Gedicht #15

Lange liege ich schon im Schatten deines gierigen Grolls und geniere mich mitnichten.

Da ratest du nichts, und ich erzähle weiter: streichelnder Strahl der süssen Sonne am Morgen und zauberhafter Zischeln der Vögel aller Zweige.

Bald singe ich auch leise, und du weisst wie ich beisse,, wenn du die Decke wegreisst.

Nadège Night and Day #50

Premier concert de l’année, deuxième de la saison avec notre nouvelle cheffe de chœur et un répertoire un peu plus étoffé que pour notre mini show-case au Bar Ouf, nous chantons à la Ressourcerie avec un programme qui devrait tenir notre public en haleine sur quarante minutes, en tout cas moi j’ai mon public privilégié et elle se réjouit d’entendre à nouveau la chorale dont elle connaît à présent la plupart des choristes, je réserve une salle dans une brasserie pour l’after. Pas n’importe quelle salle non plus, celle située à l’étage de la brasserie Père & Fils, quel nom formidable pour l’invasion d’une vingtaine de femmes lesbiennes et féministes dans ces lieux ! Pas n’importe quels lieux parce que nous y avions déjà fêté les quinze ans de la chorale il y a cinq ans, un concert devant deux-cent personnes à la salle Jean Dame et nous étions quelques-unes dont moi à avoir un rôle mis en scène, à recevoir une rose en fin de show devant le public. J’ai gardé un souvenir impérissable de ce concert en mode apothéose entre toutes les choristes. Jamais le concert des vingt ans n’aurait pu égaler cette soirée, la crise sanitaire étant passé par là il n’en a plus été question et nous voilà avec une nouvelle cheffe qui bouscule nos habitudes, c’est ce qui pouvait nous arriver de mieux pour envisager autre chose et nous découvrir autrement, aucune nostalgie dans cette nouvelle soirée, tout est excitant comme lors d’un début. Quelques jours plus tard, j’assiste à la présentation du film A Plein Temps en présence de Laure Calamy, pour l’anecdote j’avais débarqué dans ce même palace du cinéma, le Louxor à Barbès, pour l’avant-première de Robuste en présence totalement improbable de Gérard Depardieu, sauf que je m’étais trompée d’une semaine donc je n’ai jamais, mais je devine un peu la chose, si l’acteur a honoré de sa présence la soirée promotionnelle de son film, à la place j’avais pris une place pour Vous ne désirez que moi, une folie totale de voir Marguerite Duras à l’écran. Laure Calamy déboule de mon côté de la salle, pour une fois je ne me suis pas placée à l’étage, elle porte une mini-jupe et des bas-résilles, de grandes bottes noires et une casquette noire comme dans le clip de Beyoncé Love on top, enfoncée sur son front si bien que la visière donne à son visage assez poupon un air superbement mystérieux et très glamour, je n’aime pas la mode mais alors là, je succombe au style implacable de la star qui savoure l’instant, grand sourire. Elle rit, elle n’en finit pas de rire et d’embarquer la salle dans un fou-rire généralisé parce qu’au fond, elle ne sait pas quoi dire du film après que le réalisateur s’est défendu de ne rien dire pour nous laisser découvrir d’un œil vierge sa réalisation, alors elle glisse une ou deux anecdotes, souvent elle s’interrompt pour rire de la chute que nous ne connaissons pas encore, j’ai les larmes aux yeux tellement je ris, elle est irrésistible et je suis loin d’être une groupie, vraiment. J’ai aimé Antoinette dans les Cévennes, mais sans plus, sans surprise le personnage d’A Plein Temps me touche beaucoup plus, je lui trouve un potentiel tragique pareil à Isabelle Huppert, elle me fait rire comme si je retrouvais une amie intime chaque fois que je la vois, je suis émue.

Nadège Night and Day #36

02.02.2022 Deux deux vingt-deux. Réveil à deux en cette nouvelle année du tigre, mon signe. Elle a apporté deux pommes parce qu’elle ne sait jamais à quoi s’attendre avec moi, qui l’attends en redoublant d’effort pour préparer une tambouille pour nous deux, soirée en amoureuse et en musique, elle me dit que ça sent bon et sa surprise me donne des ailes, deux ailes, deux assiettes. Je tourne la page de mon calendrier à son départ ce matin et je trouve la photo de nos Moumines. Une information relative aux parcours de l’Ironman 70.3 d’Aix m’informe que la partie course à pied ne sera pas le semi-marathon le plus facile de ma vie, je partage avec elle pour m’aider. Les garçons du club de course m’invitent à les rejoindre sur un défi Garmin de course à pied, Nicolas caracole en tête et me devance d’un kilomètre, il me motive à donner deux fois plus, les garçons du club de triathlon rivalisent de distance pour préparer les régionaux de cross et se qualifier ce week-end en finale, les exploits et la détermination d’Eric et William me scotchent. Ma prochaine échéance approche également alors que je commence tout juste à travailler le fractionné sur la nage et m’évaluer sur 300m, les nageurs confirmés passent sous les 5’30. Tandis que nous nous retrouvons pour aller voir Les Promesses, je lui rappelle que nous avons toujours une invitation pour boire un verre au bar 1929 de l’Espace Molitor, à deux c’est mieux et c’est pareil pour les vacances d’été, je me projette avec elle là-bas sitôt qu’ici j’ai ses dates. Le mois de février se faufile entre nous en caressant les projets qui nous réchauffent le cœur, l’hiver se fait moins rude et la lumière du jour nous accueille dès que je l’accompagne au métro, encore un peu de patience et le soleil nous pincera la joue pour nous tirer du lit toujours plus tôt, pourvu que nous conservions ce lien entre nous qui rend les choses plus précieuses à chaque partage, un peu comme cette minute d’ensoleillement que nous gagnons désormais chaque jour.

Nadège Night and Day #25

Trois années séparent cette photo de la précédente, prise sur la place Masséna au cœur de Nice. Trois années et trois confinements, je porte la même tenue du club, les chaussures ont changé, et tellement d’autres choses aussi que je m’amuse à regarder ces deux photos en les comparant. Sur la première, j’ai rejoint le club des Front Runners de Paris depuis à peine six mois, j’ai couru et gagné ma médaille d’or au marathon des Gay Games, supportée par la coach Delphine, je suis partie courir le marathon d’Athènes en novembre et j’ai rencontré Pascal en devenant bénévole pour la course de la Saint-Valentin comme lui, nous avons partagé la même chambre, les mêmes délires, et j’en suis à progresser sur les courses de 10km d’une minute chaque fois. Un mois plus tard, je cours les 5km en duo avec Chloé sans plaisir mais avec un podium, puis je découvre enfin le triathlon à l’occasion du Super Sprint organisé par Athletic Cœur de Fond. Sur la deuxième photo, j’ai rejoint ACF depuis ce premier triathlon XS au mois de mars 2019, je m’entraîne en tant que triathlète et j’ai à mon actif trois triathlons longue distance en 2021, mais par-dessus tout je suis venue passer un week-end en amoureuses avec ma coureuse hors-pair dont je partage la passion, les résultats, le moindre entraînement pour s’encourager à deux. Je prends du plaisir dans tout ce que je fais, un plaisir fou à chaque fois, je m’estime chanceuse, tellement heureuse d’avoir trouvé cette personne qui respire la même joie, ce bel enthousiasme. Peut-être me fallait-il patienter ces trois longues années avant de la rencontrer, ne serait-ce que pour attirer son attention enfin et me montrer plus rassurante, c’est qu’elle me donne envie de l’être chaque jour un peu plus et de devenir cette meilleure part de moi vers laquelle je tends. C’est forte d’un élan nouveau et de souvenirs ensoleillés par milliers que je retourne sur la piste dès lundi midi, lendemain de notre sortie sur les collines de Nice avec les trois clubs réunis, et parce que nous avons couru ensemble dans mon stade de 300m je choisis d’y retourner pour une séance de fractionné de plus en plus court, je me sens en forme plus que jamais, transportée. Le lendemain, je double la distance d’échauffement pour courir jusqu’au stade de 400m prête à m’essouffler sur un fractionné long, le vigil à l’entrée m’informe que j’ai un quart d’heure seulement avant l’arrivée des scolaires, c’est parfait pour assurer la séance de 3x1000m à fond. Et puisque j’ai déjà visité deux de mes trois stades, je profite de la séance relax du mercredi pour m’entraîner sur le petit stade de la rue Championnet avec son église et ses arbres, il fait 250m et contrairement à ma séance de la veille, seule sur la piste, je suis entourée d’une dizaine de coureurs et d’un public de parents venus assister à l’entraînement de foot de leur progéniture, l’ambiance est printanière, ou alors c’est l’été dans ma tête qui se dilue dans la météo hivernale. Un mois tout pile que je ne suis pas retournée à la chorale, depuis le week-end au château de Presles, nous avons logiquement gagné une demi-heure d’ensoleillement depuis donc et le chat dans ma gorge s’est dissipé, nous chantons Over the Rainbow pendant quasi toute la répétition. Il ne me reste plus qu’à honorer ma première séance de natation pour me laisser glisser vers la fin de la semaine et le timide retour du soleil sur la capitale pour y adoucir les températures.

Nadège Night and Day #22

Dans le train, j’apprends par notre gentil organisateur que l’immeuble où nous sommes invitées à retirer les clés de notre appartement est celui dans lequel Annie a logé pendant des années, j’y ai moi-même passé mon tout premier séjour à Nice il y a plus de dix ans, la jolie rue Jules Gilly. La coïncidence est troublante et alors que je m’en amuse avec ma muse, un nouveau message nous apprend qu’en voiture 3 de notre train se trouvent 3 gars de notre club, nous sommes en voiture 2, les 2 seules filles de ce week-end avec notre club des Front Runners, pas peu fières ! Nous retrouvons les autres garçons au bar du Sunset qui donne sur la Promenade en plein coucher de soleil, le ciel décline encore d’attrayants reflets rougeoyant lorsque nous arrivons. Le lieu propose une bière locale, la « R for diversity », une bière engagée pour la cause LGBTQ+, plus qu’une bière donc, un objet d’engagement pour tous les genres, un vrai régal. La nuit est tombée mais les coureurs continuent à s’élancer sur la Prom et la lune de les éclairer. J’étais à sept jours d’abstinence, depuis le début de l’année tout juste, la tentation est trop forte de céder à la détente et aux vacances, nous reprendrons les bonnes résolutions lundi prochain. Et ce n’est pas fini puisque Annie nous a proposé de transformer le café prévu dans l’après-midi en apéritif pour lui laisser le temps de nous rejoindre depuis le quartier des musiciens, nous la retrouvons à la terrasse de la Civette, elle que je n’ai pas vue depuis si longtemps, je la retrouve comme si on s’était quittées dans notre quartier de Clignancourt ou sur le Cours hier. Sans surprise, le courant passe de suite entre Nadège et Annie, nous restons un long moment dans le froid qui nous gagne chacune sans qu’aucune n’en fasse la remarque encore vraiment, nous goûtons une autre bière locale, la Fada, un mélange d’épeautre provençal et de malt, toutes ces nouvelles saveurs qu’il nous reste à tester, toutes ces rencontres qu’il nous est permis de faire, tous ces instants dont je me dis qu’il faut que j’en profite pour m’en souvenir aussi après.

Nadège Night and Day #1

Si elle ne m’avait pas proposé de courir un trail nocturne, nous n’en serions pas là, bien sûr. Nous – elle et moi mais d’autres coureurs du club également, une autre fille et un autre gars -, nous venions de courir un trail tout à fait normal, il avait lieu de jour, de nombreux cailloux et quelques dénivelés émaillaient le parcours, et elle en a proposé un autre, mais à moi seulement. A la lecture de ce qui est écrit précédemment, à savoir « un autre gars », on pourrait penser que notre quatuor de coureurs du trail de la Marne en ce joli dimanche du mois d’octobre était composé de deux filles et de deux gars, ce n’est pas du tout le cas, nous étions trois filles, mais sur le moment et jusqu’aujourd’hui, notre groupe a représenté à mes yeux un équilibre parfait. Il faut savoir que le trail est une discipline dans laquelle je n’excelle pas, c’est tout le contraire, la boue m’empêche d’avancer tandis qu’autour de moi tout le monde saute dans les flaques à cœur joie et avance comme un troupeau de joyeux cabris épris de liberté, d’aventure, d’air frais, les cailloux viennent se glisser sous mes chaussures par un fait exprès pour me tordre la cheville, enfin le dénivelé a souvent raison de ma motivation en général déjà bien entamée par la météo. Une fois, c’était un trail accessible en RER et il y avait trois autres gars avec moi ce jour-là, j’en avais tellement marre de cet improbable bourbier dans lequel je m’enfonçais depuis des heures sans que la moindre ligne d’arrivée n’apparaisse ne serait-ce que déguisée en ciel bleu, que je me suis mise à pleurer tout en continuant à m’embourber sans trouver mes appuis ni ma raison dans ce cauchemar dominical alors que le reste du monde fait le marché ou va à la messe, un bénévole m’a demandé si tout allait bien, j’ai prétendu une tendinite au genou en souriant. C’est la douche après le trail que je préfère, cette impression de retirer des couches entières d’agonie avec un sentiment de soulagement bien plus géant qu’après une course sur le bitume. Pour cette raison, j’ai récidivé deux ou trois fois, et pour toutes les raisons précédentes je ne me suis pas inscrite à plus de trails que cela pour privilégier les 10km, ensuite les triathlons longs, d’ailleurs je venais d’achever mon Frenchman une semaine seulement avant la date de la Marne, dans d’autres circonstances j’aurais dû ne m’inscrire plus nulle part pour penser à récupérer. Mais j’ai choisi de m’inscrire à un trail parce que c’est elle qui le proposait en mode détente, j’ai décidé de participer à cette course une semaine après mon dernier triathlon parce qu’enfin je pourrais courir sans pression ni enjeu, au sein d’un groupe, profiter de l’ambiance collective, surtout parce que c’est chez elle que se déroulait l’événement sans savoir qui elle était en vrai, j’avais la garantie de passer une journée détente, la garantie, j’avais furieusement envie de ça. Je me suis levée tôt pour un dimanche, sans objectif de course en tête et ça m’a fait du bien, puis j’ai pris le train que je connais par cœur depuis la Gare de l’Est parce qu’il mène à la base de loisirs pour nager ou encore chez mes parents, cette fois je suis descendue à la station d’après et ça change tout, enfin nous avons couru le trail, et à partir de là les choses se sont précipitées.

Direction Etoile #2

Quand saveurs et valeurs se marient, alors ce sont les plus belles histoires que l’on écrit. Ces histoires précédentes que je fais défiler dans l’autre direction lorsque je veux prendre mon élan pour cette fois-ci aller décrocher la lune, d’un seul coup et sans retour. Le réveil matinal avec ma marathonienne préférée pour l’accompagner à l’aéroport en passant par la porte de La Chapelle et de l’autre côté de la ligne 2, la ligne des amoureux, ces petits bouis-bouis indiens parmi lequel ce havre de saveurs qui m’a emportée loin. Pareil pour les échoppes de Belleville auxquelles je n’aurais jamais prêté attention sans le conseil avisé ce mon amatrice préférée des bonnes choses, toujours la même et à l’affût des meilleurs plans sur Paris, elle m’initie et me donne envie de partager le Clean. A Belleville aussi, la piscine Nakache où se déroule l’entraînement du samedi et deux stations plus loin ma nageuse préférée qui m’accompagne pour ma première séance en eau libre, l’excitation qui me noue le thorax lorsque je m’enfonce dans le lac en riant. Plus loin, ma trésorière préférée qui m’encourage à présider l’association qui enchante mon cœur et fait battre ce chœur de femmes au sein duquel je me sens vibrer, toujours. Père Lachaise, ce trajet que je fais par une sublime nuit d’été après avoir parlé pendant des heures, sans voir le temps s’écouler ni la lumière décliner, l’impression d’être saisie. Ces souvenirs qui me réchauffent lorsque je marche sous la pluie dans mes jolis villages. Marcher et finir un beau jour par provoquer l’histoire parfaite, l’histoire faite pour moi, je continue à marcher au moment où une tempête de neige recouvre le quartier de blanc. J’entre en terrain vierge et j’ai des étoiles de neige plein les yeux lorsque j’arrive plus tôt que prévu dans le village des Abbesses que j’avais quelque peu délaissé jusqu’alors, j’ai eu le temps de courir et m’étirer, douter de tout et faire les courses, j’arrive détendue. Ou plutôt j’en suis encore à arriver lorsqu’elle m’appelle, donc elle existe, elle sera là, elle était déjà cet espoir, présence en creux, de finir ma semaine d’anniversaire par un feu d’artifice et je ne me suis pas trompée lorsque j’avance vers elle rue Lepic, magique. Est-ce la tempête qui me rend hilare ou bien cette impression qui me fige au moment où je reconnais une magicienne, je retire ma capuche et mon masque comme pour me mettre à nu et mieux la dévisager, ce n’est plus à l’extérieur que sévit la tempête et d’ailleurs je ne sais même plus s’il neige encore et s’il faut monter ou descendre la rue au moment où nous posons sur la table libre d’une terrasse chauffée face à un buffet. J’aurais voulu inventer la même scène digne de ces téléfilms de Noël qui passent l’après-midi et que personne ne regarde mais dont tout le monde connaît l’existence au cas où, je n’aurais pas pu faire mieux et je serais à nouveau passée devant ce bistrot mythique sans qu’il ne m’inspire rien d’autre que l’admiration pour sa devanture, La Mascotte. 1889 sa date d’inauguration, un accueil drôle et chaleureux qui met en appétit pour tout.

L #20

La visite du Gutshaus Stolpe est reportée au lendemain matin, nous traversons de long en large les deux bâtiments, la remise et la Maison principale, puis déambulons sur le vaste terrain appelé « L’Amazonie du Nord » et situé au bord de la Peene, l’air est pur et vivifiant. Lorsque nous chargeons la voiture, c’est avec deux heures de retard que nous partons pour le Weissenhaus où nous sommes attendus pour déjeuner.

Weissenhaus 1.JPG

Je n’ai pas pu l’appeler comme promis. Je ne peux toujours pas l’appeler durant la visite du Resort & Spa qui s’étend jusqu’à la mer du Nord au bord de laquelle nous déjeunons au restaurant de plage, avec feu de cheminée. Elle m’attend et je sens son attente qui pèse davantage à chaque minute de mon absence ici. Lorsque nous repartons en direction du Danemark pour la visite de la dernière Maison, celle que nous attendons tous tant elle revêt à nos yeux un caractère unique et mystérieux, nous avons ajouté une heure de retard en supplément. Et ce n’est pas tout. En arrivant au port pour prendre le ferry, on nous annonce qu’il n’y en a plus à cette heure là, nous devons prendre un itinéraire bis et emprunter un pont qui nous rallonge cette fois le trajet de deux bonne heures. La tension est à son comble et j’échange sur ma nervosité avec elle, sans vouloir me trouver un prétexte pour ne pas l’avoir rappelé comme promis, mais pour qu’elle soit au courant de la situation et ne prenne pas mon absence comme un manque d’intérêt pour elle, sait-on jamais. Nous arrivons au Falsled Kro alors que le service du restaurant tire à sa fin, il est 21h30.

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Lorsque je me retrouve enfin dans ma chambre après le dîner et que je reçois un ultimatum pour l’appeler avant de risquer d’oublier totalement jusqu’à son prénom et la tonalité de sa voix, j’ai à peine le temps de recharger a minima mon portable et faire couler un bain. Personne ne décroche à l’autre bout, il est 23h passé. Comme si l’heure qu’il est comptait… De désespoir, je me laisse couler dans l’eau tiède et décevante du bain.

Trois éternités #21

Je lui ai offert mon t-shirt des 20km, je ne l’avais pas récupéré au moment de retirer mon dossard alors je suis retournée au village de la course une fois franchie la ligne d’arrivée, pour le coup on me l’a remis tout sourire tel un trophée puisque l’épreuve était bien passée, jamais encore je n’avais fait ainsi cadeau à quelqu’un de la preuve de mes exploits sportifs. Et je le lui ai offert à l’occasion du deuxième rendez-vous que nous nous sommes données toujours au même endroit, devant l’église Saint-Eustache, où je mettrai les pieds un jour. Enfin, je le lui ai offert sans doute un peu dans l’espoir qu’elle m’accorde un troisième rendez-vous, toujours avec la même régularité, le soir en fin de semaine pour dîner ensemble. J’ai fait sa connaissance la veille du 20km, j’étais assise à la même terrasse située derrière l’église que le jour de ma rencontre avec les Front Runners ce dernier jour du mois de juin, j’étais heureuse et pleine d’espoir, exactement comme le soir de mon premier rendez-vous. Elle est arrivée avec cinq petites minutes de retard pendant lesquelles nous avons échangé, elle avait l’air tout aussi excitée que moi et tout sourire lorsqu’elle est apparue face à moi, étonnée de me sentir aussi détendue la veille d’une course alors même qu’elle était à l’origine de cette détente, lorsque j’ai pris le départ le lendemain je ne m’étais pas départie du sourire. Pas plus que le dimanche suivant où je l’ai retrouvée en plein soleil devant Saint-Eustache, nous avons marché un peu, avant de nous poser dans un bistro italien où j’ai soigné mon rhume par un grog et par sa gaité, du t-shirt que je lui ai offert elle m’a envoyé la photo le soir, il lui allait comme un gant et le samedi suivant elle l’a mis pour courir dans son parc. Comme par un fait exprès, la dernière sortie longue dans le cadre de la préparation du marathon d’Athènes était prévue au même parc de Sceaux depuis la coulée verte à Paris, 25km. Nous nous retrouvons la veille au japonais des Halles, elle arrive plus jolie que jamais. Ce dimanche en octobre où j’ai couru le 20km, j’étais vêtue d’un short et d’un débardeur, la même tenue estampillée aux coureurs du club que pour le marathon des Gay Games en août, deux semaines plus tard dans le parc de Sceaux, je suis couverte de la tête aux pieds, 5 degrés. Le rendez-vous est donné en plein courant d’air à Chatillon Montrouge, coupe-vent bonnets et gants se font la bise tandis que la brise nous menace sans entraver en rien notre détermination. Il existe donc une coulée verte en dehors de Paris qui nous mène à travers des sentiers pavillonnaires en direction du parc de Sceaux, dont je m’étais fait une image moins royale, beaucoup plus verte et fleurie, sans doute je m’imagine surtout le découvrir à une autre saison. De fait, le parc est construit autour d’un château, de son allée royale et de ses bassins d’eau, dont l’un est décoré d’un jet, elle m’avait dit qu’on pouvait parfois apercevoir un arc-en-ciel, je n’en vois pas la couleur, elle non plus n’apparaît nulle part, je cède au bout de deux heures. Un message m’accueille au chaud chez moi, on cherchera un meilleur endroit pour se trouver.