Clignancourt #24

Retour à la case départ certes, mais avec des horizons vers lesquels le vélo et la nage permettent de diversifier l’élan et la motivation pour accompagner la course à pied. L’une de mes sensations préférées lors d’un triathlon, pourtant la transition n’est pas la plus facile, reste ce moment où je quitte le vélo pour m’élancer sur le parcours de course, les jambes sont lourdes et raides mais les poumons sont ouverts et le cœur au taquet, pour moi qui peine encore à gagner de la puissance et davantage de cadence en roulant, cette dernière transition vers l’effort ultime est libératrice, j’ai toujours mieux couru. J’avais même envisagé de battre mon record en 10km sur une distance de tri olympique. En attendant le retour à la compétition et après trois mois de convalescence et une nouvelle paire de semelles qui semblent faire ses preuves, la douleur au bassin et aux ischios qui apparaissait dès le premier kilomètre et venait à la fin quasiment m’empêcher de poursuivre au-delà de trois kilomètre, ce spectre à chacune de mes récentes sorties a disparu et je l’éprouve tout le long de la semaine à travers un confort retrouvé et inédit. Je retrouve un plaisir dans la course à pied que personne ne m’enlèvera plus, délivré de toute tension et libre de tout périmètre de sortie à respecter, je n’écoute plus que moi. Maintenant que je n’ai plus aucun prétexte pour me projeter en avant, loin de cette année 2020 dont je n’aurais pas soupçonné qu’elle nous rende dingue à ce point. On en parle ? Janvier. Au cœur de l’hiver, je cours deux 10K organisés dans deux quartiers différents. Je n’améliore aucun chrono, pourtant le fait de me rendre à vélo en traversant tout Paris pour me rendre sur la ligne de départ suffit à ma joie, c’est un dimanche sportif de fête. Février. Une seule course de prévue et non la moindre, la course de la Saint-Valentin, au cœur des Buttes Chaumont, et je cours en duo avec Clément, mais surtout je suis la référente Cupidon, je fais en sorte que les coureurs se rencontrent ici et s’entendent, là. Mars. J’apprends alors que je rentre chez moi la veille du semi-marathon de Paris que ce dernier est annulé à cause d’un virus dont tout le monde entend parler depuis un certain temps mais je ne prends la mesure de la gravité de la situation que ce jour-là. Avril. Le stage de triathlon est annulé, on s’accoutume au confinement sans comprendre vraiment ce qu’il se passe, la situation sanitaire touche le monde entier, c’est bien la première fois après avoir tant prôné la mondialisation qu’en en sent la concrétisation. Mai. Le printemps a éclos et il fait chaud, Paris est au meilleur de sa forme comme à chaque fois pendant la période, sauf qu’aucune sortie n’est autorisée, ni à pied ni deux roues, la plus stricte prudence est de mise, les compétitions s’annulent, mamma mia. Juin. Le Half Ironman des Sables d’Olonnes est reporté, en septembre ou l’année suivante, je n’ai pas roulé de l’année, rien n’est possible et je commence à désespéré. Mais ! Le 2 juin, les piscines ouvrent à nouveau. J’y suis le jour même, tous les suivants. Juillet. Je cours tous les jours, je nage dès que je le peux, je devrais rouler, je le sais. Fichtre ! Quel fichu virus qui nous empêche d’apprécier l’été. Je regrette le Grèce. Tellement, la baie et son ensoleillement, la bière après la nage, la sieste, le port, tout ça. Août. L’épidémie n’a jamais été aussi insupportable que pendant ce mois où d’ordinaire tout n’est que détente pour se remettre des tensions de l’année, cette année non pour la première fois le mois hors tension se transforme en une épreuve de tension pire que tout. Septembre. J’apprends en début de ce mois sans perspective qu’un de mes compétitions est maintenue, je n’ai aucun souvenir de m’être inscrite à un Super Sprint mais la nouvelle qui me parvient par mail me réjouit au plus au point et j’y participe, quelle joie. Octobre. Je suis handicapée, j’ai forcé pendant le super sprint, le lendemain d’une séance d’ostéo prise en urgence parce que je n’arrivais déjà plus à me lever de mon lit. Me voilà condamnée à ne plus ni courir ni rouler, je nage une dernière fois à 13 degrés. Novembre. Je ne cours plus, je n’ai plus l’autorisation de nager, il fait trop froid pour rouler, j’écris. J’écris plus que je n’ai jamais écrit avant et je reçois un soutien incommensurable. MERCI