L #18

J’inscris donc son prénom dans la distance L. L comme long, L comme love. Voyageons. L’escapade au pays des vikings a débuté par une première étape au Danemark, avec la nuit au Dragsholm Slot, un château datant de 800 ans et situé à une heure de route de Copenhague.

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Les marches du grand escalier central sont irrégulières, le plancher grince depuis le couloir et dans les chambres, les fantômes sillonnent à travers les portes et au-dessus de nos grands lits. Le chef « Klaus » mise tout sur la qualité du sol et la culture de légumes locaux, longtemps la terre a été irriguée ce qui la rend très fertile et nous en apprécions les produits dès l’apéritif.

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J’aimerais qu’elle soit pour trinquer avec son verre et déguster ensemble le vin local qui nous est proposé, je lui envoie la photo de la bouteille, j’aimerais me blottir contre elle devant le feu de cheminée qui nous réchauffe en plein cœur de la salle du bistrot, je veux lui insuffler la flamme qui m’anime depuis notre très récente rencontre, je n’y croyais pas, elle non plus. Pourtant je me sens d’emblée à l’aise en sa présence et je ne veux pas du tout qu’elle parte. Sauf que c’est moi qui pars le lendemain pour le Danemark, il me faut plier bagage à regret. Elle m’accompagne en pensées jusqu’à l’atterrissage à Copenhague, sur le trajet vers notre premier château, puis sur l’île de Sylt où je l’appelle la première fois le soir après le dîner. Puis j’écris son nom dans le sable et les choses s’accélèrent pour notre voyage mis en retard par la visite de l’île à laquelle je tenais comme si je l’avais trouvée ici, celle qui me plaît tant. Nous croisons la route d’un « Tree of Life » cher aux vikings, je sors de la voiture pour le toucher, pour qu’il me porte chance au moment où tout est neuf, tout est encore très sauvage, je m’enlace presque entièrement autour du large tronc de l’arbre ancien et j’envie sa sagesse. Le départ aux aurores du château vers l’île de Sylt ne m’a pas permis de courir ce matin-là, heureusement je découvre dans notre hôtel sur Sylt une piscine de 12m de long, je suis seule. J’en profite même pour faire un tour ensuite à la salle de sport, je suis encore trempée et je commence à transpirer sur le tapis de course où je m’exerce à courir sur la pointe des pieds. J’aimerais traverser l’Europe du Nord à Paris sur la pointe des pieds pour venir l’embrasser.

L #17

Sur la plage de Sylt, à l’extrémité Nord de l’Allemagne, au bord de la mer Baltique dont les vagues voulaient lécher mes pieds, j’ai écrit son nom, les quelques coquillages témoigneront.

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Nous sommes arrivés sur l’île par le ferry de 14h31, le ciel restait fermé et cela faisait deux jours que nous n’avions pas vu le soleil. Pourtant, il continuait de battre fort dans mon cœur. Lorsque nous sommes arrivés, mes deux collègues américains et moi-même, au Landhaus Stricker pour notre deuxième journée déjà d’escapade au pays des Vikings, nous sommes entrés par la porte du restaurant au lieu d’accéder directement par l’hôtel. C’est la femme du Chef qui nous a accueillis, ce fameux personnage dont nous n’avons ensuite cessé d’entendre parler jusqu’à notre rencontre avec lui le soi-même. Mais il fallait que sa réputation et son aura soient annoncés au préalable pour apprécier son talent, sa femme d’abord qui ne parle pas anglais et nous annonce que son époux souhaite nous honorer d’une visite de « son île » le lendemain matin – je ne lui en tiens pas rigueur, j’ai moi aussi « mon île » sur cette planète -, seulement la visite n’est pas incluse au programme et cela risque de chambouler nos plans.

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En attendant, Mr Bodendorf, toujours lui, nous a préparé quelque chose à grignoter, il a deviné que nous n’avions pas prévu de déjeuner sur la route, l’attention fait plaisir, nous acceptons tout avec bon cœur, la coupe de Champagne, les verrines, la visite de l’île le lendemain aussi. Je suis en Allemagne, retour à mes origines, jamais encore je ne suis montée autant au Nord. Sur la route, j’ai vu le nom de Greifswald s’afficher sur les panneaux directionnels, souvenirs. J’avais dix-huit ans et je suis partie en université d’été suivre des cours destinés aux germanophones à Greifswald, notamment pour découvrir l’ancienne Allemagne de l’Est. Andrea. La rencontre avec ma colocataire dans ces chambrées d’un autre temps, elle vient de Bulgarie, se destine également à enseigner l’allemand, une passion aussi pour les cornichons. Nos fous-rires, nos échanges jusqu’à pas d’heure, notre passion pour la langue allemande, notre curiosité pour la culture de l’autre, la découverte de l’altérité, cette attirance, l’inconnu. Je ne savais pas encore ce qu’il y avait à espérer, je ne connaissais pas ces possibilités libératrices de vivre l’attirance pour le même sexe, j’étais en deçà de la prise de conscience. Pour autant, j’ai incité mes parents à pousser notre route de vacances en Autriche jusqu’à Budapest pour poster la lettre que j’avais écrit à Andrea, je me rappelle l’émotion arrivée devant chez elle, au moment de laisser ma missive dans sa boîte aux lettres, en son absence. Quelle est cette folie qui me pousse à coucher par écrit mes sentiments et les envoyer à quelqu’un dont je ne sais pas, sinon une prime affinité, si cette personne ressent ça pour moi. Et quel est ce réflexe qui est le mien lors de la visite improvisée de l’île de Sylt d’écrire un prénom dans le sable et de l’envoyer à celle qui hante mon esprit, sinon lui déclarer les sentiments qui occupent mon cœur tandis que nous prenons du retard sur le programme prévu.

L #16

Comme par un étrange hasard, je vois le Half Ironman des Sables d’Olonne s’afficher comme un événement sur les réseaux sociaux au moment où j’allume mon téléphone alors que l’avion vient de se poser sur le tarmac trempé de Paris. Il fait gris, il fait froid, mais j’ai un horizon. J’ai conscience qu’il me faudra à la fin de la saison être capable d’enchaîner la distance courue hier après 1,9km de natation et surtout 90km de vélo. C’est aussi effrayant qu’excitant. En attendant, je vais récupérer de ce joli semi en nageant et en reprenant tout en douceur, comme lors du voyage en Toscane dont je garde un souvenir émouvant pour avoir su prendre soin de ne pas forcer en retrouvant des sensations, péniblement, pas après pas, et ça a payé. Les propositions de course ne manquent pas, je reste focalisée sur la préparation du triathlon L en juillet prochain, il me faut trouver deux ou trois autres triathlons dans les mois précédents pour progresser sur la distance, notamment en cyclisme, je vise Hourtin et Troyes, respectivement le Frenchman et le triathlon des Lacs, le premier fin mai et l’autre début juin. Encouragée par un ami du club, je m’inscris au triathlon des Lacs distance L, restons groupés. Pour le reste, les courbatures sont au rendez-vous, je n’avais pas couru de distance longue depuis longtemps et je le ressens. Je tente une première sortie le mardi, au ralenti, puis une nouvelle le jeudi, histoire de faire circuler le sang, évacuer les toxines, bref je fais du footing. J’ai à l’esprit le souvenir de la fracture de fatigue au bassin, que je me suis causée il y a cinq ans des suites d’un manque de récupération après avoir couru mon premier semi-marathon, je venais alors tout juste de me mettre à la course à pied. Je n’ai pas laissé à mon corps le temps de récupérer, il a fallut que j’aille m’entraîner pour la première fois, une séance de fractionné. Une année entière sans courir, une lance me transperçait le bassin à chaque pas, le cauchemar. Cette fois, hors de question de retourner à l’entraînement, je nage le midi et cours dans le soir. Après la chaleur du Sud et le charme de la Sicile, je mets le cap sur le Nord avec le Danemark pour découvrir une contrée que je ne connais pas, la terre des vikings ! J’en rêvais tellement. Affronter le froid pour profiter d’autant plus de la chaleur de l’accueil là-bas, briser la glace, rien que le nom des lieux me paraît givré, Dragsholm Slot et Falsled Kro. Puis l’Allemagne, plus précisément la région située au bord de l’Atlantique, avec l’île de Sylt, son côté sauvage. De quoi limiter les sorties matinales que je ne manquerai pas de tenter, malgré des températures sensiblement inférieures aux nôtres, moi qui freine des quatre fers face à l’approche de l’hiver, je vais revenir ici avec l’impression de me retrouver en plein été indien. Je continue à m’interroger sur le genre. A l’occasion du festival Chéries Chéris, j’assiste à la projection de courts Queer, la salle est jeune, joyeuse et fière de sa visibilité. Les films parlent d’Espace, du Chez-soi, de l’idée de se sentir Safe et de la guerre entre binaires et non binaires. Un verre à l’Ici bar, puis un autre au Bar Ouf…

On reste en contact ? OK. La. Vie. Est. Belle.