Le pain, la pomme et les poèmes #120

j’escarpe la vallée et m’inspire de la plaine
mon désir a parcouru le génie de ton paysage jusqu’à la folie
je n’ai plus le vertige depuis que le ciel est à tes pieds
il fallait avoir appris à nager pour s’élever dans tes intrépides profondeurs
sonder les galets leur trouver formes et couleurs
la terre a cessé de tourner
elle s'ébroue
avant de s’essayer aux limites d’une nouvelle voie lactée 

Le pain, la pomme et les poèmes #119

les nuages gris ont la dent longue qui ont mis la main sur le village
ils assiègent les humeurs moroses aucune messe ne résiste au tourment
les cloches ont beau sonner pour tous le vent a déjà semé le doute
il s’est infiltré plus fidèle que le plus bigot des villageois 
va valdinguer dans les ruelles comme à la recherche d’un courant
une âme sœur qui lui rendrait vie ce souffle vital
la liberté 

Le pain, la pomme et les poèmes #118

sur ton épaule qu’il m’empêche d’approcher 
souffle une rage qu’il peine à maitriser
tu sais le vent n’a jamais existé
c’est moi qui hurle
je crie
tu n’entends rien
à quoi sert la beauté dans le poème 
sinon tout détruire et recommencer 
comme la vague balaie le château de sable
pour inspirer plus grand le lendemain
tout n’a pas sa place non
je ne vois pas 
pourquoi ce vide en moi si tout est plein
on ne devrait écrire que sur l’absence 
ainsi
un jour 
tout ça
aurait un sens 

Le pain, la pomme et les poèmes #117

de Barbarie
le jour en j’en reviendrais
je rapporterais tous ces figuiers
ceux sur lesquels tu m’as fait grimper
pour te cueillir le fruit le plus mûr 
être sûre qu’il soit le plus sucré 

depuis le mât
tout en haut de mon arbre
devenu navire pour un été 
j’ai vu les terres les plus reculées 
paradis sauvages insoupçonnés
tu m’as parlé des navires pirates 

depuis ce jour
sur l’arbre je suis restée
perchée comme l’oiseau qui piaille en cage
tandis que les fruits sont tous tombés 
et le vent violent balaie ma branche
mais ne m’enlèvera pas la vue 

Le pain, la pomme et les poèmes #116

le jour s’est ouvert sur le pétale refermé 
son parfum unique m’a suivie toute la nuit
pourquoi donc la magie ne pourrait-elle durer
plus d’une saison
pour la vie 
l’éternité oui
dans les hauteurs son souvenir j’ai retrouvé 
nous avons ri marché 
nous nous sommes embrassées 
les hautes herbes ont même caché notre secret
à mon réveil le pétale s’était envolé

Le pain, la pomme et les poèmes #115

mes veines sont noires et gonflées 
pas en vain
elles drainent l’oxygène dont tu as besoin
mon sang tourne en boucle sur le même refrain
que n’ai-je plusieurs vies pour vivre tout

ma peau fouettée par le vent se détend 
quel étrange été cet étonnement 
aux mots tu insuffles
un sens incertain
que n’ai-je cet instinct de savoir tout

un génie viendrait me trouver
trois voeux
te faire rire le soir
jouir toute la nuit
te faire surtout rêver toute la vie
que n’ai-je un génie sous la main ici 

Le pain, la pomme et les poèmes #114

et lorsque j’aurais oublié jusqu’à ta voix
cette petite mélodie du cœur me reviendra
comme un ciel étoilé 
en plein jour extirpé
à la nuit des affaires communes du quotidien
je garderai pour moi le privilège immense
surprise inépuisable de ce plaisir pur
d’avoir échangé nos rimes la poitrine gonflée 
d’orgueil et de pudeur 
la joie au bord des larmes
je m’en vais par les sentiers cueillir tous les signes
semés dans mon rêve par le vent et la marée 
toutes ces infimes interstices dans le réel 
qu’aura laissé fiévreuse 
ton âme sur mon île 

Photo : Tripotamos.

Le pain, la pomme et les poèmes #112

en haut du village tout en haut
j’ai bu à la fontaine ton eau
comme s’il en coulait des mots
oui tes mots
pour abreuver ma soif et mon désir de te voir là
l’herbe était folle
elle m’a promis de devenir une rose le jour
où je reviendrai m’allonger

Le pain, la pomme et les poèmes #111

quand l’exode aura sonné tout à l’heure
je partirai en masse dans ce lointain 
où tu me préfères 
et j’emporterai
ma part de rêve au soleil malgré tout
le roulement des galets dans la vague
et tous ces cailloux qui m’ont inspirée
le cahier d’écriture qui a roulé
par tous les sentiers qui pouvaient mener
à un virage
une plongée
au silence
qui aura fait fuir nuages et rumeurs
et ton visage
je l’emporte en premier
partout où j’irai
il sera chez moi