L #32

23’45’’ les deux boucles de ce chaotique parcours de 5km dans les Buttes Chaumont, mais quelle ambiance et quel bonheur d’entendre mon nom scandé au micro devant le Rosa Bonheur à l’issue de la première boucle et à l’arrivée par un Poney déchainé, la course de la Saint Valentin est résolument l’événement sportif le plus festif de la saison et je me suis régalée à encourager mes camarades qui avaient pris le départ du 10km le plus tordu de Paris. J’avais profité de la douceur printanière pour parcourir à pied la distance de 3km jusqu’au gymnase proche du parc, en mode échauffement, et la traversée du canal sous un ciel souriant m’avait provoqué un frisson de joie. Le retour autour de midi fut moins fluide avec le monde, une manière de travailler la reprise après un effort intense et malgré les petits tiraillements. Une journée de repos et j’espère repartir dès le lendemain en profitant de ce temps clément. Le compte à rebours des dix jours avant la relâche est lancé et je suis allée nager tous les midis de cette longue, fastidieuse et éreintante semaine pour me permettre de tenir jusqu’à la fin de chaque journée, ponctuée par une curieuse alternance entre éclaircies et giboulées. Quelle idée de sortir le deuxième jour une séance de fractionné maison alors que la pluie tombe drue et n’a pas décidé de cesser, entrecoupée de quelques épisodes de grêles, sinon que les éléments déchainés contre moi m’incitent à tout donner pour en finir au plus vite, très vite. J’ai couru seulement neuf kilomètres la veille, je n’ai pas l’énergie pour aller plus loin alors que mon tracé idéal m’aurait emmené facilement au-delà des douze kilomètres, seulement voilà plus rien ne semble évident, pas plus le rythme de ma foulée que ma respiration, rien. Mon endurance est mise à rude épreuve en plein hiver, je manque surtout de sorties longues. Rien n’y fait, je me traîne derrière une prépa marathon qui ne me motive pas, je suis nouée. Plus que cinq jours et la course à pied sera derrière moi, avec l’objectif cette fois de rouler, rouler toujours plus loin et toujours mieux pour aborder sereinement une distance de 90km. Cela fait un an jour pour jour que j’ai retrouvé mon bonnet de bain, j’étais retourné nager une petite heure, simplement pour tester les sensations et sans même mettre la tête sous l’eau, jamais mes cervicales n’auraient tenu le rythme de 5000m de nage ainsi toutes les semaines. Plus que quatre jours et je décide de retourner aux Buttes Chaumont dès ce soir pour l’entraînement côtes et escaliers de la prépa marathon, histoire de revenir sur les lieux et profiter encore un peu des souvenirs de cette course folle samedi dernier entre les ballons et l’enthousiasme des pisteurs. Je ne vais rien lâcher et revenir rompue mais satisfaite peut-être, à bientôt dix jours du semi marathon de Paris.

Trois éternités #52

3h59, c’est ce que j’ai entendu dans mon oreillette alors que j’arrivais au stand des pom-pom des Front Runners, pailletés et endimanchés comme jamais, un vrai marathon festif. La journée enfin arrivée du marathon de Paris avait bien commencé puisque j’étais parvenue à m’endormir facilement après une après-midi entière de répétition pour le concert prévu le lendemain à 20h, je devais rejoindre la chorale vers 15h, dans quel état ça je ne le savais pas. Le réveil n’avait pas encore sonné et j’étais déjà debout à 5h50, à peine un degré dehors. Le rendez-vous pour la photo de groupe en haut des Champs-Elysées avait été fixé à 7h45, le départ de mon sas était prévu à 8h40 et je me voyais franchir autour de 13h la ligne d’arrivée. J’avais en tête le 41e kilomètre et le fameux stand des pom-pom des Front Runners dont je fais à présent partie et dont les encouragements seraient l’apothéose de la course aujourd’hui. Contrairement à mon départ au mois de novembre à Athènes, je savais que je finirai le marathon, je ne savais pas encore que la même douleur allait compliquer le parcours, au même endroit et au même moment, j’étais plutôt confiante et motivée sur la ligne du départ. Celui-ci est donné avec un quart d’heure de retard, que de monde en plus chaque année pour un marathon ouvert à tout le monde sans tirage au sort, Paris va vibrer au son des 49155 coureurs qui vont battre le pavé sous un soleil levé à présent dans un ciel bleu vif, immaculé. Première nouveauté, le parcours s’engage vers l’Opéra Garnier à partir de la rue de Rivoli pour effectuer une boucle autour de l’édifice avant de poursuivre vers Bastille, les 5 premiers kilomètres sont avalés en deux temps trois mouvements et je n’ai ressenti aucune panique en m’élançant parmi des milliers de foulées différentes de la mienne, l’harmonie règne encore. Faubourg Saint-Antoine, non seulement je reconnais une rue perpendiculaire qui part chez ma sœur, mais surtout je l’aperçois elle, en tenue de course, je lui fais des signes et elle me voit. Regonflée de joie au huitième kilomètre, je m’engage sur la montée jusqu’à Daumesnil qui me paraît facile par rapport aux années précédentes où j’y avais trouvé une première difficulté, les kilomètres continuent à s’égrener rapidement et au onzième je reconnais un coureur du club posté porte Dorée. Le parcours est balisé de rencontres qui donnent du baume au cœur toujours plus, ainsi qu’une motivation redoublée à chaque nouveau visage familier. Nous entrons dans le bois de Vincennes, je garde ma bouteille d’eau à la main entre chaque stand de ravitaillement, le temps se réchauffe tout doucement, on arrive au tiers du parcours. Je me souviens avoir décidé l’année précédente d’en rester au semi alors que je franchissais péniblement le 17e kilomètre, je me souviens aussi m’être mise à marcher à ce même point lors de mon tout premier semi, cette fois-ci je passe le cap sans essoufflement et je m’apprête à voir le premier stand de pom-pom du club un peu après le 18e kilomètre. Je retire enfin le sweat qui servait à me tenir chaud, je vois au loin nos supporters colorés danser, je suis fière. Je passe devant eux tout sourire, je me sens en forme et motivée, nous revenons sur Paris. Le semi arrive plus vite que prévu, je suis étonnée d’entendre ma montre sonner chaque nouveau kilomètre sans qu’il ne se passe une éternité entre chacun, pourtant je commence à décélérer. C’est en franchissant les rails du tramway porte de Charenton que je la sens d’un coup, impitoyable et vicieuse, la douleur au genou, la même qu’au marathon d’Athènes, je panique. J’ai prévu de finir ce marathon, je ne m’attendais pas à retrouver cette ancienne sensation de paralysie, pourtant je reconnais l’impression d’avoir le genou broyé à force d’insister sur l’appui gauche, je sais que la douleur va finir par passer, du moins je ne la sentirai plus, je sais aussi qu’en attendant je vais devoir souffrir et que nous abordons seulement le 22e kilomètre.

Trois éternités #37

14 février, le marathon a lieu dans deux mois tout pile, je n’ai rien préparé encore. C’est indéniable, je n’en finis pas de reculer devant l’obstacle, pire je m’invente des prétextes pour mieux fuir l’échéance, que ce soit en imaginant que je peux atteindre les 43mn au 10km ou que je dois à tout prix m’initier à la natation et au vélo pour pratiquer un jour le triathlon. J’ai rendez-vous ce soir avec la piste de la porte de Charenton pour un retour au fractionné, il est grand temps pour moi de me recentrer sur la course à venir et pour laquelle je me suis inscrite dans un club, ne serait-ce que parce que j’ai réussi depuis à ne plus me blesser, profitons-en pour sortir de l’hiver au meilleur de la forme même si la fatigue est bien présente. Certes j’ai grappillé quelques secondes sur les courtes distances, mais je n’ai aucune sortie longue à mon actif depuis le trail des deux baies, et certes oui j’ai travaillé la vitesse mais j’en ai pâti dès que j’ai tenté d’aligner ne serait-ce que 15km parce que je partais trop vite, panique. Enfin, si je veux me faire plaisir à ce stage de triathlon, il va définitivement falloir travailler à nouveau et toujours davantage l’endurance, avant de sauter en selle ou à l’eau. Heureusement, la lumière des jours croît et avec elle la motivation pour filer à l’entraînement. Dans le métro, une jeune femme entre en tenue de course comme moi, elle me jette un regard puis vient s’installer en restant debout contre les sièges près de la porte de sortie, comme moi. Je l’observe des baskets à la casquette qu’elle tient entre ses dents pendant qu’elle s’attache les cheveux, elle lève à nouveau les yeux sur moi lorsque la tâche est accomplie, je sais où elle descend et je ne saurai dire à quel signe je le devine, je sais qu’elle sait que je le sais. Seulement, elle ne sait pas que je ne descendrai pas comme elle porte Dorée pour rejoindre ceux du club qui suivent l’entraînement habituel de fractionné, je descends une station après. Rien ne m’empêche de sécher la préparation marathon ce soir encore, c’est la Saint Valentin. Porte Dorée, elle descend, non sans m’avoir lancé un dernier regard appuyé, la rame repart. Pourquoi ne l’ai-je pas suivie directement, je ne le sais pas, je maudis la préparation, j’envoie un message à un autre coureur du club qui m’annonce au passage qu’il ne sera pas là ce soir. C’est la Saint Valentin, hauts les cœurs comme dirait Fauve, qu’avons-nous au programme, voyons 4x1500m et 10mn allure semi ou 10km, que les festivités commencent, des pompes… mais qu’est-ce que je fais ici, il fait froid et l’air est humide, je n’arrive pas à me réchauffer. Au bout de deux blocs, je me rends compte que ma vitesse est régulière, je cours seule, loin des autres coureurs rassemblés en groupes, le coach me reconnaît et m’encourage, je commence à prendre du plaisir au troisième bloc et je constate au bout des six kilomètres que je finis à la même allure, voire trois secondes de moins, qu’au début. Deviendrais-je constante. Enfin, je m’ouvre aux autres pendant les dix minutes de course qui suivent, on me félicite pour ma progression sur les dernières courses, j’ai envie d’embrasser le stade à tour de bras.