Genre #1.2.3

A quoi tient alors mon côté masculin sinon dans l’image que les gens ont de moi lorsqu’ils m’abordent comme un homme, dans la rue ou au téléphone, une erreur ou bien mieux que ça ? Lorsque ces gens qui ne me connaissent pas m’interpellent par un « Monsieur » et que je réponds « oui » parce que je me reconnais comme la personne que l’on sollicite à cet instant, est-ce moi qui fais un faux pas et sème la confusion ou eux qui se trompent sur mon compte ? Ni l’un ni l’autre, mon capitaine, je suis celui pour qui ils me prennent avant qu’ils ne reconnaissent celle que je suis également, si tant est qu’ils reviennent sur leur position, certains se gardent bien de le faire une fois que j’ai répondu par l’affirmative et ne se posent plus aucune question, le match se fait entre l’image qu’ils ont de moi et ce que je leur montre. La vraie question, c’est peut-être de savoir pourquoi j’ai envie de montrer un côté plus masculin alors que le féminin est sensé l’emporter chez une femme pour la mettre en valeur, parce qu’elle correspond aux clichés sur la femme qui rassurent sur la sacro-sainte féminité, sauf que je ne suis pas à l’aise avec les clichés et encore moins avec l’idée de convenir à ce que je ne ressens pas comme quelque chose de naturel, qui serait imposé par un autre que moi. Le masculin se révèle alors comme la liberté qui me permet de devenir qui j’ai choisi d’être, cet autre en moi qui ne désire rien d’autre que d’exprimer une autre facette de mon caractère là où le féminin m’est imposé sans distinction aucune par l’extérieur et m’enferme, m’aliène. Au-delà de mon physique androgyne, le masculin est ma décision et devient ce qu’à mon tour j’impose aux autres, ma manière d’être au monde parmi d’autres tendances, un réel révélateur. Peut-être n’aurais-je jamais accédé à ma féminité sans la puissance de ce révélateur masculin.

Genre #2.2.2

A quoi tient ta féminité ? Longtemps, avouons-le, c’est resté le mot tabou, la féminité, l’insulte presque, comme une faiblesse là où tu cherches au contraire plutôt ta force intérieure. La force de la féminité, tu l’as découverte chez les autres et ton regard a changé sur la grâce, le charme et l’intelligence, l’envie de plaire et aussi la liberté de déplaire sur un coup de tête, l’impertinence et cette indépendance si durement méritée, si furieusement crachée à leur face. Elle t’a inspiré, la féminité de celles qui en ont fait quelque chose de plus puissant que la force physique et de plus désarmant qu’un argument de paix, un irrésistible et vital élan de liberté, et tu as cherché dans leur sillon ta propre voie pour te défaire toi-même de tout ce vide en toi, depuis la structure fragile jusqu’aux présupposés et autres jugements plaqués sans réflexion. C’est connu, rien ne se perd rien ne se crée tout se transforme, tu es partie de cette supposée fragilité pour la combiner avec ton enthousiasme et gagner en assurance, ressentir quelque chose d’enfoui jusqu’ici, un sentiment de fierté et d’appartenance, la fragilité s’est muée en réserve, attisée par ta curiosité pour d’autres expérience d’existence en devenir que la tienne, enfin certaines affinités avec de fortes personnalités ont illuminé ton chemin et l’ont étoilé. Alors tu as voulu être aussi forte, à ta manière, assumer cette féminité qui se porte fièrement comme on montre ses blessures de guerre ou qu’on fait entendre sa voix pour la première fois, lorsqu’on sait que la route est longue, que d’autres avant l’ont empruntée et sont toujours là.

Genre #3.2.2

A quoi tient ma féminité ? C’est vraiment à se couper les cheveux en quatre pour y répondre. Tant que j’ai de quoi défriser la chronique ou surtout pas et rassurer la galanterie, tout va bien. J’aurais dû rassurer sur ma féminité et je ne l’ai pas fait, je n’ai pas cru nécessaire de la faire et je crois ressentir de moins en moins le besoin de le faire, pour autant je me rassure aussi. Sinon pourquoi avoir commandé des nouvelles chaussures et un pantalon plus près du corps, commandé un nouvel attirail de maquillage, moi qui avait oublié jusqu’au mot « mascara » que j’ai dû au préalable aller récupérer à l’aide d’une périphrase dans un moteur de recherche. J’ai même déterré la boîte à bijoux cachée depuis des années dans un placard inaccessible et ce sont des dizaines de pendentifs qui m’ont été offerts à nouveau lors de cette découverte, jamais je n’aurais cru être aussi gâtée en une seule soirée sans avoir lancé aucune invitation, sinon justement celle d’une démarche inédite, mais laquelle, créer un nouveau mieux-être ? S’agit-il réellement de féminité ou de personnalité, dans ce cas à quoi tient ma personnalité ? Les cheveux tondus chez une femme attirent le regard mais pas pour les mêmes raisons que pour un homme, pas pour admirer les traits du visage distincts ou bien la mâchoire qui ressort, au contraire la première réaction sera la surprise, pour ne pas dire l’étonnement et la crainte, parce que la chevelure est un attribut féminin des plus visibles, on prend soin de sa chevelure, on vient aussi remettre en place une mèche par coquetterie au beau milieu d’une conversation. Alors un crâne rasé, à côté. Et pourtant la beauté d’un crâne, et celle des traits du visage qui ressortent d’autant mieux, comme le regard mis en évidence et qui dit oui, j’ai choisi de raser. Je regarde des photos de femmes les cheveux ultra courts, maquillées, je les trouve sublimes, plus belles que si la coupe était moins courte, plus standard, peut-être moins singulière ? Personnellement, je me reconnais dans le visage que je vois, les traits émaciés mis en valeur par une coupe de buddha car je m’identifie à cette personnalité dure au crâne de poussin, comme un mélange de pudeur derrière un puissant élan vers tous ceux qui me transportent. J’essaie donc les Doc Martens serties de roses, de roses ? Oui, de roses. J’essaie un nouveau moi sertie de roses, et pourquoi pas. J’enfile un accessoire, puis un autre, ce n’est pas ridicule, voire j’y trouve du plaisir, pourquoi je n’y avais pas pensé plus tôt d’ailleurs, cela fait des années maintenant que je marche en baskets et que je prends le premier pull en haut de la pile. Enfin, je m’essaie au maquillage, ce n’est pas comme si je ne m’étais pas maquillée de la vie, simplement c’était dans une autre vie alors j’en mets plein partout en clignant de l’œil, bravo. Je m’y reprends à plusieurs fois, j’y reviens encore et encore, j’en enlève et j’en remets une couche, un peu comme lorsque je rédige un texte et que je corrige en avançant prudemment, en me reculant face au miroir je constate le résultat, cela ne me déplaît pas, ah ça change oui. C’est toujours moi, avec ce petit plus qui me plaît et qui chercherait à plaire sans trop en faire.

Genre #3.2.1

Et lorsque je rentre essoufflée et satisfaite, je me sens vidée et prête à construire quelque chose de différent sur cette nouvelle base épurée, comme une case départ dont je ne sais pas encore qu’elle deviendra une obsession à chaque étape, après chaque coup, chaque blessure. L’épuisement devient le seuil d’une possibilité d’éveil à autre chose, forcément plus beau, d’abord il faut en finir avec la grande fatigue, aller au bout de cette lassitude à rester la même, pour ensuite pouvoir appréhender les distances à parcourir et évaluer les forces nécessaires. Toutes les longueurs sont à revoir, les formes dans leurs acceptions les plus larges et banales, à commencer par la coupe de cheveux pour les tirer en arrière et voir les traits du visage se creuser jour après jour, il ne me vient pas à l’idée à ce moment encore de les couper court, d’abord je veux les tenir attachés pour faire apparaître une identité derrière cette chevelure, comme si j’étais l’arbre à découvrir derrière la confuse forêt que je n’aurais pas oser pénétrer. Ensuite, je mesure tous les jours combien mon vieux jogging du temps de mon adolescence ne me va plus, il flotte un peu plus à chaque nouvelle sortie, peut-être finirais-je par le perdre tout entier et ainsi retarder le plus possible mon entrée dans le monde adulte puisque je ne sais pas encore sous quelle identité je dois l’appréhender ni à travers quelle apparence me présenter pour trouver ma place dans un monde dont j’envisage les catégories avec méfiance.

Genre #2.2.1

Tu n’as jamais vu tes faiblesses comme un trait féminin, tu as une faiblesse pour le masculin en toi qui ne te pousse pas vers une force démesurée, plutôt une certaine tendance à la mesure, oui comme une articulation qui te permettrait d’appréhender ton penchant pour les extrêmes. C’est ton masculin à toi, lié à ton côté féminin, et tous deux te nourrissent plus que tout cliché. Ta force nait des vases communicants incessants entre le masculin et le féminin à tout propos, et tu te plais à imaginer un monde où il en serait ainsi en chacun, entre les gens, naturellement. Pourquoi le genre devrait-il composer une identité plutôt que l’ouverture à soi. A tout son soi. Depuis la connaissance intime de ses faiblesses, l’acceptation de celles en face, l’admiration de cette connaissance peut-être davantage que celle pour la force qui divise tout. Tu mises sur ton souffle, tu t’entraînes à l’endurance pour gagner en profondeur, pour tenir, parce que la vie t’a appris à éprouver certains épisodes d’asphyxie, apprendre à respirer donc. Bien sûr le masculin voudrait te pousser à gagner en coffre et te faire entendre, hurler plus fort et tu es tentée parce que la satisfaction est immédiate, tu aimerais en imposer là tout de suite. Mais patience, l’ouverture à soi est une formation qui prend du temps, tout le temps de la vie, tu es ton pire ennemi dans la lutte mais aussi ton meilleur allié dans la victoire qui t’appartient et tu la partages car elle concerne tous ceux qui avec toi forment la grande chorale de la Vie.

Genre #1.2.1

Le masculin défonce la norme rassurante, il s’impose et pousse le féminin à fuir mais pas trop loin parce que sans elle, il n’existe pas non plus, elle apprend à composer avec ce double élan. Le féminin tente une approche subtile et à force d’observer encore et rester toujours en retrait, la manœuvre échoue et tous les plans de séduction s’effondrent par manque de confiance, forcément le masculin s’en mêle et attise la colère, elle sent souffler fort un vent de rébellion. Et puis le masculin suggère au féminin de s’affirmer un peu plus en s’inspirant de sa virilité, la moue faisant elle se fait couper les cheveux plus court, à la garçonne comme on dit si bien, et les traits de son visage s’en trouvent plus dessinés, elle pourrait presque se prendre à les contourner d’un rien de maquillage, une touche de féminité à la Jeanne Moreau dans Nikita. Elle allonge le pas et le féminin invite le masculin à adoucir sa marche militaire en cadence, au rythme des regards lancés ici et là, à l’affût d’une nouvelle image qu’elle voudrait inspirer, un regard plus ferme et moins fuyant, une démarche plus assurée, des gestes moins évasifs parce qu’il n’y aurait plus d’hésitation entre deux bords mais une harmonie improvisée entre sa brutale envie d’exploser à tout instant et cette sempiternelle tendance à devoir disparaître. Alors elle tâtonne et teste les pistes qui la mène d’une extrémité de sa personnalité à l’autre, un Grand Huit depuis les profondeurs de la mélancolie auquel le masculin refuse de se laisser aller jusqu’à la superficialité d’une crânerie qui ferait honte au féminin si elle ne commençait à bien connaître en elle cet autre qui remet en cause l’intention véritable de ses propres élans. Je suis féminin moi aussi, dit le masculin en bombant la poitrine, et le féminin part d’un éclat de rire tonitruant, je suis masculin moi aussi, dit le féminin en lui claquant l’épaule avec force. Et elle repart d’un pas leste, fière de pouvoir porter sa faiblesse et ses doutes en bandoulière.

Genre #3.1.3

Une envie, celle de connaître mon désir pour découvrir ce que j’aime, savoir ainsi qui je suis. Qui je suis, ce que j’aime et après quoi je cours tout ce temps où je n’aime pas ce que je suis, c’est ce que je découvre à vingt ans dans la course à pied sans même l’avoir décidé vraiment. Un soir, j’enfile un jogging et une paire de baskets usées pour aller faire le tour de la Marne par le pont de Bry jusqu’à Neuilly-Plaisance puis retour au Perreux-sur-Marne, c’était ça où je finissais suffoquée devant une copie dont je n’arrive pas à noircir la page, crise de panique. Ma première crise de panique du jour au lendemain, ce que je suis je n’aime pas parce que je suis incapable de m’identifier à tout ce qu’on veut que je sois et je ne suis rien d’autre que ça, à croire que je n’ai aucune idée de ce que je veux devenir, une coquille vide, la page blanche, pire même, aucun retour envisageable vers ce qu’on attendait de moi, je rejette tout en bloc. Me voici donc face à du vide à remplir, un néant dont la bouche béante s’ouvre face à moi dans toute son immonde largeur, moi qui suis incapable de la moindre réaction sinon de trembler de tout mon corps, mon cœur s’est désagrégé sur place, l’air ne parvient pas à mes poumons, je ne sais plus comment respirer, pire encore car au seuil de ma nouvelle vie le pire est à venir, le pire est avenir, je ne sais pas que le vide ne se remplit pas, qu’il faut le traverser. J’écoute Queen, tous les titres de l’album dans le même ordre tous les soirs, je ne suis pas au même repère géographique pour chacun des titres, sortie après sortie, j’ai beau emprunter le même parcours jamais le chemin n’est le même, l’état d’esprit non plus je constate cela aussi.

Genre #2.1.3

Ton travail consiste à avancer dans tes propres pas plutôt que de suivre tous ceux de ces autres personnes qui s’avancent vers toi, et tu avances – quand bien même tu avancerais à petits pas. Et quand bien même tu ne connais pas encore cette personne que tu es sensée reconnaître dans le miroir, tu aimerais bien passer de l’autre côté comme Alice et créer ton monde imaginaire, tu préfèrerais fuir cette réalité qui ne te correspond pas plutôt que de la changer à ton image. Pourtant tu avances, de la résistance foncière à toute assistance ou compromis à la réalité, bientôt tu te laisses aller à une curiosité pour les sentiments qui t’ouvrent à un extérieur autre, tout cela prend du temps et de l’énergie, parfois tu désespères et tu restes sur le fil du rasoir, bref le lapin blanc n’est jamais loin qui agite sa montre en prétexte à la fuite face à la raison, tu ne restes pas insensible à la folie douce de l’attirance et des affinités qui t’ouvrent à la vie. Ton attirance te porte vers le féminin et tes affinités plutôt vers le masculin, c’était toujours ainsi et tu le savais quelque part mais à présent, tu en prends conscience comme une évidence. Au lieu d’éviter la confusion de genre, tu la provoques sans que ce ne soit l’intention, simplement tu as pris l’habitude de ne pas savoir respecter les codes ni répondre aux attentes, depuis toujours aussi, la gêne qui surprend celle ou celui qui t’appelle Monsieur concerne cette personne et non plus toi, tout au plus tu t’amuses de l’intrigue qui se lit sur son visage. Ce qui t’importe est moins de te justifier que d’explorer l’attirance des contraires d’un côté, les affinités électives et autres étranges ressemblances de l’autre, tu te réconcilies avec la vie.

Genre #1.1.3

L’autorité a sur elle l’effet d’un pouvoir attractif en même temps qu’une réaction de répulsion, elle cherche chez l’autre un point de repère par rapport auquel se positionner, s’éloigner et se rapprocher, et par-dessus tout elle cherche à défier tout ce qui pourrait l’enfermer en ce point. L’autre a autorité sur elle et l’incite à se dévoiler pour prétendre à une place en ce bas-monde, et ce faisant tous les prétextes sont très vite trouvés pour rester critique et sur la réserve parce qu’il semble impossible d’avancer vers soi tout en restant dans l’ombre d’une entité adverse. Alors elle se rapproche puis s’éloigne, elle prend ses distances pour mieux observer et se rassurer sur ce monde si étrange et qui lui ressemble tellement, elle se dévoile et s’y attache. Elle est cet autre qui l’inquiète, la fascine et l’attire tout à la fois, elle est ce besoin d’amour qui désire le rapprochement et cet élan vital de liberté qui la pousse à s’éloigner pour respirer. Mais il est là en elle, ce masculin qui revient à la charge tandis que le féminin veut dissimuler.

Genre #2.1.2

Tu inventes, tu réinventes tout, tu répètes et tu t’entraînes à tout répéter, tu récites encore. Comment tu as révélé tes sentiments dans ta première lettre de dix pages avant de te dévoiler davantage dans tes cent pages et prendre l’habitude d’une écriture à travers laquelle tu vois ton reflet se dessiner à travers le choix des mots, l’intention que tu y mets, ton désir d’être lue. Un peu comme dans une thérapie individuelle où tu ressasses les mêmes sujets en modulant le récit et les portes d’entrée jusqu’à trouver les bonnes questions, l’art de dire les mêmes choses mais autrement pour mieux en prendre conscience à travers un nouvel éclairage, une intuition. Tu commences par retranscrire l’histoire des autres avant d’écrire la tienne et t’inventer toi. L’habitude de te mettre à table et coucher les autres par écrit est ton nouvel équilibre vital, tout peut encore arriver de pire dans la journée pourvu qu’il te reste ce moment de vérité centré autour de la feuille quitte à n’y rien inscrire pendant des heures et t’apaiser de sa blancheur comme une ressource prometteuse face aux cacophonies insensées et irrespirables. Au moment où tu passes de l’écrit à l’oral, tu n’as plus le droit de parler des autres, il s’agit de toi et de ton ressenti, dans ton rapport aux autres certes mais ne cherche surtout pas à te défiler parce qu’il faut apprendre à parler pour soi, assumer sa position et non pas celle des autres. Passer à l’oral provoque de la résistance chez toi, rien n’est moins évident que de se raconter sans réfléchir, se dévoiler sans aucun filet face à un interlocuteur et bientôt un groupe entier, cela s’appelle lâcher-prise et il te faut non plus des heures mais des mois pour y parvenir. Justement à l’occasion d’un travail d’écriture en groupe où l’exercice consiste à lire sa phrase devant tout le monde, forcément tu penses au jugement, serais-tu toi-même dans le jugement, qui plus est à l’occasion d’une activité que tu avais faite tienne, dans laquelle tu te recentrais. Alors tu as pris la feuille, le stylo, et d’un coup d’un seul tu as écrit sans plus réfléchir à rien. Ton premier lâcher-prise, t’explique-t-on au moment où tu as lu ta phrase et raconté cette expérience qui t’a fait du bien sans même que tu en saisisses l’enjeu, ce sentiment de fierté. Au sein de la chorale, tu retrouves les avantages et inconvénients du groupe, tu composes avec les autres en faisant entendre ta voix, et celle-ci est tellement plus intéressante encore une fois si elle se mélange aux autres, tu fais partie d’un pupitre, les pupitres forment un tout. L’harmonie que tu cherchais en toi, vers laquelle tu tends tous les jours, tu l’entends dans un chant, à travers à un accord même et parfois surtout lorsque les notes frottent, tu frissonnes. Les répétitions puis le concert, tu apprends la répétition, sept fois le même passage en boucle. La perfection n’existe pas, autre lâcher-prise, mais rien ne t’empêche de tendre vers elle. Lorsque tu t’entraînes, cette tendance s’accentue jusqu’au risque de se blesser, nouveau défi, ne pas risquer de se blesser sinon la possibilité même de courir la course du siècle s’évanouit. Encore et toujours, tu éprouves tes limites et tu t’inventes, seule mais plus tout à fait non plus.