Direction Etoile #37

3 août 2021 et je m’inscris à nouveau pour l’édition des Sables 2022, ce sera le 3 juillet. Cela fait un mois que j’ai participé à mon premier Half-Ironman et j’ai eu toutes les peines du monde à reprendre l’entraînement, mon corps aspirait à la récupération chaque jour un peu plus et j’ai voulu profiter de quelques semaines de répit avant d’y retourner. Je peine à courir, ma natation est lente et je trouve tous les prétextes pour ne pas sortir mon vélo de course, à la place je me balade et je marche, j’escalade la butte et j’arpente mon quartier délaissé par les parisiens en congés, c’est ma période préférée entre toutes, je devrais saisir cette opportunité pour prendre le temps d’apprendre à prendre le temps. J’ai fait la rencontre aux Sables d’un voisin de quartier qui m’a reconnue là-bas pour m’avoir vue courir ici et s’être demandé ce que je préparais pour courir aussi souvent, je suis à présent ses performances en triathlon et je le vois rouler à Longchamp lui aussi, il y accède par les quais de Seine depuis Clichy, pourquoi n’y avais-je pas encore pensé. Trouver un nouvel itinéraire sur un chemin balisé depuis des lustres est une aventure, j’ai toujours adoré trouver le meilleur trajet possible depuis un point A vers un point B, comme si une vérité devait s’écouler, mieux une phrase s’écrire d’elle-même et me révéler quelque chose de plus essentiel encore que ce nouveau trajet, une révélation. Passer par les quais me permet non seulement d’éviter le catastrophique tronçon en travaux de la porte Champerret mais aussi de gagner du temps et un confort de route. Aucune rencontre n’est hasardeuse, chacune d’elle répond à une question en suspens. Direction 2022.

Direction Etoile #24

Le cap des cent bornes en vélo, dire que je ne l’avais toujours pas franchi à ce stade, c’est pas comme si on avait été confinés à un kilomètre puis dix kilomètres de chez soi, sauf que j’ai utilisé tous ces prétextes pour ne pas rouler, tester l’endurance sur roues. Un mois avant mon premier triathlon longue distance je me décide enfin à accepter la proposition d’une cycliste, un groupe s’est formé de trois filles et trois gars, dont un triathlète inscrit l’année et cette année aux Sables d’Olonne, si ce n’est pas un signe ça. J’ai emmené mon vélo de course pour la première fois rouler sur Longchamp la veille, l’après-midi j’ai roulé avec l’autre vélo dans le bois de Vincennes avec un petit groupe de cyclistes motivées comme moi par le pique-nique prévu ensuite en plus grand comité. Le rendez-vous est donné place de la Nation le dimanche, il n’y a pas un chat et le soleil est déjà haut, je vais encore prendre des couleurs alors qu’on me croit revenue de congé, il faut d’abord sortir de Paris par les quais avant de profiter des premières accélérations. Je me souviens de ma sortie sur 80km qui avait emprunté les mêmes faux dénivelés sur lesquels j’avais pris du retard en vélo de route et laissé s’échapper le groupe devant moi, cette fois-ci je reste dans la roue du cycliste qui me précède, les sensations sont géniales. Le parcours qui nous mène de Paris à La ferté sous Jouarre fait partie des Classics Challenge, la trace est connue et indique quelques côtes, je ne m’en suis pas inquiétée, je n’arrive toujours pas à atteindre ces fichues vitesses tout au bout des prolongateurs. Je passe toutes les côtes en force, je pistonne à fond quitte à me mettre en position de danseuse et je double systématiquement trois cyclistes du groupe, je me sens en forme voire entraînée et surtout très à l’aise sur mon avion de chasse, je décolle et j’adore ça. Bien sûr, je ne me vois pas parcourir une longue distance en passant en force toutes les côtes ni sans boire une seule goutte d’eau, il n’empêche qu’au cinquantième kilomètre, mon excitation est à son comble et j’envoie un premier texto, je suis soutenue, c’est top. J’envoie un deuxième texto au moment de passer le sacro-saint cap des cent bornes, nous traversons Crouy-sur-Ourcq, ce canal que je connais si bien à Paris me semble ici beaucoup plus à sa place, entouré de verdure et d’oiseaux, de jolies berges sauvages. Sur le parcours, trois gares permettaient de s’arrêter à 80km, 110km ou 137km, la première étape n’est choisie par personne, deux personnes prennent le train à la deuxième et nous poursuivons vaillamment à quatre jusqu’à notre terminus à La Ferté. C’est là que les choses se compliquent, avec la chaleur et la fatigue la moindre côte devient un calvaire, je continue à les passer en force et je commence à crisper aussi dans les descentes, celle juste après Meaux nous trouve tous les quatre épuisés nerveusement. La dernière côte est celle de trop mais après six heures de route, l’objectif est atteint.

Direction Etoile #21

La Belgique, le plat pays du vélo avec ses pistes cyclables à l’infini et ses paysages qui racontent l’authentique tranquillité de la campagne, entre un canal qui nous inspire l’envie de ne plus jamais arrêter de pédaler et des clochers quasiment pointés sur nous. Les champs s’étirent sur des vies entières de labeur et la magie d’une lumière sans cesse en mouvement vient déchirer le ciel pour attirer notre regard sur des tableaux impressionnistes vivants dans lesquels nous évoluons, avides de voir la scène suivante. Les bourrasques de vent qui sifflent à nos oreilles et le soleil qui nous retrouve au virage, et puis le front de mer noir de monde, les terrasses sont pleines, et là je décide de chuter. Depuis le temps que je l’attendais cette fameuse chute, coincée sur mon avion de chasse. Il a fallu que je me familiarise tout un hiver en position aérodynamique sur home-trainer, que j’avale des kilomètres de distance virtuelle avant d’avoir l’occasion enfin de rouler, qui plus est vers la mer un jour de temps idéal et sur une piste sublime du début à la fin, pour arriver heureuse et soulagée à l’entrée du café bruyant et bondé et tomber à l’arrêt. J’ai freiné parce que nous étions arrivées et attendues, je voulais débarquer avec énergie et en mettre plein la vue après ces premiers vingt kilomètres d’un tracé plus que parfait, et j’ai freiné si brusquement que j’en ai oublié de déverrouiller mon pied de la pédale. Les secondes avant la chute m’ont paru interminables, à croire que j’avais encore le temps de choisir sur quelle partie de mon corps je pouvais m’affaler sans trop me blesser. J’ai poussé un cri, des fois qu’un ou deux spectateurs dispersés auraient pu me louper, l’instant d’après j’étais par terre et entourée de gens très sympathiques et avenants qu’il m’a fallu rassurer parce que vraiment je ne m’étais pas fait mal, et je me suis mise à rire, mais à rire tellement, un fou-rire nerveux m’a saisie alors que j’osais entrer dans le café. Voilà, non seulement je sais tomber mais surtout je sais que je le sais et plus important, le plaisir a fini par l’emporter sur la peur à l’idée de rouler sur ce vélo léger comme une plume et nerveux à souhait, j’ai l’impression de ressentir l’enthousiasme de mon bolide. Le même enthousiasme que j’ai partagé la veille à sauter à deux dans les vagues de la mer du Nord par 9°, deux folles dévisagées par les badauds, la joie de danser à nouveau, m’assoir à une grande tablée festive et rire à gorge déployée, si légère et très amoureuse. Cet enthousiasme que je retrouve dans la solitude d’un matin à courir sur un sentier découvert en face de la maison et qui s’étire en ligne droite sur des kilomètres entiers sans rencontrer la moindre voiture ni le moindre piéton, juste ma foulée et les clochers dans les villages voisines comme points de repère de ma sortie que j’aimerais éternelle.

Clignancourt #4

Il se trouve que je regardais l’adaptation de l’Amie prodigieuse d’Elena Ferrante, je me souvenais de la scène sur l’île d’Ischia pour l’avoir lue avec plaisir, celle où la narratrice entre dans la mer malgré ses appréhensions et réticences au début du séjour, elle préfère passer ses journées à écrire des lettres à son amie plutôt qu’aller se baigner, parce qu’elle ne se souvient pas d’avoir appris à nager, comme sa mère le lui affirme. Sauf que d’un coup, le corps se rappelle les réflexes acquis et la voilà qui fait ses premiers mouvements de brasse en se délectant de sensations nouvelles de bien-être physique, elle qui était plutôt mal dans son corps. On la voit plus tard nager le crawl. Peut-être que la natation se prête mieux que toute autre activité physique à un exercice matinal parce qu’elle renoue avec notre première sensation physique avant le monde. Nous savons tous nager à la naissance, ou plutôt nous avons tous un réflexe d’apnée. Avant même de savoir marcher courir et tenir en équilibre sur deux roues, nous savons comment agiter les bras et les pieds dans l’eau pour rester à la surface et une fois la tête sous l’eau, nous retenons notre souffle et parfois ouvrons grand les yeux, naturellement. Sans doute le plaisir de me retrouver dans l’eau quelques minutes après 7h du matin, alors que mon esprit non encore caféiné et encore embrumé peine à sortir de la nuit, s’explique par ce retour aux réflexes innés, à peu de chose près je n’ai rien à faire. Pourtant lorsque je me retrouve dans ma ligne cernée par des nageurs en mode papillon, là oui je prends conscience qu’il me faut fournir un effort pour garder un certain rythme. Mon corps endolori se rappelle des efforts de la veille et tracte le poids du sommeil. Mais une fois la séance achevée, je serai alors plus à même d’affronter la course à pied, comme si ce retour aux origines m’avait permis de me ressourcer, me connecter à moi. En cela, ce que j’appelle mon triathlon Maison, comme d’autres font leur pain chez eux, à savoir le triple effort décliné sur une journée entière, non seulement me permet chaque jour et quand bien même j’exploiterais le même tracé, de découvrir une nouvelle facette de mon quartier de Clignancourt aux mille et un charmes, mais j’ai aussi l’impression de renaître tous les matins en me projetant dans un nouvel effort chaque fois, comme une évolution de ma condition humaine depuis le réflexe de flotter jusqu’à l’endurance et la recherche d’une performance liée à la vitesse et à la technique, ma lacune en vélo, en passant par la course à pied et ce réflexe primaire de courir de toutes mes forces, sauf qu’il me faut durer et réguler l’effort pour durer plus longtemps encore, rester en vie. Souvent la dernière étape à vélo me fait défaut parce qu’elle me demande d’acquérir une puissance et la technique que je n’ai pas, cette abominable réticence à l’apprentissage. Mais je garde l’image du triple effort comme ce qui pousse chacun à grimper des cols.

L #34

Faire du jus et apprendre à rouler avec des pédales automatiques, le programme des vacances. Lorsque le vendeur à qui j’ai donné rendez-vous à Franconville ouvre la porte de son garage, mon cœur s’emballe, un mélange d’excitation et d’appréhension, et si le vélo que j’ai choisi sur un site de troc n’était pas le bon,  si je n’avais pas le regard pour ces choses, une arnaque ? Les vitesses se trouvent au bout des prolongateurs et non pas, comme d’ordinaire ou pour le dire autrement comme sur un vélo normal, à côté des freins et les pneus sont en boyaux, enfin et ce dernier point ne m’étonne pas, les pédales sont faites pour être clipsées aux chaussures. J’essaie le vélo en me hissant presque avec peine sur la selle trop haute pour moi, simple réglage, mais déjà autre chose m’apparaît au milieu des bourrasques de vent, son extrême légèreté, je m’envole de la direction choisie en un coup deux mouvements, je ne maîtrise rien. Et pourtant, je le veux, je veux ce vélo, c’est déjà le mien même s’il me domine pour l’instant. Reste à trouver les chaussures et fixer les cales sur les pédales pour profiter du mouvement des jambes dans toute leur amplitude, plus facile à dire qu’à faire, la sensation est nouvelle. D’emblée je me vois chuter, abandonner, mettre fin à mon envie d’en découdre avec le triathlon mais je ne chute pas, c’est pire. Je perds les vis qu’elle a pris soin de ne pas trop serrer parce que je lui ai dit que cela me rassurera de pouvoir retirer plus le pied de la pédale. Résultat, je perds les cales avec les vis et les lamelles qui étaient sensées les tenir, le tout au bout de deux minutes de fausse sortie sur la place de l’église. Je ramasse ce que je trouve ici. Bien sûr, il me manque une vis, c’est la vis du désespoir, celle qui me dit « laisse tomber va ». Nous ressortons après un passage de pluie torrentiel, je n’ai aucun espoir de retrouver la vis, ce qui en soi ne serait vraiment pas grave, sinon que j’investis la recherche d’un nouvel enjeu, si je ne la retrouve pas je ne remonte pas sur le vélo avant d’avoir acheté un nouveau set et je risque de perdre patience, de laisser tomber tellement j’appréhende cet apprentissage nouveau. De toute façon, je ne retrouve jamais rien, je l’aurais déjà ramassée si elle avait du se trouver là où j’ai fait ma tentative avortée de rouler avec des cales, c’est un signe, je dois abandonner. Au mieux, c’est elle qui va la retrouver ma vis, appliquée qu’elle est dans tout ce qu’elle fait. J’en suis à mes tergiversations lorsqu’une lueur métallique me parvient un mètre plus loin sur le chemin détrempé de cette petite place tranquille derrière l’église bordée d’une jolie pelouse. La voilà qui me nargue, je reconnais la vis au beau milieu du chemin, impossible de l’ignorer. « Tu pensais me perdre et trouver le prétexte parfait pour ne pas remonter sur le vélo ? Han ! » Je reviens vers Jeanne avec le sourire, elle va pouvoir me fixer à nouveau les cales, serrées.

L #26

Pour une première séance natation de l’année, ce fut une agréable séance comme je me les souhaite le vendredi lorsque les nageurs ont déserté le bassin pour mieux préparer le départ en week-end sans doute, j’ai nagé dans ma ligne seule ou quasiment, pur plaisir. Aux oubliettes la séance précédente pendant laquelle j’ai passé mon temps à remettre en place mes lunettes parce qu’elles prenaient l’eau, qu’un nageur en profitait pour causer. Oubliée aussi ma première sortie pour aller courir par chez elle, entre la forêt et le lac, et où je me suis perdue. Cette fois-ci, je pars directement en direction de ce lac qui m’intrigue et dans lequel j’ai prévu d’élancer au mois de mai sur la distance M du triathlon, nous avons diné à proximité la veille. Lorsque je découvre le lac, j’ai le réflexe d’initier le tour sur la droite, je me rends compte très vite que la plupart des coureurs viennent à moi dans l’autre sens, je préfère conclure le parcours au bord de l’eau tandis que le reste du parcours se fait en zone résidentielle, les abords du lac étant privés. J’ai presque l’impression de courir en bord de Marne et j’aime ça. Le tour est fait rapidement, j’enchaîne par un autre en repérant des intersections par lesquelles je pourrais allonger le parcours une prochaine fois. Je remarque aussi une maison à vendre… La deuxième séance de natation de l’année, un lundi midi où je ne travaille pas, est chaotique. Je suis pourtant dans la file des quelques nageurs dès l’ouverture du créneau, mais dans cette piscine de mon quartier il ne semble pas y avoir de créneau spécifique aux nageurs de crawl. Bientôt je me retrouve, et je ne suis pas la seule, à devoir emprunter la file du milieu pour avancer parmi les nageurs en brasse, sur le dos, agrippés à une planche ou palmés mais lents. C’est un entraînement auquel je ne m’attendais pas, pourtant il est utile lorsqu’on appréhende la bataille de chaque début de triathlon pour se faire une place dans la grande mêlée générale. J’enchaîne avec un petit tour de mes deux stades, je m’essaie en cette semaine de rentrée à un double entraînement pour augmenter le volume, avec un minimum d’une heure chaque jour. Avec une sortie le lendemain de 14km autour de mes trois stades, le dernier est enfin accessible à nouveau après des travaux d’aménagements, je me classe en tête du classement de mes deux clubs, dont il me tarde de retrouver les entraînements, pourtant je recule encore. Mais pas longtemps, dès le lendemain je dois retrouver ma séance de fractionné préférée, en y allant à vélo, après ma traditionnelle séance de natation le midi. Mon premier triathlon 2020.

Format M #2

J’ai écrit que j’étais assise au café de La Plage au bord du bassin de la Villette à Paris, en réalité j’écrivais depuis la taverne « 1975 » située pour le coup juste en face du tout petit mais néanmoins international aéroport de Mykonos. Dans l’attente de mon vol prévu à 20h tout pile et forcément avec un certain retard, j’avais tout l’après-midi pour me poser quelque part et avancer d’une manière ou d’une autre, sans que ce soit dans un bassin ou sur une piste de stade ou simplement cyclable. Je suis partie de Tinos par le ferry de 11h45, j’ai profité du court trajet pour visualiser de loin la distance de la baie parcourue à la nage. Il faut parfois être programmé pour certaines actions pour qu’elles passent pour simple formalité alors qu’une fois accomplies et d’un extérieur relativement objectif, la traversée à la nage, en crawl et littéralement contre vents et marées m’est à ce moment apparue comme une prouesse, certainement relative, mais record tout de même. Je n’avais encore jamais parcouru la distance de trois kilomètres en eau libre, c’était chose faite.

Lever avant sept heures du matin puisque la fanfare, qu’on aurait cru recrutée exprès pour la célébration de la fête nationale, m’avait tirée du lit plus tôt que prévu, pas de grasse matinée en ce dernier jour de vacances sur l’île de Tinos pour moi. J’ai chaussé mes baskets et je suis partie à la chasse aux figues, j’avais déjà repéré quelques plantations très prometteuses. je n’ai pas été déçue par la course sur laquelle j’ai avalé plus de fruits que de kilomètres. Le parcours que j’ai repéré depuis quelques années et qui reste mon préféré traverse le port d’un extrême à l’autre par les quais puis remonte sur un joli dénivelé de deux kilomètres derrière la basilique vers laquelle convergent les pèlerins à genoux. Je me laisse ensuite glisser par les axes routiers bordés de figuiers jusqu’à l’autre pointe de la baie, à l’opposé de l’appartement vers lequel j’achève ma sortie sur les cinq derniers kilomètres en bord de plage. Le tracé est la plupart du temps très venté mais reste idéal.

En débarquant dans le port de Mykonos à midi et demi, j’ai décidé de monter à pieds jusqu’à l’aéroport, j’avais du temps devant moi avant le décollage le soir, beaucoup de temps. Les trottoirs étant quasi inexistants, j’ai frôlé plusieurs camions qui roulaient à vive allure sur la route et croisé très peu d’autres piétons. A cette heure chaude de la journée, la plupart des touristes devaient être à la plage ou en taverne. Arrivée à destination, je me suis à mon tour posée sur la terrasse de l’établissement le plus proche de l’aéroport pour commencer à y écrire, la taverne « 1975 » qui est devenu le point d’accroche de mon récit. L’incendie du quartier de Mati, le marathon d’Athènes, le club de course et les premiers émois en triathlon, et alors que j’avais encore en tête les paysages calcinés non loin du port de Rafina, mon texte s’est évaporé tout d’un coup, il n’en restait plus rien que le seul souvenir de son accroche, le nom de la taverne « 1975 », qui est aussi mon année de naissance.

Peut-être, d’une certaine manière, me faut-il renaître pour passer au format M.

Trois éternités #63

Depuis le temps que je rêvais de le trouver ce fameux polygone des cyclistes, enfin ! Comme par hasard ou presque, je suis tombée dessus en entrant dans le bois de Vincennes par l’avenue Daumesnil et en continuant à rouler tout droit par une voie jamais empruntée alors. J’avais auparavant couru 7km pour écouler les quelques bière bues la veille à la fête de la musique, la dernière selon la cheffe de chœur parce que le boucan général a été très frustrant. J’ai profité cette année encore du fait que le concert se déroule dans ma rue pour proposer de nous retrouver ensuite toutes ensemble au Corcoran, en haut de la butte, pour nous restaurer et faire la fête, une chance que le jour de la fête de la musique tombe la veille du week-end. Mieux, je n’avais aucune course de prévu sinon les 2024m pour gagner un dossard et participer au marathon des Jeux Olympiques en 2024, aucun autre enjeu en vue, repos total. D’ailleurs, la coach m’avait prévenu le jeudi, veille de l’été, que si je persistais à ne pas vouloir – à ne plus pouvoir – m’arrêter, je risquais fort de ne plus récupérer. Et je l’entends. Récupération totale le vendredi, ma séance de natation préférée de la semaine est remplacée par le concert de 50mn, place au divertissement et à la détente dans le pub de mon quartier. J’ai l’impression de ne plus être sortie depuis trois éternités, c’est loin d’être une impression. Par souci de sobriété ou parce que j’étais focalisée sur les séances d’entraînement, ou encore pour être sûre de me coucher tôt et me réveiller en forme, j’ai soigneusement évité toute sortie autre qu’en running, à vélo ou au bord d’un bassin de natation, cela ne m’a pas trop manqué. Pire, j’ai commencé à rogner sur la pause-déjeuner pour introduire une intense session de natation d’une heure, aller-retour inclus, montre en main. Cela s’est produit pour la première fois le mercredi de cette semaine, j’avais chronométré à la minute près le temps qu’il me faudrait pour me rendre à la piscine située à un kilomètre, me changer, nager puis vite revenir. Un kilomètre de marche rapide, un kilomètre de nage, un nouveau kilomètre de marche, entrée plat dessert, quoi de plus beau pour combler la pause déj’ d’une triathlète en devenir. En sortant du Corcoran, je n’ai pas encore envie de rentrer chez moi, il fait doux et je me sens grisée par l’enthousiasme des choristes ce soir, je ne m’aligne sur aucune course le lendemain. Je passe devant l’ancien Tralali où nous nous retrouvions les années précédentes avec la chorale après ce sempiternel concert de la fête de la musique, le lieu s’est transformé en un charmant petit restaurant italien qui sert une burrata crémeuse à souhait, un délice indécent. Le patron me sourit et me sert une bière qu’il m’offre sous le regard bienveillant de sa maman, tandis qu’au bout de la rue c’est Reda que j’entends mixer un son qui donne envie de lâcher prise, au moment où je m’approche je reconnais Rage against the machine, incroyable. Depuis quand n’ai-je plus entendu ce titre que je me passais en boucle pendant des heures ? Le sommeil et la bière finissent par m’assommer à pas d’heure et lorsque je me réveille le matin, c’est assoiffée d’une idée fixe, trouver le fameux polygone du bois de Vincennes. Lorsque je me réveille une seconde fois vers midi, c’est toujours avec la même idée en tête, je décide de courir d’abord et de finir la journée par la natation, un triathlon en mode détente. Aucune chance de m’insérer parmi les cyclistes sur le polygone samedi matin, ça roule vite. J’y accède en début d’après-midi alors qu’il fait déjà chaud, à l’ombre des arbres du bois la piste est agréablement ventée et faiblement occupée, quelques cyclistes équipés tournent déjà. Trois-mille cent soixante-sept mètres de piste pour cyclistes confirmés, je n’en fait pas partie mais j’ai très envie d’en faire au moins moi aussi une fois le tour de ce spot incontournable. L’air est lourd et nous sommes très peu à profiter de la piste, l’espace est sécurisé, j’accélère à peine pour ne pas me mettre dans le rouge et finir tranquillement ma sortie de 40km, j’adore. En vérifiant le tracé avant d’enchaîner par la séance de natation, je vois distinctement le polygone sur mon parcours de vélo, tel un tampon d’accès à une zone d’inconfort privilégiée.