Nadège Night and Day #37

M – 5 et je nagerai à nouveau dans le chenal, dans cinq petits mois je serai de retour aux Sables, ça me paraît si proche et à la fois loin d’au moins trois éternités puisque ce sera alors déjà l’été. Mon club me confirme l’inscription au triathlon distance olympique de l’île de Charlemagne à Orléans, l’occasion de découvrir une nouvelle cathédrale au mois de mai et d’être en groupe, comme pour le triathlon de Paris qui sera très suivi, pas sûre d’en motiver autant pour Fresnes. Les températures se sont adoucies, je laisse le bonnet et les gants à la maison, il fait encore jour. J’ai envie de danser, danser comme jamais, une envie irrésistible et qui me gagne dès le matin, un enthousiasme qui me prend depuis les pieds jusqu’à la tête sur l’air que j’ai à l’esprit au réveil et que je continue à siffloter tout au long de la journée pour me motiver jusqu’au moment d’après et celui encore qui m’amènera jusqu’à la fin de la journée où je serai en transe totale. J’envoie toutes mes suggestions de danse, je n’ai plus écouté ma playlist depuis trop longtemps, comment ai-je pu me passer de ces titres qui construisent mon cheminement, je lui partage tout.

Nadège Night and Day #36

02.02.2022 Deux deux vingt-deux. Réveil à deux en cette nouvelle année du tigre, mon signe. Elle a apporté deux pommes parce qu’elle ne sait jamais à quoi s’attendre avec moi, qui l’attends en redoublant d’effort pour préparer une tambouille pour nous deux, soirée en amoureuse et en musique, elle me dit que ça sent bon et sa surprise me donne des ailes, deux ailes, deux assiettes. Je tourne la page de mon calendrier à son départ ce matin et je trouve la photo de nos Moumines. Une information relative aux parcours de l’Ironman 70.3 d’Aix m’informe que la partie course à pied ne sera pas le semi-marathon le plus facile de ma vie, je partage avec elle pour m’aider. Les garçons du club de course m’invitent à les rejoindre sur un défi Garmin de course à pied, Nicolas caracole en tête et me devance d’un kilomètre, il me motive à donner deux fois plus, les garçons du club de triathlon rivalisent de distance pour préparer les régionaux de cross et se qualifier ce week-end en finale, les exploits et la détermination d’Eric et William me scotchent. Ma prochaine échéance approche également alors que je commence tout juste à travailler le fractionné sur la nage et m’évaluer sur 300m, les nageurs confirmés passent sous les 5’30. Tandis que nous nous retrouvons pour aller voir Les Promesses, je lui rappelle que nous avons toujours une invitation pour boire un verre au bar 1929 de l’Espace Molitor, à deux c’est mieux et c’est pareil pour les vacances d’été, je me projette avec elle là-bas sitôt qu’ici j’ai ses dates. Le mois de février se faufile entre nous en caressant les projets qui nous réchauffent le cœur, l’hiver se fait moins rude et la lumière du jour nous accueille dès que je l’accompagne au métro, encore un peu de patience et le soleil nous pincera la joue pour nous tirer du lit toujours plus tôt, pourvu que nous conservions ce lien entre nous qui rend les choses plus précieuses à chaque partage, un peu comme cette minute d’ensoleillement que nous gagnons désormais chaque jour.

Nadège Night and Day #27

Après deux séances de fractionné court sur 5km et trois séances de fractionné long sur 7km cette semaine, je me rends compte sans surprise aucune que ce retour sur la piste de mes stades fait un bien fou à mes articulations, moins sollicitées que sur le bitume, je retrouve mes marques. Quoi de mieux en ce samedi travaillé que de faire le tour de mes trois stades en mode tranquille pour assurer une petite sortie longue à l’heure de la pause déjeuner, dans l’attente du week-end. Je sors à 13h en me disant que je vais forcément traîner de la patte, 6 jours travaillés, 6e séance. Or il se passe quelque chose d’improbable dès le moment où je sors et que le soleil m’inonde, dès le premier kilomètre vers le stade de 300m je sens une énergie nouvelle me transporter et surtout, je ne sens pas cette fatigue chronique au niveau du bassin, comme si les semelles que je porte maintenant depuis deux ans sur différentes chaussures faisaient effet enfin pour apaiser et que, sans m’en rendre compte jusqu’ici, j’avais adopté une posture de course plus efficace. J’arrive au premier stade pour y courir trois kilomètres et je trouve un nouveau souffle de suite, aucun besoin d’ajustement, je me surprends en train de sourire en courant, je n’y crois pas, tellement pas, je retrouve les sensations d’il y a trois ans, lorsque je courrais comme une fusée. Dommage que je sois de corvée aujourd’hui, j’aimerais courir ainsi tout l’après-midi jusqu’à l’épuisement totale, la sensation me renvoie à des souvenirs de course poursuite jusqu’au bout. Je sors du premier stade en me disant qu’au prochain stade, dans un kilomètre, la magie finira. Le soleil m’accompagne toujours et c’est un bonheur de sentir sa chaleur me ressourcer ainsi, j’arrive au stade de 400m en plein match de rugby, je prends tous les encouragements pour moi, c’est toujours moi qui suis en train de pousser la foulée pour qu’elle reste sous les 5mn/km et je ne sens toujours aucun signe ni d’essoufflement ou de douleur, je dois actualiser mon profil, je ne souffre plus en courant, je peux même sortir de ma zone de confort et accélérer encore. Non seulement la surprise de cette énergie soudaine et salvatrice me grise, mais surtout la perspective d’aller au bout de cette sortie pure plaisir en prenant conscience de ce changement me rend légère, j’en arrive à penser qu’il faudrait que je me pèse à la piscine ce soir pour voir. Je continue à tourner sur le stade comme si j’écoutais une chanson en boucle et que je ne voulais surtout pas que le disque vinyle cesse de jouer, j’entends Kungs, Lipstick dans mes écouteurs. Il va bien y avoir un moment où je vais flancher, me dis-je en sortant du stade à grand regret.  J’embraie sur le prochain, le dernier petit stade tout rempli de monde sur la rue Championnet, et je me rends compte dans mon euphorie, sans doute je regarde trop de séries en ce moment, que tous les feux sont au vert lorsque j’arrive pour traverser, j’ai décidé de ne pas m’arrêter, j’escalade le faux-plat vers la butte et j’arrive sur la piste de 250m, je reste ici sur l’extérieur, je ne regarde plus l’heure, aucune contrainte ne pèse plus sur moi, je suis libre et heureuse ici. Maintenant, j’en suis à 11km et il est temps de rentrer sur le dernier kilomètre qui me sépare de chez moi, j’ai couru 4km sur le premier stade, 3km sur le deuxième et ici 2km, un kilomètre sépare très exactement chaque stade l’un de l’autre, je vis à un kilomètre des deux plus proches. J’aime les boucles qui se ferment, les comptes qui tombent juste et les choses qui font signe, forcément cette sortie me parle comme une petite voix qui m’encouragerait à croire en moi. J’arrive devant ma porte quand ma montre sonne le douzième kilomètre. Vive la saison 2022 !

Nadège Night and Day #25

Trois années séparent cette photo de la précédente, prise sur la place Masséna au cœur de Nice. Trois années et trois confinements, je porte la même tenue du club, les chaussures ont changé, et tellement d’autres choses aussi que je m’amuse à regarder ces deux photos en les comparant. Sur la première, j’ai rejoint le club des Front Runners de Paris depuis à peine six mois, j’ai couru et gagné ma médaille d’or au marathon des Gay Games, supportée par la coach Delphine, je suis partie courir le marathon d’Athènes en novembre et j’ai rencontré Pascal en devenant bénévole pour la course de la Saint-Valentin comme lui, nous avons partagé la même chambre, les mêmes délires, et j’en suis à progresser sur les courses de 10km d’une minute chaque fois. Un mois plus tard, je cours les 5km en duo avec Chloé sans plaisir mais avec un podium, puis je découvre enfin le triathlon à l’occasion du Super Sprint organisé par Athletic Cœur de Fond. Sur la deuxième photo, j’ai rejoint ACF depuis ce premier triathlon XS au mois de mars 2019, je m’entraîne en tant que triathlète et j’ai à mon actif trois triathlons longue distance en 2021, mais par-dessus tout je suis venue passer un week-end en amoureuses avec ma coureuse hors-pair dont je partage la passion, les résultats, le moindre entraînement pour s’encourager à deux. Je prends du plaisir dans tout ce que je fais, un plaisir fou à chaque fois, je m’estime chanceuse, tellement heureuse d’avoir trouvé cette personne qui respire la même joie, ce bel enthousiasme. Peut-être me fallait-il patienter ces trois longues années avant de la rencontrer, ne serait-ce que pour attirer son attention enfin et me montrer plus rassurante, c’est qu’elle me donne envie de l’être chaque jour un peu plus et de devenir cette meilleure part de moi vers laquelle je tends. C’est forte d’un élan nouveau et de souvenirs ensoleillés par milliers que je retourne sur la piste dès lundi midi, lendemain de notre sortie sur les collines de Nice avec les trois clubs réunis, et parce que nous avons couru ensemble dans mon stade de 300m je choisis d’y retourner pour une séance de fractionné de plus en plus court, je me sens en forme plus que jamais, transportée. Le lendemain, je double la distance d’échauffement pour courir jusqu’au stade de 400m prête à m’essouffler sur un fractionné long, le vigil à l’entrée m’informe que j’ai un quart d’heure seulement avant l’arrivée des scolaires, c’est parfait pour assurer la séance de 3x1000m à fond. Et puisque j’ai déjà visité deux de mes trois stades, je profite de la séance relax du mercredi pour m’entraîner sur le petit stade de la rue Championnet avec son église et ses arbres, il fait 250m et contrairement à ma séance de la veille, seule sur la piste, je suis entourée d’une dizaine de coureurs et d’un public de parents venus assister à l’entraînement de foot de leur progéniture, l’ambiance est printanière, ou alors c’est l’été dans ma tête qui se dilue dans la météo hivernale. Un mois tout pile que je ne suis pas retournée à la chorale, depuis le week-end au château de Presles, nous avons logiquement gagné une demi-heure d’ensoleillement depuis donc et le chat dans ma gorge s’est dissipé, nous chantons Over the Rainbow pendant quasi toute la répétition. Il ne me reste plus qu’à honorer ma première séance de natation pour me laisser glisser vers la fin de la semaine et le timide retour du soleil sur la capitale pour y adoucir les températures.

Nadège Night and Day #24

Nous retournons sur les hauteurs de Nice dès le lendemain matin pour la sortie longue du club. Le rendez-vous est donné à 10h place Masséna pour la traditionnelle photo de groupe en tenue, pour une course annulée nous sommes plus nombreux encore qu’il y a trois ans, même date. Moi qui posais la question la veille de savoir ce qu’il y avait après le vieux port, la réponse m’est donnée dès les premiers kilomètres sur lesquels les Front Runners de Nice nous emmènent courir à flanc de falaises, juste au-dessus de la mer, le paysage côtier est sublime. Nous quittons la ville et son animation après une autre photo de groupe, nous sommes si beaux, je me sens beaucoup plus en forme que la veille, je ne sais pas encore que la sortie sera bien plus exigeante qu’une course de 10km sur la Promenade, j’y vais d’une foulée sereine et après tout, j’ai été couronnée Reine la veille au soir pendant la dégustation de notre toute petite couronne aux fruits confits, autre spécialité de Nice, plus rien ne peut m’échapper, il faut foncer. Le groupe progresse en file indienne sur le sentier côtier avant d’escalader la centaine de marches, nous voici au début de la route qui mène au parc du Mont Boron au milieu de la pinède, la vue se dégage sur le Cap Ferrat et sur la rade de Villefranche, le spectacle est unique. Nous atteignons le fort du Mont Alban pour une photo victorieuse avant de faire le tour de la bâtisse, puis redescendre vers Castel plage, elle a pris des couleurs comme une fleur qui éclot.

Nadège Night and Day #20

La Prom’Classic est annulée, qu’à cela ne tienne le week-end à Nice en sera moins stressant dès l’arrivée et plus festif jusqu’au bout, c’est ce que je me dis en notant même que je m’étire, la bonne nouvelle c’est aussi que je peux retourner courir sans m’économiser jusqu’à dimanche. Pour remplacer le 10km, une sortie longue est prévue par le club sur les collines autour de Nice, le reste du programme ne change pas et un très joli soleil est toujours prévu sur la Promenade. Ici, les gants et le bonnet sont à nouveau de rigueur pour sortir courir, j’encourage la lumière. J’ai une envie furieuse d’être en train de courir sous le soleil, c’est ce mois de janvier qui me rappelle déjà juin et juillet en m’induisant en erreur alors que décembre me ramenait à octobre, j’emporte dans ma course des espoirs d’accélération du temps pour mieux percevoir la chaleur, ressentir son réconfort et me trouver enveloppée par sa présence tandis que le froid est absence. J’ai le choix en attendant de faire mon sac entre une nouvelle séance de natation après mardi, un aller-retour aux cycles Laurent pour retrouver mon vélo de course prêt en cas de redoux, ou le plus simplement du monde une séance de cinéma en attendant qu’elle vienne me rejoindre. En voyant le dernier Matrix, j’ai eu envie de regarder à nouveau les trois autres films en me rappelant de l’effet qu’avait provoqué sur moi le premier épisode en 1999, l’histoire d’une quête et je me souviens aussi avoir commencé à écrire sur la bande son que j’écoutais en boucle comme pour mieux entrer en transe ou dans un rythme obsédant, j’écrivais alors une lettre. Aucun souvenir ne m’est resté des films précédents, je me dis surtout qu’il faut que je reprenne mon texte Genre parce qu’il continue à me questionner et me relance de son côté régulièrement. Ce matin, j’ai revu la photo de groupe que nous avions prise place Massena avant la course, c’était le 6 janvier 2019 et il faisait un froid glacial, j’étais en débardeur et j’allais finir en 46’ avant de progresser sur cette même distance en janvier puis en février, toujours avec Pascal. Nous avions pris une photo de nos ombres la veille, lui et moi face au kilomètre 9, sans savoir que j’aurais un coup de mou dès le 5e kilomètre, au moment du demi-tour avant de repartir dans le sens opposé sur la Prom noire de monde, des badauds, je n’avais rien mangé la veille au soir, j’aurais mieux fait de retrouver tout le monde à la pasta party, les mauvais choix me marquent. Le village de la course était très animé, nous y retournions souvent, et le coucher de soleil m’avait projeté en Grèce sur mon île alors que je connaissais pourtant déjà Nice, sauf que je ne connaissais pas encore Tinos à l’époque où Annie m’avait fait découvrir son joli havre de paix, les terrasses sur le Cour Saleya avec mes premiers coups de soleil parce que je ne passais pas encore la plupart de ma vie à l’extérieur, la plage de galet et la vague de 16h, le marché, l’Italie. Demain je renoue avec la Méditerranée dans une nouvelle ambiance, qu’il me tarde de découvrir comme si je partais en vacances d’été en plein hiver, par le truchement d’une matrice.

Nadège Night and Day #19

Les billets sont pris pour le carnaval de Köln en février, l’hôtel est réservé au bord du Rhin, et le rendez-vous est fixé avec Annie pour notre arrivée ce vendredi à Nice, sous un beau soleil. La soirée du réveillon, la première course avec le club et la Prom’Classic le premier week-end, dans le même ordre qu’il y a trois ans pour démarrer 2019 mais pas avec le même sens du tout puisque neuf mois plus tard, j’avais manqué mon rendez-vous avec elle au 10km de Joinville. Cette fois-ci tout prend sens, peut-être d’autant plus que je l’ai cherché et que je l’ai attendue. La semaine consiste à faire du jus pour arriver dimanche dans la meilleure forme possible, je me suis avancée dimanche sur la séance de fractionné court en testant mes nouvelles chaussures, il ne me reste plus qu’un footing à mener tranquillement demain, puis une dernière séance d’accélérations sur place, à l’occasion d’un tour sur la Promenade en face du coucher de soleil. En attendant que celui-ci réapparaisse dans le ciel parisien, je retourne nager quelques longueurs en sortant de l’avenue de l’Opéra, après tout c’est ma première séance de natation en 2022, rien de tel qu’une plongée chlorée à souhait pour éliminer tout soupçon de virus qui pouvait peser. Une semaine que je n’avais pas nagé, à croire que je prends tout mon temps pour sortir d’hibernation, je me laisse une dizaine de jours pour reprendre l’entraînement sérieusement, pour l’instant je profite du sapin de Noël encore décoré près du bassin extérieur tout de violet éclairé, du thé bouillant en sortant de la séance parce qu’on ne va pas se laisser intimider par de stupides interdictions et d’un choix de pommes qui me font saliver, j’en prends une, je lui écris. Je lui envoie la photo que j’ai pris une heure auparavant de l’Opéra éclairé tout en bleu en hommage à l’Europe, mais ma photo lui donne une lumière plutôt violette, proche de celle qui éclaire le bassin de la piscine et je me dis en croquant ma pomme que nous sommes alignées.

Nadège Night and Day #18

Le soir du Réveillon, j’ai appris à quel point ma petite sœur avait un coup de crayon, mais je le savais déjà, c’est elle qui m’a représentée avec mes docks aux roses rouges et mes chats, et j’ai appris le matin du Nouvel An que j’étais du signe du Tigre et que c’était donc mon année, 2022. Nouvelle année, nouvelles paires de chaussures, nouvelle coupe, nouveaux objectifs, c’est parti. Mes amortis sont si moelleux que j’ai l’impression de courir sur un petit nuage rose sous un ciel joliment dégagé et ensoleillé, je pars directement pour le stade de 250m, le dernier ouvert, pour une séance de fractionné très court, 10x200m, parfait pour effectuer un tour de piste entier. Hier la première sortie de l’année avec le club s’est faite sous un jour printanier, les quais de Seine étaient noirs de monde et la foule assez compacte au Jardin des Plantes à l’occasion de l’exposition en cours, que j’ai découverte en mode visite guidée à deux après notre petite trotte, nous nous sommes ensuite échappées pour flâner sur les quais avant notre séance de cinéma. Tout est fluide et simple ensemble, les choses coulent de douceur et d’évidence, je le lui dis. Dès vendredi, je la retrouve plus tôt que prévu pour faire les courses ensemble dans mon quartier, tous les ingrédients pour nos makis Maison étant achetés, nous nous posons en terrasse au Village et je me dis que je pourrais rester ainsi des heures entières assises à côté d’elle sur la même banquette en train de regarder le même spectacle des passants qui s’affairent sur la petite place, nous parlons de tout, tout et la serveuse nous appelle « les filles », puis « les louloutes ». Nous arrivons à la gare à la minute où part le train, tout comme le lendemain une minute avant l’heure pile du rendez-vous fixé par le club et en fin de journée juste après les pubs trop inutiles, nous pourrions le faire exprès, le fait est que nous prenons tout le temps que la vie nous donne. Nos makis Maison sont parfaits, elle en améliore même la confection pour que le saumon et l’avocat se retrouvent au milieu du riz, nous frôlons si bien la perfection qu’il n’en reste pas un. Le dernier dîner de l’année est un festin divin, la première course de l’année est une fête colorée.

Comment je ne suis pas (encore) devenue championne olympique de marathon #4

Comment savoir que je suis à ma place quand les choses ne se passent pas comme prévu ? L’année dernière encore, je n’aurais peut-être pas pu courir jusqu’au bout la course pour tous parce qu’à force d’en faire trop, je ne pouvais plus rien faire du tout, marcher me faisait mal et j’avais fini par prendre rendez-vous à l’institut national de podologie, en désespoir de cause. L’année dernière, j’étais blessée et je n’avais personne à qui confier mon inquiétude et partager ma faiblesse, la douleur d’un bassin qui se bloque pour m’empêcher de continuer à courir, personne n’aurait compris puisque j’étais toute seule aller chercher ma peine sans écouter ni mon corps ni ma raison, cette année j’ai décidé de provoquer la chance, profiter de chaque jour. Les nouvelles semelles, la troisième paire en trois ans sans que cette douleur ne disparaisse, m’ont enfin permis de courir normalement à nouveau et renouer avec des sensations, liée à une détente physique générale progressive à mesure que le souvenir de la douleur s’éclipsait aussi, que je n’avais plus vécues depuis des mois entiers à m’acharner sur de trop petites distances, j’ai fait l’expérience d’une résurrection à travers une ambitieuse et très belle saison de triathlon. Il n’y a pas de rendez-vous manqué, il n’y a que des rencontres reportées parce que ce n’était pas le bon moment, parce que je n’étais pas la bonne personne au bon endroit à cet instant-là, parce qu’il faut laisser le temps au temps pour savoir à quel point je tenais à ce rendez-vous. Paris 2024 suscite chez moi beaucoup d’enthousiasme parce que je fais partie d’un club et que nous aurons l’occasion de vivre cet événement comme une fête géante en y participant tous ensemble, en préparant cette grande occasion de voir des champions et suivre toutes les disciplines olympiques sur place, en direct, toute seule je n’y aurais pas trouvé le même intérêt. Toute seule, je dois traverser l’hiver et rester motivée par mon objectif personnel qui concerne la prochaine saison de triathlon, personne d’autre ne le fera à ma place, c’est un rendez-vous que je me suis fixée à moi-même, maintenant que je suis rassurée un tout petit peu sur ma capacité à finir un triathlon longue distance tout en étant consciente de la marge de progression qui s’offre à moi, nous allons axer le travail sur la qualité et la technique plus que sur la quantité. Nous y voilà, à la qualité. Et si toute rencontre n’était pas d’abord une question de qualité et de disponibilité de soi à l’autre pour lui offrir le meilleur visage de soi-même – marathon ou pas ? Peut-être n’étais-je il y a deux ans, trois ans, pas encore aguerrie à la patience et à la résolution suffisamment pour me sentir rassurée et inspirer à mon tour confiance plutôt qu’autre chose, c’est en tout cas ce que j’ai envie de croire aujourd’hui alors que nous nous retrouvons enfin. Club de sport, chorale et collègues, les confinements se sont suivis et nous ont plongé dans une certaine solitude propice au recul et à la lenteur, tant de choses se seraient déroulées différemment si la crise sanitaire n’avait pas imposé son contexte de trêve exceptionnelle dans lequel aucune décision ne paraissait définitive ni aucun choix réellement décidé de plein gré.