L #27

De chez elle à chez moi, il y a 10km d’une piste pas vraiment cyclable mais roulante, du Nord de Paris vers plus au Nord encore, rien d’étonnant à ce que nous nous soyons rapprochées dans nos échanges lors de mon périple dans le Nord de l’Europe, là où tout est calme et grave. J’ai emprunté ce trajet plusieurs fois, de jour puis de nuit, sous la pluie aussi, bref je me suis mise à rouler à nouveau au cœur d’un hiver assez doux jusqu’ici, la vitesse et le plaisir ont augmenté significativement à chacune de mes sorties, surtout pour y aller plutôt qu’au retour. Il se trouve que la distance est la même à vélo juqu’au stade situé pour le coup au Sud de Paris et accessible par une voie cyclable totalement encombrée de trottinettes et autres objets. L’horreur d’un trajet sensé être optimisé pour les cyclistes et qui se trouve pris d’assaut dans un contexte de grève par tout ce qui roule, plus ou moins, motorisé ou pas, piéton parfois aussi. A nous la joie des embouteillages, partagée avec les automobilistes, lassés, délaissés. Nous avons tous pris un billet pour le manège le plus lent de la terre, où la route et le fait d’avancer n’ont plus aucun sens, certes nous sommes assis face à des guidons, des volants, mais pour mieux nous observer les uns les autres, tandis que les feux de circulation dégainent. J’arrive au stade à la minute où tout le monde se met en route pour l’échauffement autour du lac de la Porte Dorée, c’était moins deux. C’est bon, la reprise est lancée et je cours enfin, après une séance de natation d’un kilomètre le midi et un aller qui sera retour à vélo aussi, sur 20km, avec les 8km de fractionné j’ai la distance du cross-triathlon prévu le 3 mai à Torcy. Encore une fois, je me rends compte à quel point le groupe me porte, les autres coureurs me stimulent, je n’avais plus couru aussi vite depuis l’été dernier et les sprints sur 200m sont une occasion en or pour tout donner, travailler sur la VMA et éprouver mes limites comme jamais. Autant le retour à vélo de chez elle me rend toujours triste parce que je la quitte trop tôt, autant rentrer chez moi d’une intense séance me propulse au-delà de la piste cyclable, je vole. Je sais qu’en arrivant au terme de ce premier triathlon maison, j’aurais enfin de ses nouvelles.

Trois éternités #46

J-5 avant mon premier triathlon. J’apprends à nager le crawl depuis un mois tout pile. Dans quelle catastrophe me suis-je engagée pour appréhender à ce point ce nouveau défi, même mon premier marathon ne m’avait pas inspiré autant de frayeurs et de doutes. J’ai peur. Je laisse passer deux jours avant de retourner courir après la sortie longue au parc de Sceau. Jamais je n’ai autant soigné la récupération que depuis les dernières inscriptions à des courses, parfois deux départs dans le même week-end, mon marathonien préféré m’assure que je suis en train de travailler le mental et gagner en confiance à multiplier les expériences sportives. Dernière séance sur piste dans le cadre de la préparation au triathlon, séance du mercredi, je sèche la chorale et je retrouve une camarade de bassin que j’ai croisé samedi à l’entraînement. Elle m’affirme ne pas avoir noté de problème particulier dans mon crawl et rit de mon récit. Quelle aubaine d’être tombée sur elle ce soir, je dédramatise d’un coup, tout reste possible et surtout le plaisir de participer à la première édition d’une épreuve qui se veut surtout ludique. Je viendrai au bout de 300m de nage, crawlée ou coulée, à la brasse ou sur le dos, respirons. La séance se poursuit, après le traditionnel tour du lac dans le bois de Vincennes, par un échauffement en règle avec déclinaison des gammes mené par une coach en bonnet à pompon. Nous partons pour un cycle de fractionné court sur 200m et 300m en mode sprint, j’étais partie pour marcher au moment de la récupération sur 100m mais je suis rattrapée par un petit groupe de filles plus motivées que moi et qui se met à trotter, je leur emboîte la foulée, je suis. Les sensations sont agréables, j’ai l’impression de décoller à chaque nouveau cycle de sprint et de garder du souffle et de l’énergie jusqu’au bout, je monte les genoux et me tiens droite, sans doute la récupération n’y est pas pour rien, en ralentissant j’ai pu courir plus vite ce soir.