Clignancourt #26

Magie de Noël, la suite. En cherchant sur les forums une explication à l’apparition de cette lanterne orange sur le pavé tactile de mon clavier, je comprends que je l’ai désactivé, il me faut juste tapoter deux fois sur le signal voyant pour qu’il disparaisse. Sans doute l’effet du soulagement mais j’ai l’impression d’avoir une baguette magique. Si seulement cette baguette pouvait également m’aider à télécharger les vidéos trop lourdes de courses connectées pour que je roule de manière plus ludique, mais aucun de mes supports existants ne supportent ni la taille du logiciel et le cas échéant, les vidéos. Deux jours plus tard, je fais mes achats de Noël à la dernière minute et j’entre dans une grande enseigne de vêtements dans laquelle je m’étais promis de ne plus entrer pour favoriser les friperies locales, encore fermées à cette heure matinale où je suis la première cliente et je me vois acceptée une carte de fidélité qui ne me servira à rien. C’est ainsi qu’au moment de payer, je range la carte avec toutes les autres cartes inutiles et je tombe sur celle qui m’avait été offerte en récompense à un podium il y a deux ans, un super sprint où j’avais finis deuxième, pas de restriction à l’époque, ni de masque… pas de home-trainer non plus, l’abonnement ne pouvait pas me servir à grand-chose. Illico presto, je rentre entrer le code magique à gratter sur la carte pour activer cet abonnement magique, non seulement j’ai accès aux vidéos, mais surtout l’appli charge. Enfin la compatibilité attendue entre mon vélo connecté et mes supports de connexion. Peut-être qu’il s’agit d’une simple anecdote dont l’enjeu n’a aucun intérêt mais ce sentiment d’avoir cherché dans tous les sens et surtout continué à chercher alors que cela n’avait plus aucun sens du tout de s’acharner pour si peu, et d’avoir enfin trouvé. Peut-être les plus beaux cadeaux sont-ils ceux que l’on se fait à soi-même, à force de persévérer dans l’effort ou l’espoir, la foi dans quelque chose qui nous dépasse un jour.

Genre #3.1.2

Mes envies de vie sont-elles le reflet de qui je suis, une fois que je n’envie personne d’autre. Je me laisse inspirer et laisse tomber ce qui ne me parle pas et ne demande pas à être retenu, à partir du moment où l’on parle d’envie et de ce qui tient à cœur et au corps, c’est pur plaisir. D’autres pourront à l’aune de leur autorité me conseiller sur mes besoins si je n’y suis pas, mais là il ne s’agit pas de cela, au contraire je peux être attirée par une figure de liberté sur le fil de la transgression en tout genre ou encore par la plus impertinente de toutes les plumes. Tout ce que je ne suis pas me donne envie d’affirmer qui je suis moi quand je me sens en vie. J’aime rencontrer la dépendance de l’autre pour l’occasion qu’elle me donne d’échanger sur ma propre addiction à l’intensité, rien ne vaut de vivre une expérience si elle n’est pas déroulée sur tapis rouge avec un dj aux manettes de mes émotions, et déjà je me sens moins dépendante maintenant que j’ai pris conscience de ce qui me plaît surtout, exprimer l’émotion. Je rencontre une randonneuse, puis une deuxième ; la première me fait découvrir mon île telle que je ne la connaissais pas, c’est- à dire dans son cœur et non plus du bout de la jetée, à travers ses sentiers escarpés où ne vont plus que les chèvres et j’aime sortir des sentiers battus, la deuxième ne me ramène pas non plus dans le droit chemin puisque je découvre à quel point j’aime me perme chemin faisant et ne trouver plus d’autre repère que celui du plaisir d’être là. Une autre fois, autre rencontre, je réalise avoir envie de chanter dans une chorale non pas pour donner de la voix ou apprendre la justesse, mais pour entendre la voix des autres résonner en moi au point qu’il m’arrive de faire mine de suivre la partition tandis que j’épie mes voisines. Je vis donc selon le principe du plaisir dans ce qu’il a de plus intime et inutile, pour le plaisir. Pas pour faire plaisir ou rendre mes besoins plus innocents en les masquant sous couvert de satisfaction, mais parce qu’il n’y a pas plus essentiel et personnel que de se trouver entre soi. Personne d’autre que moi ne peut prendre autant de plaisir que moi dans ces petits riens qui ont un sens immense lorsque ma vie tourne autour de ces instants brefs comme une éclaircie, et tout autre que moi n’y comprendrait rien à ce qui pourrait apparaître comme mon ivresse. Mon envie de courser les passants dans la rue, de les rattraper et les contrôler positif au stress, cet amour parisien pour la vie piétonne et son incessante exaltation, je le nourris non pas de mon admiration pour la métropole mais de ma tendresse pour la multitude de villages que je découvre au fil des balades plutôt rive droite, plutôt quai de Seine, plutôt au Nord, aux portes. Je me sens l’âme villageoise à vivre dans un Paris que j’ai modelé selon mes envies de lignes droites ou de parcours sinueux, de perte de tout repère ou de rencontres tout sauf hasardeuses, de course poursuite à l’assaut d’un horizon parfois si rose qu’on voudrait y tremper un doigt pour saupoudrer la ville entière d’un parfum d’insouciance et de légèreté au-dessus du trafic. La circulation s’accélère, les feux de signalisation dégénèrent, et mon en-vie m’emporte, loin.