Poèmes au basilic et à l’oreiller #76

suis-moi
fuis-moi 
sois toi 
mais parle-moi d’amour
fais l’enfant ou
ta moue boudeuse
crie comme l’oiseau
mais parle-moi d’amour
provoque mon ardeur
et tous mes sens en chœur
tiens flirte avec ma folie 
mais parle-moi d’amour j’ai besoin de tendresse
parle-moi des choses 
qui arrivent dans l’autre vie
parle-moi 
de ta vie l’amour n’a qu’une voix 
c’est la tienne et j’en ai toujours envie
de toi

Photo : Anna Magnani.

Poèmes au basilic et à l’oreiller #75

six lents ciels se divisent la part belle du soleil
et balaient la journée comme l’hémistiche mon vers
silencieux comme le nuage loin d’être aussi sage
le vent dicte ses pensées rythmiques et osées
pourquoi parler 
quand tout est dit 
dans le poème
jusqu’à la rime déclare pour moi sans l'énoncer
de la chair les assentiments 
du cœur la fleur

Photo : Milton Avery, "Yellow Sky", 1958.

Poèmes au basilic et à l’oreiller #74

au creux de ce rêve 
j’habite toutes les saisons
de résistance et d’abandon 
que tu voudras
ma peau se fait pelage parfois
rapproche-toi
je veux 
entendre dans ta voix ce chant d’automne
qui promet l’hirondelle demain et la cerise
d’hier 
au creux d’un même refrain tu chantes tout bas
et bientôt
tu t’en iras
le ciel ne retient pas l’oiseau
je dessine un nuage phare
tu m’y trouveras

Photo : Marc Chagall, « Les mariés de la Tour Eiffel », 1938.

Poèmes au basilic et à l’oreiller #73

par delà mes terminaisons nerveuses
j’existe
dans l’imparfait d’un futur passé 
composé
d’un dedans d’un dehors le froid
me fait si peur
la disparition aussi
je remue des muscles
enclavés jusqu’alors
par séances de sueur
je suis mon élan
le repos n’est pas permis
quand il m’emporte
même le doute ravale son égo
même refrain
quand je dévale les marches de tes mots
je compte
un moment de césure combien d’alexandrins

Photo : André Kertesz, "Daisy Bar, Montmartre, Paris", 1930.

Poèmes au basilic et à l’oreiller #72

son regard me fait le même effet mer
la vague
au glamour provoquant
qui te prend là où brûle
le feu qui l’attend elle l’attise il se répand
dans mon ventre océan balayé par la lame
d’un désir qui fait pâlir la pire des folies
est-ce vraiment ce regard
ou l’écho qu’il entrouvre
en moi
les yeux la voix sa moue la vague gronde je prends tout

Photo : Lauren Bacall, 1940.

Poèmes au basilic et à l’oreiller #71

le miroir de la mer me renvoie l’éphémère
la vague qui se retire je l’ai veillée cette nuit
et je connais par cœur l’horaire de la marée
mais pas ses sautes d’humeur ni son intimité
je reste sur la plage 
la lune 
regarde 
grisée
le vent balaie mes boucles 
j’ai des vagues plein les rêves
et une idée en fête partir la retrouver
la vie tient à un lien la vraie vie je veux dire
le reste mes rêves s’en foutent j’ai appris à nager
je suis la prochaine vague de la plus haute marée

Photo : Gustave Courbet, « La Vague », 1870.

Poèmes au basilic et à l’oreiller #70

je lis l’arabe dans le reflet de ce vieux fleuve
dont la sagesse réfléchit les corps virtuels
sans leur dire qu’aucun d’eux 
n’existe dans la vie
âmes célestes images nuageuses rêvent d’un ailleurs
où faire briller la perfection d’un monde meilleur
un idéal de beauté qu’on peut approcher
à la seule condition
de ne pas troubler l’eau
j’en ai vu des milliers plonger les poings fermés
comme si l’on pouvait rêver les yeux grand ouverts
ailleurs que dans la vraie vie entre ciel et terre
j’ai de grands espoirs d’eau
d’air vif et de sueur
à te regarder rire réagir te vexer
quand je sais car oui c’est bien moi que tu connais 

Photo : Brassaï, « Paris by night », 1933.

Poèmes au basilic et à l’oreiller #69

c’est encore très spécial personne d’autre ne doit lire
ce qui va suivre dans trois deux un mon amour
il est nous à la tombée de la poésie
il était mille fois nous
depuis la nuit des temps
les plus beaux secrets durent aussi le plus longtemps
il sera nous tant que dure l’amour en silence
il sera toujours nous
quand nous nous dirons tout
dans les draps de la pensée solitaire la nuit
sans que le matin n’empêche les mots les plus doux
sera-t-il encore temps
de l’envoyer voler
l’oiseau qui chante si fort quelle que soit la saison
le printemps n’a jamais été aussi près et
quand je lui parle de toi tout bas lui il sait

Photo : Pablo Picasso, « Le baiser », 1969.

Poèmes au basilic et à l’oreiller #68

dans les interstices du silence s’est glissé 
tout
de l’infiniment petit de chaque pas vers toi
jusqu’au souffle de vie de l’infiniment grand
ce qui se sait se tait comme le souhait que l’on fait
dans mon cœur ton regard rallume toute les bougies
et tu ne peux nier la magie de la flamme 
qu’aucune vague ni la marée n’ont altérée
jusqu’à ce jour qui pourrait être le premier 
ou
le dernier tant ce tout est à notre portée 
sois la première et la dernière d’un rêve voulu
comme l’une des plus belles histoires écrite et vécue
l’amour n’aura que faire 
de mon immodestie

Photo : Gaston Paris/Roger-Viollet, « Montmartre », 1940.

Poèmes au basilic et à l’oreiller #67

fontaine je n’ai pas bu de ton eau elle déborde
déjà 
et ne s’arrête plus de couler 
le temps
ne veut cesser d’y déverser tous ses possibles
c’est comme la promesse que rien ne s’arrêtera
jamais 
on dirait que je suis seule à y croire
toujours
alors que les touristes sont partis loin
ailleurs trouver autre chose à contempler
je reste là retenant l’océan en moi

Photo : Izis, « Place de la Concorde, Paris », 1958.