageant et déraillé en roulant, j’évite de me démotiver pour de bon en consultant ma vitesse, je continue à fonctionner. Cinq kilomètres déjà.

Jamais aucun de mes précédents 10km de course à pied n’aura ressemblé à celui-ci, forcément mes poumons et mon coeur sont échauffés depuis plusieurs heures, je n’ai pas de souci au démarrage même si les cuisses ont souffert sur la partie vélo, les kilomètres défilent à une vitesse extraordinaire et je ne sens pas venir la tension au 7e kilomètre. Tout au plus, je reconnais le trajet emprunté à vélo le matin pour rejoindre le château de Chantilly depuis la gare, ce qui me permet de visualiser la fin du parcours facilement. Nous allons passer devant l’Auberge du Jeu de Paume, mes collègues courent le 10km. Cette impression de pouvoir encore courir pendant des heures est aussi inquiétante que grisante, j’ai du m’économiser tellement à vélo que mon corps en redemande, et en même temps à maintenant trois kilomètres de l’arrivée, je savoure déjà ma victoire. J’ai été doublée par tous les nageurs, par de nombreux cyclistes des vagues suivantes, aucun coureur ne m’a doublé et j’ai pu accélérer à quelques endroits pour me détacher d’un concurrent trop proche et dont la respiration haletante me perturbait depuis ma bulle.

Nous arrivons en bas du parc, au niveau des bassins d’eau, je vois la ligne d’arrivée à cent mètres seulement, il suffit de remonter par les gravillons vers le château et la foule. Un pisteur me dirige sur la droite parce que j’étais en train de repartir pour une seconde boucle, je ne suis plus qu’à demi lucide et cela doit se voir, je franchis la ligne d’arrivée. 47’59 »

3h26mn49s

Si j’apprends à rouler à peu près comme j’ai couru aujourd’hui, j’ai des chances de finir le format L sur lequel je me suis inscrite pour l’année prochaine. Je dois rouler et rouler. Acquérir des automatismes. Continuer à nager, nager encore, et travailler la respiration.

Je suis une triathlète, heureuse de le devenir chaque jour un peu plus.

Format M #14

Naïvement, je me dis en sortant des douves du château de Chantilly et de la partie natation du triathlon que le plus dur est fait, maintenant que j’ai retrouvé terre ferme. C’était sans compter le scratch de ma combinaison qui a décidé de ne pas s’ouvrir, j’avais envisagé toutes les options pour me débarrasser au plus vite du néoprène, tout dérouler juqu’en bas, quitte à m’asseoir, et puis j’avais trouvé la bonne technique, mais jamais encore ce premier scratch en haut de la fermeture éclair ne m’avait résisté. Désespoir… Je remonte depuis le bassin vers le parc à vélo par les marches et je crie, le scratch reste fermé, quel que soit le bout par lequel je tente de l’arracher. Un dernier effort et il cède. Face à mon vélo, j’arrache le reste du machin en hurlant de colère, je jette le tout à terre. Aucun arbitre ne vient me pénaliser. Je souffle un bon coup et je récupère mon vélo pour partir en courant, plus légère et encore trempée de la baignade, il va faire très chaud.

Enfin seule. Et pour plus d’une heure. Le drafting est interdit mais je le verrai maintes fois pratiqué par des triathlètes d’un même club tout au long du magnifique parcours. Nous profitons de la fraîcheur de la forêt d’Ermenonville et du cadre pittoresque de villages très calmes, la circulation est quasi inexistante et les routes plutôt en parfait état. Sauf à détour d’un vilain virage où les pavés ma agencés ont déjà fait une victime, le samu est en train d’évacuer un blessé, je passe à mon tour de manière très chaotique et en retenant mon souffle. Je crois en avoir fini avec les pavés lorsqu’un nouveau panneau m’incite à ralentir alors que j’ai accéléré à nouveau, je suis secouée et mon vélo déraille. Tout se passait tellement bien jusqu’ici, c’est pas comme si j’avais paniqué en nageant. Forcée de mettre pied à terre, j’entends les autres cyclistes s’en prendre violemment aux pavés, j’ai de la chance de n’être pas tombée, je remets la chaîne et je repars vite à vélo.

Des bolides incroyables me dépassent à vive allure, des vélos complètement fous furieux, qui font un bruit pour moi inouï, l’air siffle à travers comme s’il produisait de l’énergie. Quelques cyclistes m’encouragent en me doublant, à côté d’eux je me fais l’effet d’une néophyte perdue sur un circuit de professionnels, et de fait je suis débutante puisque je n’ai pas encore une sortie de 100km à mon actif, je réalise mon manque d’expérience. Mais par-dessus tout, je ne bois pas une goutte d’eau sur les 45km que compte le tracé. Une erreur que même le débutant ne commet pas. J’accuse le coup, je suis déshydratée. En même temps, loin d’avoir atteint les 30km/h, je me dis qu’il me reste encore de l’énergie pour courir. Je vide le gobelet qu’on me tend, ma vue se trouble, mais je cours. Encore 10km et je serai triathlète, je suis une coureuse, je n’ai pas le droit de flancher.

Format M #13

Réveil à 3h30. Ce n’est pas vraiment le genre de réveil que je me souhaite le dimanche, au pire 8h si une sortie longue est prévue, ou encore dans le cas de figure où j’accompagne quelqu’un à l’aéroport pour mieux me recoucher une fois rentrée chez moi. Non, 3h30. Douche, petit-déjeuner, sortir le vélo de la cave pour rejoindre la gare du Nord, 5h23. Forcément, je ne suis pas la seule triathlète dans le train, mais l’heure matinale n’est pas propice aux échanges et je finis par trouver une place assise où me laisser bercer un peu. Quelqu’un demande à la gare de Chantilly commence se rendre au château, moi je sais. Pour y être venue la veille récupérer mon dossard, je connais le chemin et je me propose de guide les autres, j’entraîne ainsi dans mon sillage des champions, Ironmen, je pédale.

Nous arrivons les premiers, le soleil se lève tout juste sur le château de Chantilly, le spectacle est tout simplement saisissant, je prends une photo et m’éloigne du groupe. C’est la première fois que je viens seule sur un triathlon, il faut que je prenne mes repères, de nombreux clubs sont présents qui fonctionnent collectivement, je m’organise. L’ouverture du parc à vélo dépend de l’arrivée des arbitres, il est 6h15 et il fait très froid. Une fois passé le contrôle, j’installe mon vélo et mes affaires, je suis la première arrivée de ma vague, qui partira une demi-heure après le départ du format L, le half Ironman. J’admire les vélos autant que les petites habitudes des triathlètes autour de moi, c’est mon premier M après seulement deux S et trois XS dans la même saison, je suis novice.

Le jour s’est levé et les vélos arrivent en nombre dans le parc, le premier brief est donné à 7h45, les parcours sont présentés et les règles de sécurité énoncées dans la bonne humeur, puis la première vague se met à l’eau doucement, pour le départ du format L. Tout s’accélère au départ, lorsque les triathlètes se mettent à nager, les premiers encouragements se font entendre avec la musique, il faut que je sorte vite de ma brume. Nous ne sommes pas nombreux à partir dans la première vague du M, ce n’est pas la bousculade au départ de la nage comme au triathlon de Paris où j’avais gardé mon calme. Certes, les algues sont partout et remontent sur le visage, la vase n’incite pas non plus à y poser les pieds, mais rien ne justifie en soi la panique qui me prend au départ. Je suis incapable de nager, j’ai le souffle court, les membres engourdis, le soleil pile en face. Alors j’avance en brasse en me disant que je me mettrai au crawl plus tard, je me calme.

La première bouée arrive droit devant, je suis toujours à la brasse coulée mais j’ai trouvé mon rythme, je fais quelques mouvements de crawl qui ne font que me dévier, je brasse. Bien sûr, les lunettes ont décidé de se remplir d’eau ce jour-là, je ne perds pas mon temps, je prends à nouveau le virage à la prochaine bouée pour accélérer en crawl sur la dernière ligne droite. Et le pire, c’est que je suis tellement plus à l’aise en crawl pour avancer. Il va décidément falloir que je me mette au yoga pour apprendre à respirer quand l’air vient à me manquer. Je m’en sors quand même de mes 1500m en 35mn.

Format M #12

Dernière sortie en eau libre et en combinaison le jeudi, je nage 1300m en 31mn, joli chiasme me dis-je, ab-ba. Je ne songe à rien d’autre, je ne calcule plus, pourvu que le jour J arrive et advienne que pourra, il faut que je commence à penser à autre chose, enfin. Dernier verre sur une péniche, à côté d’une cabane qui propose des galettes bretonnes, on se croirait presque là-bas, sauf qu’il manque les mouettes et le ressac, la brise aussi. Mais la péniche tangue et je regarde passer les autres embarcations en cherchant celle qui pourrait m’emporter ailleurs, mais entre un bateau mouche et le suivant, la diversité manque cruellement. J’en viens à envier le bateau des pompiers et la limousine laquée. Dernière sortie au stade, contrairement au week-end précédent le temps est estival et il devrait faire chaud demain à Chantilly, la température de l’eau ne sera que de 18 degrés.

Je vais récupérer mon dossard à Chantilly la veille entre 17h et 18h, il n’y a pas moyen de laisser son vélo comme au triathlon de Paris, mais le fait de repérer le parcours depuis la gare me rassure, de toute façon je n’avais rien prévu sinon ma dernière sortie au stade. Quelques tours seulement et je rentre m’alimenter, m’hydrater et me poser, me reposer. Pour autant, je ne m’endors pas, l’excitation est là et je suis curieuse de visiter les lieux. Une fois sur place, certaines épreuves sont déjà en cours la veille du triathlon, je ne suis pas déçue, l’arrivée depuis la gare vers le château agréable et fait son petit effet, l’organisation est anglaise, l’accueil sympathique. Même les carpes dans les douves m’amusent, je me demande ce qu’elles pensent des nageurs qui squattent leurs algues. Mon dossard et mon bonnet me sont remis, mon numéro est marqué sur mon bras et sur ma cheville. Je n’ai plus qu’à me jeter à l’eau demain matin. Pourvu que le reste suive…

Format M #11

A sept jours du triathlon, la pluie a décidé que la période d’entraînement devait cesser de suite, pas seulement à la fin de la journée ni même à l’issue de ma sortie matinale dans le seul stade ouvert dans le quartier, non il fallait que cela tombe au moment où je venais de finir de m’échauffer, au bout de quatre kilomètres ; et tant qu’à faire, le ciel n’a pas envoyé d’alerte, à la limite un crachin préliminaire histoire de mettre tout le monde aux abris avant l’averse, non là aussi il a fallu que des trombes d’eaux diluviennes sorties d’on ne sait quel nuage sacrément enragé s’abattent instantanément, à la manière d’un avion bombardier d’eau qui m’aurait pris en chasse, comment dire. L’effet fut imparable.

La flaque que je suis devenue en une seconde est rentrée illico en tachant d’y voir à un mètre entre les gouttes pour ne pas prendre non plus un fâcheux poteau sur le chemin. En même temps, ne dit-on pas que la dernière semaine avant une course doit servir à faire du jus, laisser le corps récupérer, s’hydrater et faire le plein de glucides au repos ? La pluie est de bon conseil, certes ses méthodes pour se faire entendre sont parfois un peu radicales, mais tête brûlée que je suis je n’aurais pas prêté attention à sa sagesse sans cet épisode malheureux de douche froide désagréable en plein footing dominical. J’ai su l’écouter puisque sitôt le soleil réapparu, je ne suis même pas sortie courir à nouveau.

J’ai attendu le lendemain soir pour une dernière sortie de 45mn, pour ne pas rester non plus sur une interruption trop brusque de mes habitudes. Et pour bien faire les choses, parce qu’en effet un peu de détente physique ne serait pas du luxe contre la pression et pour éviter une blessure de dernière minute, je suis retournée nager une dernière fois. Par un miracle encore lié aux humeurs célestes, j’ai réussi à attraper le train de 18h46 en étant sortie à 18h avant de repasser chez moi me changer et repartir à vélo. Un miracle. Sans doute, me suis-je dit, cette dernière baignade était-elle légitime et bienvenue après un après-midi entier à plancher sur le tracé des parcours à Chantilly, course vélo et nage.

Je ne suis pas prête et je ne le serai pas, mais j’arriverai sur la ligne de départ avec envie.

 

Format M #10

Le triathlon de Chantilly est dans dix jours et je n’ai pas testé la combinaison depuis le mois de mai, contrairement aux triathlons précédents il a été recommandé de la porter. Je ne me sens pas prête non plus à tracer sur 45km avec une vitesse soutenue, et pour finir je me demande où j’irai puiser la force pour aller courir un 10km pour m’achever. Pourtant, la préparation tire à sa fin, si tant est que préparation il y a eu véritablement. J’ai réussi à honorer trois séances de course à pied, deux séances minimum de natation, notamment en eau libre pendant les mois de juillet et août, enfin une sortie vélo par semaine, mais là le volume kilométrique et l’expérience me manquent cruellement. Espérons que je parvienne à éviter la catastrophe.

Le 15 août fait partie de mes jours fériés préférés, parce que Paris est généralement vidé de ses habitants, je profite d’une ambiance singulière dans la capitale où j’ère seule. Cette fois-ci, le rendez-vous est donné à 10h au Pont Neuf pour une séance de préparation physique générale, après une petite trotte jusqu’au Jardin des Plantes et la traditionnelle photo de groupe du club un jour férié. Pas moins de vingt coureurs ont honorés la séance, parmi lesquels trois filles. La séance est costaud, je sens les muscles se contracter progressivement, le trajet du retour est déjà moins fluide, et ce n’est encore rien. J’ai le temps de récupérer l’après-midi, je m’endors même en plein rayon de soleil sur mon lit, avant le rendez-vous du soir, fixé à 17h31 par Edwige pour nager en eau libre à Torcy.  Paris au mois d’août devient notre sujet de discussion, cela ne vaut plus le coup de rester pense Edwige, surtout lorsque le temps est instable comme cette semaine, il y a tellement mieux à aller trouver ailleurs pour nager au soleil et dans les vagues, aller chercher du dénivelé et des paysages à quelques heures en train, plutôt que refaire le même trajet ici. Moi je suis contente d’être restée sur Paris ce 15 août, ne serait-ce que pour avoir cette discussion sur Paris un 15 août avec Edwige. Je parviens même à boucler 1575m autour des trois îles en la suivant dans un premier temps s’éloigner au large depuis la berge.

Le temps se gâte dès le surlendemain, samedi matin, le ciel est couvert et la pluie menace à chaque instant, le vent s’est levé. C’est un temps à passer la journée entière au cinéma. J’ai quasiment abandonné l’idée d’aller nager dans ces conditions lorsque Edwige me relance la veille, je ne peux refuser sa proposition, pire je me réjouis d’être relancée ainsi. Il se passe des choses à Paris au mois d’août, c’est ce que j’ai l’habitude de dire. Voilà une occasion en or pour tester à nouveau la combinaison. Je l’enfile pas trop mal, je boucle mon parcours en moins de temps que l’avant-veille, même distance de 1575m, vient le moment de retirer cette seconde peau en néoprène dans les conditions d’une transition et là c’est plutôt la catastrophe totale, la combinaison ne veut plus me quitter. Je suis à deux doigts de l’arracher, ce qui serait dommage à dix jours de la compétition, heureusement qu’Edwige est là, je reste calme et perds une éternité à me défaire du machin. La prochaine fois sera parfaite, je suis sereine.

Il se met à pleuvoir pour de bon lorsque je suis rentrée.

Format M #9

En découvrant le bassin de la piscine Georges Hermant à ciel ouvert, un doux frisson de plaisir m’a parcouru, surtout que les lignes de nage n’étaient pas divisées au milieu comme je l’avais constaté un soir de grande affluence, on pouvait nager sur 50m. Dix jours que je n’avais pas nagé en bassin, depuis ce dernier vendredi midi où la caissière m’a fait entrer gratuitement parce qu’elle était à cours de monnaie et de très bonne humeur, à quelques heures de ses congés. Comme d’habitude, je me suis mise à l’eau dans la ligne réservée aux nageurs confirmés et comme d’habitude, j’ai mis en route le chrono en commençant à nager. Je n’avais pas atteint les 50m de ma première ligne que je me suis fait doubler par un nageur, ce qui ne m’arrivait évidemment pas pour la première fois depuis que je me suis mise à nager le crawl il y a quatre mois. Un deuxième nageur m’a doublée sur les cent mètres suivant, puis un troisième a fait sa culbute avant que je ne reparte dans la ligne. Sur le coup, j’ai eu un gros moment de doute, j’ai changé de ligne d’eau pour ne pas gêner les nageurs plus rapides.

Est-ce qu’à force de nager seule depuis la fin de la saison d’entraînement en natation, j’aurais pris de mauvaises habitudes qui entravent ma progression voire me font régresser ? Autre doute, la température de l’eau à Chantilly sera de 20 degrés et je pars par la vague de 8h30, la combinaison est plus que recommandée dans ce cas de figure. Or j’ai nagé une seule fois en testant ma nouvelle combinaison, étant donné les récentes chaleurs, je m’étais accommodée avec l’idée de nager en trifonction, comme pour le triathlon de Paris. Jusqu’ici j’avais donc évité de m’encombrer avec la gestion des transitions. Ce n’était que partie remise, il me reste trois séances en eau libre devant moi pour tester l’enfilage et le retrait de la combinaison pour ne pas me laisser surprendre le jour J.

Dernière inconnue. N’ayant pas réservé d’hôtel la veille de l’épreuve, je prévois de me rendre sur place le dimanche aux aurores, avec un premier trajet à effectuer d’une dizaine de kilomètres jusqu’au château pour arriver une heure et demie avant le départ. Je me demande encore pourquoi je me suis inscrite à cette épreuve pour laquelle arriver à la ligne de départ me paraît déjà relever de la compétition de haut niveau, surtout un dimanche matin.

Format M #4

Autant je luttais contre les vagues pour nager en mer Méditerranée et je me battais contre la puissance du vent pour courir sur l’île, autant le retour à la piste m’attriste. Je manque de résistance, je sens l’air me salir au bord du périphérique, à aucun moment je ne vois l’horizon s’élargir, il n’y a surtout aucun figuier pour assurer les ravitaillements. J’accélère une fois arrivée dans le stade, au bout d’un kilomètre et sur la même distance, histoire d’en finir au plus vite, puis je reprends mon souffle en trottinant, je réalise que je viens d’inventé le fractionné à ma sauce, alors je reprends l’exercice plusieurs fois. Bien sûr l’effort n’est pas aussi intense que lorsque je suis en entraînement avec d’autres, mais l’idée y est et je finis ma sortie en étant plutôt satisfaite de ma soudaine inspiration.

Je lui donne rendez-vous non pas au bar de La Plage, puisqu’elle m’indique que celui-ci n’ouvre pas avant 18h, mais au café des Canailles pour profiter d’un peu de fraîcheur à l’extérieur en ce samedi après-midi. La marathonienne m’interpelle alors qu’elle est en train d’attacher son vélo et que je range mes écouteurs à l’approche de la terrasse convoitée, en pleine zone de transition pour ainsi dire. Je ne l’ai pas revue depuis des mois, une saison entière même, depuis la course de la Saint Valentin plus précisément. D’emblée elle me parle du marathon de Palerme qu’elle envisage de courir, avec l’appréhension de reprendre un dossard certes, la demoiselle court le marathon en moins de trois heures quitte à se blesser et ne plus écouter son corps malmené, mais avec le bonheur de renouer avec l’entraînement au club, la prépa marathon et les sorties longues. Je suis inscrite au marathon de Palerme, il aura lieu en novembre et je me réjouis déjà de profiter d’un parcours exceptionnel en Sicile dans un climat sans pareil à la même période en Europe. La préparation commence le 27 août, ce qui tombe plutôt très bien, à deux jours du triathlon format M.

Et comme une inscription en entraîne souvent une autre, je décide de m’aligner sur mon premier Ironman 70.3 aux Sables d’Olonne le 5 juillet 2020. J’avais d’abord envisagé celui de Cascais pour la destination, c’était au moment où j’imaginais pas encore tout le travail à fournir pour progresser en crawl et en moulinage, l’Ironman du Portugal était prévu le 29 septembre. J’ai fini par renoncer pour m’inscrire à la course Paris-Versailles à laquelle je n’ai encore jamais participé. L’Ironman 70.3 est un triathlon format L comprenant 1,9km de nage, 90km de vélo et un semi-marathon (21,097km), le label est américain avec toute la machinerie marketing que cela inclut, l’ambiance semble être inoubliable. J’ai toute une année pour préparer cette épreuve. Mais cela est une autre histoire.