L #32

23’45’’ les deux boucles de ce chaotique parcours de 5km dans les Buttes Chaumont, mais quelle ambiance et quel bonheur d’entendre mon nom scandé au micro devant le Rosa Bonheur à l’issue de la première boucle et à l’arrivée par un Poney déchainé, la course de la Saint Valentin est résolument l’événement sportif le plus festif de la saison et je me suis régalée à encourager mes camarades qui avaient pris le départ du 10km le plus tordu de Paris. J’avais profité de la douceur printanière pour parcourir à pied la distance de 3km jusqu’au gymnase proche du parc, en mode échauffement, et la traversée du canal sous un ciel souriant m’avait provoqué un frisson de joie. Le retour autour de midi fut moins fluide avec le monde, une manière de travailler la reprise après un effort intense et malgré les petits tiraillements. Une journée de repos et j’espère repartir dès le lendemain en profitant de ce temps clément. Le compte à rebours des dix jours avant la relâche est lancé et je suis allée nager tous les midis de cette longue, fastidieuse et éreintante semaine pour me permettre de tenir jusqu’à la fin de chaque journée, ponctuée par une curieuse alternance entre éclaircies et giboulées. Quelle idée de sortir le deuxième jour une séance de fractionné maison alors que la pluie tombe drue et n’a pas décidé de cesser, entrecoupée de quelques épisodes de grêles, sinon que les éléments déchainés contre moi m’incitent à tout donner pour en finir au plus vite, très vite. J’ai couru seulement neuf kilomètres la veille, je n’ai pas l’énergie pour aller plus loin alors que mon tracé idéal m’aurait emmené facilement au-delà des douze kilomètres, seulement voilà plus rien ne semble évident, pas plus le rythme de ma foulée que ma respiration, rien. Mon endurance est mise à rude épreuve en plein hiver, je manque surtout de sorties longues. Rien n’y fait, je me traîne derrière une prépa marathon qui ne me motive pas, je suis nouée. Plus que cinq jours et la course à pied sera derrière moi, avec l’objectif cette fois de rouler, rouler toujours plus loin et toujours mieux pour aborder sereinement une distance de 90km. Cela fait un an jour pour jour que j’ai retrouvé mon bonnet de bain, j’étais retourné nager une petite heure, simplement pour tester les sensations et sans même mettre la tête sous l’eau, jamais mes cervicales n’auraient tenu le rythme de 5000m de nage ainsi toutes les semaines. Plus que quatre jours et je décide de retourner aux Buttes Chaumont dès ce soir pour l’entraînement côtes et escaliers de la prépa marathon, histoire de revenir sur les lieux et profiter encore un peu des souvenirs de cette course folle samedi dernier entre les ballons et l’enthousiasme des pisteurs. Je ne vais rien lâcher et revenir rompue mais satisfaite peut-être, à bientôt dix jours du semi marathon de Paris.

L #8

Un lundi avec un orteil cassé est un lundi pire encore que tous les autres, en tout cas au réveil. L’accident s’étant produit le samedi matin, j’avais eu 48 heures pour me faire à l’idée que je n’allais pas courir dans les prochains jours, que je n’allais plus courir pendant un temps incertain, l’inquiétude était montée d’un cran en lisant tout ce qu’il ne faut pas sur les fractures du pied. Jusqu’à la symbolique du petit orteil cogné pour évacuer la mauvaise mémoire ou le trop plein de mémoire, bref une régénération en quelque sorte par le membre le plus inutile du corps humain. Pourtant je n’étais pas certaine que le petit doigt de pied soit cassé. Autant je boitais sur tout le trajet pour aller récupérer mon inexploitable dossard pour le Paris-Versailles (ne me demandez pas pourquoi je vais retirer un dossard pour une course qui a lieu le lendemain de ma blessure encore toute fraîchement douloureuse), autant j’ai noté une amélioration certaine dès le lendemain, jour de la course dont le dossard encore consigné dans l’enveloppe, végétait avec malaise, contrit sur le bord de l’évier dans la cuisine. J’ai pu marcher plus aisément dès le saut du lit, mieux j’ai bougé l’orteil sans ressentir de douleur. Je n’étais pas encore débarrassée d’une gêne à chaque pas, sans pouvoir la situer véritablement, l’hématome s’était répandu sur la surface avant du pied, la zone fragilisée avait dégonflé. Quelque part et malgré ce spectacle désolant, je me suis sentie tirée d’affaires. La veille, je pensais annuler toutes les courses à venir, de fait je n’ai pas couru le Paris-Versailles, mais je pensais aussi au semi de Saint-Denis avec l’arrivée au stade de France, et surtout au marathon de Palerme. Après l’abandon au marathon d’Athènes il y a tout juste un an, je n’envisageais même pas une nouvelle situation dramatique pour cet événement dont je me faisais une fête depuis que je savais que ma marathonienne préférée y participait.

Un lundi pire que les autres donc. Sauf que je pars comme tous les lundis de chez moi à 8h tapantes pour faire le trajet à pieds, certes ma démarche manque de fluidité, mais enfin j’avance et surtout, je ne souffre pas. Je me permets même d’envoyer un message en pleine envolée pédestre pour signifier à une amie que je passe à l’instant sous sa fenêtre, que je n’étais pas capable de situer avant ce samedi, jour de la blessure. Le muscle du mollet est tiraillé, je compense forcément en m’efforçant de ne pas poser la pointe du pied droit sur le sol, cela va mieux et c’est réconfortant. Un peu plus tard, je reçois un mail pour me féliciter de mon travail la semaine précédente, plus tard encore je suis convoquée dans le bureau de ma supérieure qui m’annonce que, des conséquences du mail de félicitation reçu, je suis invitée à partir pour un séjour découverte au Danemark en novembre. La semaine qui suit le marathon. N’y voyez aucun signe, moi il me frappe au visage dès cet instant où la carotte m’est offerte alors même que je risque de ne pas être en mesure de fournir l’effort requis pour l’obtenir. D’un seul élan, je réquisitionne le calendrier et les possibilités de préparation Marathon intensive. Il me resterait six semaines de préparation si je reprends l’entraînement lundi prochain, soit dix jours tout pile après la dernière séance de fractionné ou je me suis sentie en pleine forme. C’était jeudi dernier au stade Léo Lagrange de la Porte de Charenton, je suis arrivée après tout le monde pour me changer dans les vestiaires, mais j’ai couru avec une autre Isabelle, née le même jour que moi à une quasi décennie près au passage, et qui court au même rythme. Ou plutôt, qui me permet de trouver un rythme de course bien plus ambitieux que celui auquel je me cantonnerais en m’entraînant dans mon coin. Six semaines pour finir mon cinquième marathon sous les quatre heures et si possible loin, le plus loin possible des quatre heures.

Il fallait donc que je sois à deux doigts de mettre fin à la préparation du marathon de Palerme pour commencer à l’envisager sérieusement, cette même préparation à mon cinquième marathon, moi qui n’ai jamais brillé dans cette discipline. Qu’est-ce qui a changé, je ne saurais le dire, sinon que je me suis trouvée une passion dans le triathlon que je ne pratique pas non plus avec excellence mais dans laquelle discipline j’ai fait des progrès qui m’ont gratifiée, presque structurée à mesure que la saison avançait. J’ai participé à deux XS, deux S et deux M en améliorant mon temps et ma technique à la nage chaque fois, j’ai ressenti un bonheur inouï au moment de doubler dans la dernière discipline, la course à pied, j’ai pris un plaisir indicible à chevaucher mon premier vélo de course baptisé « Spring » sur les parcours sécurisés et solitaires des tracés vélos. J’ai trouvé un nouveau sens à mon amour de la solitude, j’ai puisé dans mes ressources l’énergie d’aller au bout des épreuves et de donner le meilleur de moi-même, là où je finissais invariablement par marcher à chaque marathon, toujours un peu plus tard certes, mais enfin j’avais rendez-vous avec le quasi abandonné à chaque fois. J’ai gagné un quart d’heure à chaque marathon mais en venant de loin, de très loin. Mon premier marathon, je l’ai couru avec une fracture encore non résorbée du bassin. Hors de question de courir le marathon de Palerme avec une fracture d’orteil mal remise. Je me suis imposée trois jours de repos avant la reprise de la natation, dix jours de repos avant le retour sur la piste. Jusqu’ici, je ne m’étais pas sentie concernée du tout ni par la préparation ni par le marathon, à présent que j’avais trouvé mon angle d’attaque je ne pouvais plus ne pas m’investir corps âme et orteil dans cet ambition projet de courir le plus beau marathon de toute ma vie. Au moment même où j’avais pris cette décision, je re vais le mail collectif de notre référent ès marathon pour nous donner les dernières informations concernant la pasta party, la participation au financement d’un bus sensé nous emmener jusqu’à la ligne de départ. J’ai dit oui à tout. Tout.

L #1

L comme long, le format de triathlon auquel je me suis inscrite, le Half prévu le 5 juillet 2020, je suis large. L comme large justement, prendre la tangente et m’éloigner un peu des groupes au moment où ils se reforment, à la rentrée, tandis que j’aspire à rependre l’entraînement seule ou à deux, sans la pression du nombre et cette frustration de ne pas y retrouver mes objectifs. Dix mois de préparation avec un hiver qui sera concentré sur la natation lorsque les routes seront trop gelées pour sortir le vélo et que les sorties au stade le matin seront compromises. Dans un premier temps, l’automne sera placé précisément sous le signe des sorties longues, puisque les douze semaines de préparation marathon doivent nous emmener vaillamment jusqu’à Palerme pour y courir les 42,195km le 17 novembre. J’ai perdu le groupe dès dimanche dernier, lors de la première sortie longue. Je ne sais pas pourquoi cela m’arrangeait, j’ai fini par traverser une passerelle au-dessus du canal de l’Ourcq, un peu après Bobigny, personne du groupe n’avait rebroussé chemin parmi les plus rapides partis en tête, personne ne m’avait rattrapée non plus depuis que j’avais distancé le gros de la troupe au tout départ. Enfin, le printemps signifiera, avec le retour des beaux jours, le moment de m’attaquer au principal enjeu dans un triathlon de format long, à savoir les 90km de vélo, une première pour laquelle il me manque tout un pan d’expérience non acquise, des réflexes et de la puissance. Dix mois de préparation en trois saisons pour me sentir prête le jour J, être capable surtout de prendre un plaisir fou à participer au Half Ironman des Sables d’Olonne. Dix mois d’intensité.

L comme love. J’aurais aimé courir avec la fée foulée mais elle vole trop vite pour moi. Elle, cela fait dix mois que je la raconte de long en large, depuis le premier échange en automne, cela fera un an pile le 17 novembre, jour du marathon de Palerme, étrange hasard de la vie. Depuis la soirée givrée du nouvel an jusqu’aux retrouvailles estivales à mon retour de Grèce, en passant par le séjour ensoleillé à Nice et le trail des deux baies en plein vent du Nord, la course de la Saint Valentin et les quelques nouvelles échanges au gré des occasions créées. Elle m’accompagne en pensée dans la préparation du marathon de Palerme, ce sera mon premier marathon avec la championne dont la réputation est parvenue à mes oreilles bien avant que mes yeux ne découvrent une photo d’elle, cheveux courts, changement de coupe. Elle n’est pas celle qui m’attendait sur une ligne d’arrivée pour me féliciter, mais c’est avec elle que je veux m’aligner pour prendre un nouveau départ à deux pour mieux grandir ensemble et éprouver l’horizon qui s’offre à nous droit devant à l’aune de nos rêves partagés. Je ne suis pas celle qui lui promettra de la rassurer mais qui veut l’aider à trouver sa sécurité intérieure, comme moi la première j’ai fini par trouver la mienne au fil des pages et du partage, à force de multiplier les foulées loin de la foule, trouver mon élan et ma respiration. Un jour viendra où notre histoire aura un commencement et se sera enrichies d’anecdotes, d’improbables points communs au détour d’une découverte au hasard de nos pérégrinations, nous aurons approfondi les premiers échanges et nourri nos affinités originelles comme on retourne une terre pour y semer les germes qui donneront les fruits du potager à cultiver. Ensemble, nous avons, par à-coups et à tâtons au tout début, marché vers une ligne de départ dont il nous fallait d’abord tracer le trait pour départager le présent de ce qui sera l’avant, et marquer ainsi ce que nous envisageons pour ce qui sera l’après, une fois trouvé la petite musique qui nous ressemble et que nous reconnaîtrons ici ou là-bas, maintenant et ailleurs. Tout reste à écrire.

Trois éternités #51

J’ai craqué. J’ai couru. Trois fois rien. A trois jours du marathon. Trois jours que je n’avais pas couru, aucune sortie matinale ni de séance de fractionné ou bien de côtes. Rien. J’avais l’impression d’avoir totalement rouillé et à force de sentir les articulations s’enkiloser. J’ai prétexté un bref rayon de soleil pour sortir short et maillot, mes baskets m’ont remerciée, qui pensaient déjà partir à la retraite, il fallait bien sûr les rassurer avant dimanche prochain. Après-après-demain, comme le temps passe vite alors que ces trois jours m’ont paru durer une vie entière, trois éternités à ne pas me demander au réveil si je cours plutôt le matin ou le soir, c’est comme si j’avais été blessée alors que je fais de la prévention pour que cela n’arrive pas. Curieusement mon corps ne semble pas vouloir me remercier pour cette récupération que je lui accorde, les mauvaises habitudes bataillent pour prendre le dessus. Allez, plus que 3 jours.

Trois éternités #50

Dernière sortie longue en mode reconnaissance de la fin du nouveau parcours du marathon puisque le trajet dans le bois de Boulogne en a été enfin modifié, et c’est tant mieux. Nous nous retrouvons au 27e kilomètre, c’est-à dire au niveau du pont de la Concorde, côté rive droite, à l’endroit où les coureurs pourront récupérer leur lièvre, juste avant le tunnel. Autant dire que cette partie du parcours n’est pas la plus drôle, les tunnels nous auront cassé les pattes et la route après la remontée des quais est toujours noire de monde, je n’ai jamais autant subi la chaleur qu’à cet endroit du marathon. Puis c’est l’exact inverse qui se produit vers le boulevard Exelmans, il ne se passe plus rien et plus un supporter n’est présent pour nous encourager, sinon un ou deux passants avec une poussette, l’envie redouble de marcher. Pour le coup, nous passons par le point le plus haut avec celui au plateau de Gravelle, mais cette fois du côté du bois de Boulogne, je note pour moi qu’à partir de ce point certes la course est loin d’être terminée, toujours est-il qu’il n’y a plus ni montée ni faux plat du tout. La sortie n’est pas longue en soit, à peine 15km, pour autant j’ai les jambes fatiguées et le souffle court, je me demande dans quel état je serai dimanche prochain au même endroit, l’excitation le jour J ne suffira certainement pas à me porter jusqu’à la ligne d’arrivée. Forcément je suis partie à jeun, je n’ai pas fait le plein encore de sucres lents, j’ai la semaine. Une semaine où j’ai intérêt à privilégier les lignes de crawl plutôt que les tours de piste, voire rien du tout et laisser ischios et genoux se reposer vraiment, je sens les zones bien endolories. L’année dernière, j’avais pris le départ du marathon pour ne courir qu’un semi, en préparation du marathon des Gay Games au mois d’août et sans savoir que je m’alignerai sur un autre marathon trois mois plus tard en novembre, c’était alors ma première course de l’année, j’étais fraîche et j’avais couru vite, trop vite, je n’avais aucun mental pour courir plus loin. Cette année, le marathon sera ma dixième course depuis le début de l’année, après quatre 10km, deux trails de 24km, un semi, un triathlon XS, une course de 8km. Bref, j’ai un club.

Trois éternités #49

Le marathon de Paris est dans 10 jours et je ne vais pas pouvoir éviter d’y penser après plusieurs semaines passées à progresser sur 10km, courir des trails puis m’initier au triathlon. J’ai toujours en tête l’abandon au 25e kilomètre en novembre dernier à Athènes parce que la douleur était trop vive et mon bassin pas replacé correctement encore suite au port des semelles, bien sûr je redoute un nouvel abandon ou le rappel soudain d’une blessure ancienne. Et bien sûr aussi je devrais me trouver un lièvre, une coureuse ou un coureur qui me motive sur les 15 derniers kilomètres pour m’inciter à ne pas marcher, continuer à courir malgré tout et quand la tête ne veut plus parce que le corps est en train de lâcher, juste après le passage des tunnels sur les quais, au moment d’entrer dans le labyrinthe sans fin du bois de Boulogne. Mais je n’ose demander cela à personne par peur de ne pas pouvoir suivre et devoir décevoir. Je retourne à la séance de fractionné long spécifique à la préparation marathon, l’entraînement s’effectue en parallèle à celui ciblé sur le trail, c’est l’occasion de s’encourager les uns les autres et j’effectue les 6x1000m en gardant mon rythme de 4,15km/h, à l’écoute des autres. Le changement d’heure fait son effet, le soleil est encore dans les gradins pour nous soutenir. Je n’avais pas pris autant de plaisir au fractionné long qu’en tout début de saison lors d’un entraînement PPG au bois de Vincennes où j’avais enchaîné entre deux minutes de gainage un cycle de 8×1000 avec quatre autres coureurs en mode cohésion et sur un rythme de 4,25km/h. En sortant du vestiaire, je récupère les coupes sans lesquelles j’étais repartie de la course pour l’égalité et du triathlon XS, je repars avec le sourire aussi parce que j’ai pu échanger avec la championne de trail toutes distances du club, une belle personne, adorable et si inspirante. Elle est la seule fille à la séance de trail, il n’y a pas d’autre fille que moi à la prépa marathon. Ce sera le dernier entraînement de fractionné long avant le départ, les dix prochains jours vont me permettre de relâcher la pression, avec une dernière sortie longue dimanche, ce sera tout. Je n’ai pas nagé de puis cinq jours, le club de natation que je viens de rejoindre m’a accordé la possibilité de tester les autres créneaux de mon niveau dans la semaine, c’est ce à quoi j’occuperai ma semaine prochaine, histoire de rester active tout en récupérant un maximum. La fatigue m’a gagnée progressivement depuis que le triathlon, comme une lame de fonds qui rend mes jambes lourdes et mes yeux creusés, j’ai l’impression de flotter dans mes vêtements et à la fois d’être au ralentie, immobilisée par des kilomètres de repos à rattraper sous le soleil. J’espère retrouver la forme non seulement pour le marathon mais surtout pour le stage de triathlon qui débute une semaine après, et qui me donnera enfin l’occasion de sortir mon vélo de course sur les routes de l’Ardèche et de me baigner en eau vive, un programme de folie. Pour l’instant, c’est la responsable du casting de La France a un Incroyable Talent qui me contacte parce qu’elle s’intéresse à la chorale, voilà encore autre chose. C’est la haute saison.

Trois éternités #47

Week-end 100% triathlon, nous y voici. Je commence dès le samedi par une course sous un soleil splendide, je fais le tour de mes trois stades sur 12km en 56mn, sortie agréable. Je me décide enfin à aller visiter ma cave pour y aménager un emplacement pour le vélo que je compte aller chercher dans la foulée, si j’ai la chance que le magasin l’ait encore en stock. C’est mon week-end de chance, nous repartons mon casque, mon vélo de course anthracite et moi-même par les grands boulevards, comme lorsque j’avais pris l’habitude de ne plus circuler qu’à vélo. Aucun changement depuis, je ne note pas davantage de piste cyclable. Qu’importe, je prends tout mon temps pour apprivoiser la selle et le guidon, je roule heureuse. Le temps d’installer dans la cave le nouvel occupant et je pars pour la séance de natation, avec une pause par le cinéma des quais pour y voir le très attendu « Boy erased », qui me secoue. Je n’en suis pas encore remise que je fais enfin la connaissance du fameux coach Julien, doux et souriant. Il m’observe nager et m’annonce que la situation n’est pas catastrophique comme prétendu, certaines choses sont à travailler certes, je reprends la nage plus motivée que jamais.

Trois éternités #46

J-5 avant mon premier triathlon. J’apprends à nager le crawl depuis un mois tout pile. Dans quelle catastrophe me suis-je engagée pour appréhender à ce point ce nouveau défi, même mon premier marathon ne m’avait pas inspiré autant de frayeurs et de doutes. J’ai peur. Je laisse passer deux jours avant de retourner courir après la sortie longue au parc de Sceau. Jamais je n’ai autant soigné la récupération que depuis les dernières inscriptions à des courses, parfois deux départs dans le même week-end, mon marathonien préféré m’assure que je suis en train de travailler le mental et gagner en confiance à multiplier les expériences sportives. Dernière séance sur piste dans le cadre de la préparation au triathlon, séance du mercredi, je sèche la chorale et je retrouve une camarade de bassin que j’ai croisé samedi à l’entraînement. Elle m’affirme ne pas avoir noté de problème particulier dans mon crawl et rit de mon récit. Quelle aubaine d’être tombée sur elle ce soir, je dédramatise d’un coup, tout reste possible et surtout le plaisir de participer à la première édition d’une épreuve qui se veut surtout ludique. Je viendrai au bout de 300m de nage, crawlée ou coulée, à la brasse ou sur le dos, respirons. La séance se poursuit, après le traditionnel tour du lac dans le bois de Vincennes, par un échauffement en règle avec déclinaison des gammes mené par une coach en bonnet à pompon. Nous partons pour un cycle de fractionné court sur 200m et 300m en mode sprint, j’étais partie pour marcher au moment de la récupération sur 100m mais je suis rattrapée par un petit groupe de filles plus motivées que moi et qui se met à trotter, je leur emboîte la foulée, je suis. Les sensations sont agréables, j’ai l’impression de décoller à chaque nouveau cycle de sprint et de garder du souffle et de l’énergie jusqu’au bout, je monte les genoux et me tiens droite, sans doute la récupération n’y est pas pour rien, en ralentissant j’ai pu courir plus vite ce soir.

Trois éternités #45

J-10 avant le triathlon XS et j’arrive au bout de mes dix séances de natation sans avoir l’impression d’avoir progressé sinon que je simule un crawl que je ne nageais pas avant cela. Tout le monde dans tous les bassins de natation du monde entier nage parfaitement le crawl. Je dois rattraper mon retard et pour ce faire, je décide d’adhérer au club de natation au sein duquel j’ai profité d’une initiation, je vais pouvoir raconter mon histoire au coach, ça va aller. Ma préférence va à la séance hebdomadaire du samedi dans la jolie petite piscine du XXe et que j’ai toujours voulu découvrir, au cœur de Belleville, à deux rues de mon Gestaltiste. J’arrive avec trois éternités d’avance, le bassin est déjà vidé en ce début de soirée, nous aurons la piscine pour nous tout seuls. J’entends parler du coach, Julien, mon sauveur donc. Quelle n’est pas ma surprise lorsqu’à la place dudit Julien je vois arriver à nouveau la même coach qui m’a remise à la planche, initié aux battements de jambes, aux mouvements de bras, je ne sais pas qui de nous deux est la plus étonnée, elle par mon obstination à sortir de mon sous-niveau ou moi parce que je n’ai aucune chance de raconter mon histoire, elle sait tout. J’apprends le crawl depuis trois semaines et je suis inscrite à un triathlon avec des champions. Cette fois, elle me demande mon prénom et insiste définitivement sur la respiration, si j’ai la chance de progresser un jour, au moins elle n’y sera pas pour rien. En attendant je ne tiens pas la première longueur sans suffoquer, comme au temps où je faisais des crises d’asthmes et que je devais sortir de la pièce pour calmer la panique générale qui m’avait envahie d’un coup. Sauf qu’ici, il m’est plutôt difficile de quitter le grand bassin pour retrouver mon calme et reprendre le crawl, je dois enchaîner, penser à ma position, à mon opposition, à ne pas penser. Je parviens à exécuter quelques longueurs sans interruption, sans savoir à quoi cela ressemble. De fait, j’arrive d’une extrémité du bassin à l’autre, entre les deux j’ai nagé en crawl, tenté de. Dimanche prochain, il faudra simplement prendre en compte le fait que le bassin fait le double de distance et qu’il faut tenir sur six longueurs dans un lieu noir de monde, ça va aller. Heureusement, il reste la course à pied et dès le lendemain j’ai ma revanche sur cette fameuse sortie au Parc de Sceau quelques temps avant le marathon d’Athènes, j’avais du interrompre la séance et rentrer en RER parce que la douleur sciatique était insupportable, le cauchemar. Cette fois-ci je surveille le genou qui a du mal à se remettre de mes cabrioles en sandales lors du trail dans la boue du lointain 91. Je me suspecte d’avoir surtout très peur d’avoir très mal. Malgré cet inconfort, la sortie se passe sans encombre, depuis la trotte sur la coulée verte entre le métro Chatillon jusqu’au parc de Sceau, en passant par les interminables tours du plan d’eau face au château toujours aussi esseulé depuis le concert de Madonna en 1987, pour finir par un retour en solitaire parce que la fatigue est présente, je n’ai plus la force d’accélérer. Lorsque je ne serai plus capable de courir du tout alors vraiment j’apprendrai à nager le crawl.

Trois éternités #40

Il est arrivé sans même que je m’aperçoive de l’échéance, le semi-marathon de Paris. J’avais bien noté que j’étais en déplacement en Angleterre la semaine précédente et que je n’aurais aucun moyen de m’entraîner sinon rapidement chaque matin, à l’occasion d’une petite sortie de cinq kilomètres dans le parc des magnifiques manoirs de la Cornouaille. Quel meilleur moyen pour découvrir une contrée que de la parcourir à pied, le regard aux aguets. J’avais en mémoire également un premier concert de la chorale la veille de la course et dont l’horaire ne me permettrait pas de participer à la pasta party avec les autres membres du club. Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir cinq fidèles coureurs du club venus m’écouter chanter, je me suis sentie revigorée, remplie d’énergie pour affronter la course sans préparation. Au moins j’avais été entraînée à courir sous la pluie pendant une semaine entière. Le ciel bleu a fini par se dégager alors que nous rejoignions les sas de départ après la photo de groupe prise sur fond de cathédrale au loin, le départ serait donné vers Austerlitz sur les quais. Comme par hasard, une notice m’avait rappelée que j’avais couru mon premier semi-marathon quatre ans auparavant, presque jours pour jour, le départ était alors donné au bois de Vincennes, j’avais marché au quatorzième kilomètre qui grimpait trop pour moi, 1h59mn58s. Près de 40000 coureurs sont attendus aujourd’hui, c’est énorme et l’organisation est ficelée. Nous partons avec deux minutes de retard seulement, le parcours est roulant quasiment jusqu’au bout, sinon une légère montée au neuvième kilomètre, aux abords de la Porte Dorée. Je me rends compte au sixième kilomètre que je suis toujours dans le peloton du meneur d’allure pour les coureurs visant 1h40, je le perds de vue régulièrement, puis il réapparaît devant moi au douzième kilomètre, je ne dois pas être si mal en point, mais ce vent. Ce vent ! J’attends le dénivelé négatif que l’on m’a promis au dix-septième kilomètre avec grande impatience, j’aimerais me laisser couler jusqu’à Bercy sans plus avoir à lutter contre les giboulées qui menacent ma motivation sur les hauteurs du plateau vers Charenton, continuer. Certains coureurs se sont mis à marcher, j’ai moi-même décéléré, tout mais pas marcher non. J’en suis au dix-septième kilomètre et la fin de la course me paraît interminable, j’aimerais arriver au kilomètre suivant pour me dire qu’il n’en reste plus que trois à effectuer pour retrouver la rumeur de la ville et les encouragements des gens qui redonnent un coup de fouet sur la dernière ligne. Je pense que j’ai une chance folle de courir sur un aussi beau parcours. Bientôt le paysage urbain se dessine plus précisément, au moment même de franchir les rames du tramway, comme au marathon de Paris lorsque je me dis que la direction est prise vers la ligne d’arrivée à nouveau après s’être éloignés trop longtemps et bien trop loin de la capitale. Je n’ai plus de jambes sur les deux derniers kilomètres, il fait un temps splendide et je profite, la ligne d’arrivée ne devrait plus être loin, la voici qui apparaît depuis le pont. 1h44mn41s.