Direction Etoile #13

On devrait toujours se méfier de l’imprévisible mois d’avril tellement coincé entre le mois de mars tant attendu et celui si guilleret de mai qu’il nous joue des tours hivernaux. Le froid me surprend au point que le seul moment où je sois capable de me détendre entièrement reste la séance de natation le midi alors que je n’ai pas bougé de la matinée, enchaînée à mon bureau sans autre issue que ce moment où, au bout de trois longueurs, j’ai la sensation de me délecter dans le bain de Cléopâtre, un tiers d’eau deux tiers de lait, c’est presque comme une sensation de glisse qui pourrait durer des heures, bonheur. Et ça tombe bien puisqu’un nouveau défi top motivation m’est proposé cette semaine, après celui d’accomplir un triathlon distance L en sept jours et cet autre de la semaine passée qui consistait à aligner un triathlon S en moins de trois jours, je dois à partir de jeudi venir à bout de la distance M dite olympique et je décide de le faire en une journée. Je m’accorde même une grasse matinée pour être en forme jusqu’au soir, en démarrant le challenge par les 1500m de natation le midi en une grosse demi-heure de plaisir lacté. Pourquoi ai-je la sensation que cette journée est spéciale, je ne saurais le dire vraiment, à l’autre bout de la France une arboricultrice rencontre ses deux prétendantes finalistes, les paris vont bon train entre nous autres recalées pour deviner ce qu’il se passe là-bas. Ici et maintenant, il me reste à courir un 10km et rouler un tracé de 40km, concentration. Tout d’abord, la lumière à 17h est sublime, ensuite mon oreillette a décidé de marcher, un miracle alors que j’étais en train de la jeter, je vais pouvoir avoir de la musique et surtout entendre passer d’un coup cette chanson dont je ne retrouvais plus le titre, enfin j’ai couru un jour sur deux cette semaine, j’en ai sous la semelle et ça fait un bien fou. Lorsque je parviens au parc Martin Luther King, qui est devenu mon nouveau repère, je suis inondée de soleil et de sueur, de messages aussi, je me sens portée comme jamais, mon esprit est serein, comme purifié des derniers doutes larvés par un hiver trop long. En bouclant ma boucle, je me dis que jamais je ne parviendrai à me hisser sur un vélo pour parcourir 40km de distance, y compris sur un home-trainer et devant un bon film, pourtant la transition devrait être bien moins compliquée dans cet ordre-là, pas le choix. Un kilomètre après un autre, j’avance progressivement sans remarquer que je m’installe dans un rythme toujours plus rapide à chaque quart d’heure qui passe, le tracé a été imposé pour ce défi, il s’agit de celui de l’Ironman 70.3 Gulf Coast avec un record en 51mn49, il me faudra bien plus de cinq quarts d’heure successifs pour en venir à bout. Mon t-shirt est entièrement trempé et me colle à la peau, je ne peux plus éponger mon front sans m’inonder encore plus mais la satisfaction est énorme, j’ai réussi mon pari. La semaine prochaine, les résultats seront donnés et je pourrai me situer parmi d’autres.