Direction Etoile #44

Quatrième triathlon, quatrième ligne d’arrivée en trois mois, deux distances L, deux M. J’ai bien failli ne pas prendre le départ parce qu’une vive douleur dans le dos m’a immobilisée trois jours avant, exactement comme l’année dernière avec mon bassin, repos et vigilance m’ont permis d’être sur la ligne de départ, mais avec appréhension. J’étais bloquée au niveau du dos jeudi soir et je me souviens avoir passé tout l’hiver dernier sans pouvoir m’entraîner parce que j’étais allée chercher la médaille sur le XS. Comme pour le Half-Ironman des Sables, j’ai mis un patch en espérant un gros miracle. Les vagues déferlent sur la plage, s’il pleut ce sera avant le départ qui sera donné à marée haute pour 14h30, les routes seront détrempées et on parle de la côte Saint-Laurent dès les premiers kilomètres de la partie vélo, autant dire que je ne suis pas au top de la forme. Quelque chose me fait dire que j’aurai davantage de regrets si je ne prends pas le départ. Je m’insère dans le sas des nageurs intermédiaires pour ne pas trop subir la baston que vont s’infliger les nageurs confirmés, nous sommes 1500 au départ de ce triathlon M. L’ambiance sur la plage est festive et surtout, le soleil fait son apparition entre les nuages, la nage est faite de deux boucles de 750m avec une sortie à l’australienne comme pour le L de Bois-le-Roi, les grosses vagues et une petite trotte dans le sable fin en plus. J’alterne brasse et crawl en visualisant la bouée rouge chaque fois en haut de la vague, je me prends des coups autant que j’en donne, impossible de faire autrement pour nager. Une vague mais de soulagement cette fois-ci m’envahit lorsque je sors de l’eau après la seconde boucle et quarante minutes de divagation marine, je peux courir vers mon vélo, une fois passée cette satanée côte de Saint-Laurent, peut-être que je ne serais pas si mal. Sauf qu’il faut la passer la côte de Saint-Laurent et elle s’avère plus ardue que prévue, j’ai l’impression d’être en face d’un mur encadré par un public encourageant qui ne lâchera aucun cycliste avant qu’il ne soit parvenu au sommet de ce premier obstacle, si bien que je me fais même pousser par derrière au moment où je change encore de vitesse. Quatre côtes nous séparent de la ligne d’arrivée et je les vis comme un véritable calvaire. C’est à peu près la montagne que je me représente lorsque je vois la marge de progression grossir comme une vague qui monte en pleine marée haute, la déferlante, forcément je devrais surfer dessus et ne plus faire que grimper des côtes, toujours plus. L’entraînement de cet hiver se prépare, je focalise sur les points faibles en fin de saison.

L #4

Cherboug… et ses parapluies. Je suis inscrite sur mon deuxième triathlon distance olympique et les prévisions météorologiques pour dimanche sont pluvieuses, mais qu’à cela ne tienne ! Pour peu que le vent s’en mêle aussi, je ferai l’expérience du parcours vélo le plus redoutable avant de finir essorée sur la course à pied en front de mer, les paysages normands se méritent. En attendant, je profite d’un regain de chaleur en région parisienne pour une dernière baignade en eau libre sur la base de loisirs de Torcy, je n’avais pas sorti ma combinaison depuis le triathlon de Chantilly, n’espérant même plus passer le cap de la liste d’attente à une semaine.

Le train qui part de la gare de l’Est mardi soir à 18h46 en direction de Vaires est bondé, difficile d’y placer mon vélo dans le compartiment pourtant adapté sans risquer certaines réactions hostiles de passagers, je regrette la trêve aoûtienne où les trains nous étaient réservés… Sur place, très peu de nageurs se sont mis à l’eau, je ne reconnais parmi les affaires posées dans l’herbes celles de mes acolytes venues répéter une dernière fois leur swim-run prévu sur l’île de Ré ce même dimanche où j’affronterai vents forts, grosse tempête et marées. Elles doivent déjà être dans l’eau depuis une demi-heure, j’enfile la combinaison et me jette à leur poursuite, l’eau s’est bien rafraîchie par rapport aux baignades de cet été – nageons. J’avance en crawl et je m’impose un mouvement de tête pour voir devant moi toutes les deux respirations, je respire sur trois mouvements de crawl, ça tire un peu sur les cervicales au début, mais je trouve le bon rythme pour visualiser à peu près mon parcours sans dévier ou être obligée de me repositionner à la brasse. Merci à Lucy Charles pour sa technique au top. Je suis tellement concentrée sur ce nouvel apprentissage que je ne vois pas passer les deux premières îles, je décide de tourner après la deuxième pour éviter l’algue qui prolifère derrière la troisième île et ralentirait ma nage, d’autant que le soleil est en train de se coucher, déjà.

Lorsque je sors de l’eau, les autres nageurs sont déjà rhabillés. Toujours pas de nouvelle de mes acolytes du swim-run. Les lueurs surréalistes du coucher de soleil me captivent. Il ne reste plus que les moustiques et moi-même lorsque trois têtes hilares sortent de l’eau et me saluent, étonnées de me voir immobilisée devant le spectacle du crépuscule dont la clarté permet de distinguer encore quelques canards et les mouvements discrets à la surface du lac. Ce n’est plus un temps pour aller nager en eau libre, la saison du triathlon tire à sa fin en ce début d’automne, pourquoi donc avoir repris un dossard pour Cherbourg, six heures de trajet dans une même journée pour affronter la pluie. Oui mais l’émotion, oui mais la satisfaction et le réconfort après l’effort, et l’illusion d’avoir grandi encore un peu tout en rajeunissant aussi. Peut-être l’impression, l’espace d’un simple chrono, de maîtriser le temps qui passe trop vite.

Format M #15

Au moment où je sors pour entamer la course à pied, j’entends l’annonce du départ du semi-marathon, il doit être 11h et je suis partie à 8h30, je n’arrive pas à calculer le temps. Le circuit de 10km du triathlon de Chantilly profite de l’ombrage des arbres du parc, pourtant la chaleur se fait très fortement sentir lorsque nous courons sur la pelouse, mes idées ne sont plus vraiment au clair, je décide de ne rien calculer, je ne décide plus rien. Je fonctionne en restant dans une nappe de brouillard qui anesthésie toute sensation, j’entends parfaitement ma respiration régulière, je constate que je double les premiers coureurs sans faire trop d’effort, mes jambes avancent sans qu’à aucun moment je ne me pose la question de marcher. J’ai trouvé la discipline dans laquelle je ne marche pas. Déjà le premier kilomètre est annoncé à ma montre, je ne sais pas à quel rythme je cours. Etant donné que j’ai paniqué en nageant et déraillé en roulant, j’évite de me démotiver pour de bon en consultant ma vitesse, je continue à fonctionner. Cinq kilomètres déjà.

Jamais aucun de mes précédents 10km de course à pied n’aura ressemblé à celui-ci, forcément mes poumons et mon coeur sont échauffés depuis plusieurs heures, je n’ai pas de souci au démarrage même si les cuisses ont souffert sur la partie vélo, les kilomètres défilent à une vitesse extraordinaire et je ne sens pas venir la tension au 7e kilomètre. Tout au plus, je reconnais le trajet emprunté à vélo le matin pour rejoindre le château de Chantilly depuis la gare, ce qui me permet de visualiser la fin du parcours facilement. Nous allons passer devant l’Auberge du Jeu de Paume, mes collègues courent le 10km. Cette impression de pouvoir encore courir pendant des heures est aussi inquiétante que grisante, j’ai du m’économiser tellement à vélo que mon corps en redemande, et en même temps à maintenant trois kilomètres de l’arrivée, je savoure déjà ma victoire. J’ai été doublée par tous les nageurs, par de nombreux cyclistes des vagues suivantes, aucun coureur ne m’a doublé et j’ai pu accélérer à quelques endroits pour me détacher d’un concurrent trop proche et dont la respiration haletante me perturbait depuis ma bulle.

Nous arrivons en bas du parc, au niveau des bassins d’eau, je vois la ligne d’arrivée à cent mètres seulement, il suffit de remonter par les gravillons vers le château et la foule. Un pisteur me dirige sur la droite parce que j’étais en train de repartir pour une seconde boucle, je ne suis plus qu’à demi lucide et cela doit se voir, je franchis la ligne d’arrivée. 47’59 »

3h26mn49s

Si j’apprends à rouler à peu près comme j’ai couru aujourd’hui, j’ai des chances de finir le format L sur lequel je me suis inscrite pour l’année prochaine. Je dois rouler et rouler. Acquérir des automatismes. Continuer à nager, nager encore, et travailler la respiration.

Je suis une triathlète, heureuse de le devenir chaque jour un peu plus.

Format M #14

Naïvement, je me dis en sortant des douves du château de Chantilly et de la partie natation du triathlon que le plus dur est fait, maintenant que j’ai retrouvé terre ferme. C’était sans compter le scratch de ma combinaison qui a décidé de ne pas s’ouvrir, j’avais envisagé toutes les options pour me débarrasser au plus vite du néoprène, tout dérouler juqu’en bas, quitte à m’asseoir, et puis j’avais trouvé la bonne technique, mais jamais encore ce premier scratch en haut de la fermeture éclair ne m’avait résisté. Désespoir… Je remonte depuis le bassin vers le parc à vélo par les marches et je crie, le scratch reste fermé, quel que soit le bout par lequel je tente de l’arracher. Un dernier effort et il cède. Face à mon vélo, j’arrache le reste du machin en hurlant de colère, je jette le tout à terre. Aucun arbitre ne vient me pénaliser. Je souffle un bon coup et je récupère mon vélo pour partir en courant, plus légère et encore trempée de la baignade, il va faire très chaud.

Enfin seule. Et pour plus d’une heure. Le drafting est interdit mais je le verrai maintes fois pratiqué par des triathlètes d’un même club tout au long du magnifique parcours. Nous profitons de la fraîcheur de la forêt d’Ermenonville et du cadre pittoresque de villages très calmes, la circulation est quasi inexistante et les routes plutôt en parfait état. Sauf à détour d’un vilain virage où les pavés ma agencés ont déjà fait une victime, le samu est en train d’évacuer un blessé, je passe à mon tour de manière très chaotique et en retenant mon souffle. Je crois en avoir fini avec les pavés lorsqu’un nouveau panneau m’incite à ralentir alors que j’ai accéléré à nouveau, je suis secouée et mon vélo déraille. Tout se passait tellement bien jusqu’ici, c’est pas comme si j’avais paniqué en nageant. Forcée de mettre pied à terre, j’entends les autres cyclistes s’en prendre violemment aux pavés, j’ai de la chance de n’être pas tombée, je remets la chaîne et je repars vite à vélo.

Des bolides incroyables me dépassent à vive allure, des vélos complètement fous furieux, qui font un bruit pour moi inouï, l’air siffle à travers comme s’il produisait de l’énergie. Quelques cyclistes m’encouragent en me doublant, à côté d’eux je me fais l’effet d’une néophyte perdue sur un circuit de professionnels, et de fait je suis débutante puisque je n’ai pas encore une sortie de 100km à mon actif, je réalise mon manque d’expérience. Mais par-dessus tout, je ne bois pas une goutte d’eau sur les 45km que compte le tracé. Une erreur que même le débutant ne commet pas. J’accuse le coup, je suis déshydratée. En même temps, loin d’avoir atteint les 30km/h, je me dis qu’il me reste encore de l’énergie pour courir. Je vide le gobelet qu’on me tend, ma vue se trouble, mais je cours. Encore 10km et je serai triathlète, je suis une coureuse, je n’ai pas le droit de flancher.

Format M #13

Réveil à 3h30. Ce n’est pas vraiment le genre de réveil que je me souhaite le dimanche, au pire 8h si une sortie longue est prévue, ou encore dans le cas de figure où j’accompagne quelqu’un à l’aéroport pour mieux me recoucher une fois rentrée chez moi. Non, 3h30. Douche, petit-déjeuner, sortir le vélo de la cave pour rejoindre la gare du Nord, 5h23. Forcément, je ne suis pas la seule triathlète dans le train, mais l’heure matinale n’est pas propice aux échanges et je finis par trouver une place assise où me laisser bercer un peu. Quelqu’un demande à la gare de Chantilly commence se rendre au château, moi je sais. Pour y être venue la veille récupérer mon dossard, je connais le chemin et je me propose de guide les autres, j’entraîne ainsi dans mon sillage des champions, Ironmen, je pédale.

Nous arrivons les premiers, le soleil se lève tout juste sur le château de Chantilly, le spectacle est tout simplement saisissant, je prends une photo et m’éloigne du groupe. C’est la première fois que je viens seule sur un triathlon, il faut que je prenne mes repères, de nombreux clubs sont présents qui fonctionnent collectivement, je m’organise. L’ouverture du parc à vélo dépend de l’arrivée des arbitres, il est 6h15 et il fait très froid. Une fois passé le contrôle, j’installe mon vélo et mes affaires, je suis la première arrivée de ma vague, qui partira une demi-heure après le départ du format L, le half Ironman. J’admire les vélos autant que les petites habitudes des triathlètes autour de moi, c’est mon premier M après seulement deux S et trois XS dans la même saison, je suis novice.

Le jour s’est levé et les vélos arrivent en nombre dans le parc, le premier brief est donné à 7h45, les parcours sont présentés et les règles de sécurité énoncées dans la bonne humeur, puis la première vague se met à l’eau doucement, pour le départ du format L. Tout s’accélère au départ, lorsque les triathlètes se mettent à nager, les premiers encouragements se font entendre avec la musique, il faut que je sorte vite de ma brume. Nous ne sommes pas nombreux à partir dans la première vague du M, ce n’est pas la bousculade au départ de la nage comme au triathlon de Paris où j’avais gardé mon calme. Certes, les algues sont partout et remontent sur le visage, la vase n’incite pas non plus à y poser les pieds, mais rien ne justifie en soi la panique qui me prend au départ. Je suis incapable de nager, j’ai le souffle court, les membres engourdis, le soleil pile en face. Alors j’avance en brasse en me disant que je me mettrai au crawl plus tard, je me calme.

La première bouée arrive droit devant, je suis toujours à la brasse coulée mais j’ai trouvé mon rythme, je fais quelques mouvements de crawl qui ne font que me dévier, je brasse. Bien sûr, les lunettes ont décidé de se remplir d’eau ce jour-là, je ne perds pas mon temps, je prends à nouveau le virage à la prochaine bouée pour accélérer en crawl sur la dernière ligne droite. Et le pire, c’est que je suis tellement plus à l’aise en crawl pour avancer. Il va décidément falloir que je me mette au yoga pour apprendre à respirer quand l’air vient à me manquer. Je m’en sors quand même de mes 1500m en 35mn.

Format M #12

Dernière sortie en eau libre et en combinaison le jeudi, je nage 1300m en 31mn, joli chiasme me dis-je, ab-ba. Je ne songe à rien d’autre, je ne calcule plus, pourvu que le jour J arrive et advienne que pourra, il faut que je commence à penser à autre chose, enfin. Dernier verre sur une péniche, à côté d’une cabane qui propose des galettes bretonnes, on se croirait presque là-bas, sauf qu’il manque les mouettes et le ressac, la brise aussi. Mais la péniche tangue et je regarde passer les autres embarcations en cherchant celle qui pourrait m’emporter ailleurs, mais entre un bateau mouche et le suivant, la diversité manque cruellement. J’en viens à envier le bateau des pompiers et la limousine laquée. Dernière sortie au stade, contrairement au week-end précédent le temps est estival et il devrait faire chaud demain à Chantilly, la température de l’eau ne sera que de 18 degrés.

Je vais récupérer mon dossard à Chantilly la veille entre 17h et 18h, il n’y a pas moyen de laisser son vélo comme au triathlon de Paris, mais le fait de repérer le parcours depuis la gare me rassure, de toute façon je n’avais rien prévu sinon ma dernière sortie au stade. Quelques tours seulement et je rentre m’alimenter, m’hydrater et me poser, me reposer. Pour autant, je ne m’endors pas, l’excitation est là et je suis curieuse de visiter les lieux. Une fois sur place, certaines épreuves sont déjà en cours la veille du triathlon, je ne suis pas déçue, l’arrivée depuis la gare vers le château agréable et fait son petit effet, l’organisation est anglaise, l’accueil sympathique. Même les carpes dans les douves m’amusent, je me demande ce qu’elles pensent des nageurs qui squattent leurs algues. Mon dossard et mon bonnet me sont remis, mon numéro est marqué sur mon bras et sur ma cheville. Je n’ai plus qu’à me jeter à l’eau demain matin. Pourvu que le reste suive…

Format M #11

A sept jours du triathlon, la pluie a décidé que la période d’entraînement devait cesser de suite, pas seulement à la fin de la journée ni même à l’issue de ma sortie matinale dans le seul stade ouvert dans le quartier, non il fallait que cela tombe au moment où je venais de finir de m’échauffer, au bout de quatre kilomètres ; et tant qu’à faire, le ciel n’a pas envoyé d’alerte, à la limite un crachin préliminaire histoire de mettre tout le monde aux abris avant l’averse, non là aussi il a fallu que des trombes d’eaux diluviennes sorties d’on ne sait quel nuage sacrément enragé s’abattent instantanément, à la manière d’un avion bombardier d’eau qui m’aurait pris en chasse, comment dire. L’effet fut imparable.

La flaque que je suis devenue en une seconde est rentrée illico en tachant d’y voir à un mètre entre les gouttes pour ne pas prendre non plus un fâcheux poteau sur le chemin. En même temps, ne dit-on pas que la dernière semaine avant une course doit servir à faire du jus, laisser le corps récupérer, s’hydrater et faire le plein de glucides au repos ? La pluie est de bon conseil, certes ses méthodes pour se faire entendre sont parfois un peu radicales, mais tête brûlée que je suis je n’aurais pas prêté attention à sa sagesse sans cet épisode malheureux de douche froide désagréable en plein footing dominical. J’ai su l’écouter puisque sitôt le soleil réapparu, je ne suis même pas sortie courir à nouveau.

J’ai attendu le lendemain soir pour une dernière sortie de 45mn, pour ne pas rester non plus sur une interruption trop brusque de mes habitudes. Et pour bien faire les choses, parce qu’en effet un peu de détente physique ne serait pas du luxe contre la pression et pour éviter une blessure de dernière minute, je suis retournée nager une dernière fois. Par un miracle encore lié aux humeurs célestes, j’ai réussi à attraper le train de 18h46 en étant sortie à 18h avant de repasser chez moi me changer et repartir à vélo. Un miracle. Sans doute, me suis-je dit, cette dernière baignade était-elle légitime et bienvenue après un après-midi entier à plancher sur le tracé des parcours à Chantilly, course vélo et nage.

Je ne suis pas prête et je ne le serai pas, mais j’arriverai sur la ligne de départ avec envie.

 

Format M #10

Le triathlon de Chantilly est dans dix jours et je n’ai pas testé la combinaison depuis le mois de mai, contrairement aux triathlons précédents il a été recommandé de la porter. Je ne me sens pas prête non plus à tracer sur 45km avec une vitesse soutenue, et pour finir je me demande où j’irai puiser la force pour aller courir un 10km pour m’achever. Pourtant, la préparation tire à sa fin, si tant est que préparation il y a eu véritablement. J’ai réussi à honorer trois séances de course à pied, deux séances minimum de natation, notamment en eau libre pendant les mois de juillet et août, enfin une sortie vélo par semaine, mais là le volume kilométrique et l’expérience me manquent cruellement. Espérons que je parvienne à éviter la catastrophe.

Le 15 août fait partie de mes jours fériés préférés, parce que Paris est généralement vidé de ses habitants, je profite d’une ambiance singulière dans la capitale où j’ère seule. Cette fois-ci, le rendez-vous est donné à 10h au Pont Neuf pour une séance de préparation physique générale, après une petite trotte jusqu’au Jardin des Plantes et la traditionnelle photo de groupe du club un jour férié. Pas moins de vingt coureurs ont honorés la séance, parmi lesquels trois filles. La séance est costaud, je sens les muscles se contracter progressivement, le trajet du retour est déjà moins fluide, et ce n’est encore rien. J’ai le temps de récupérer l’après-midi, je m’endors même en plein rayon de soleil sur mon lit, avant le rendez-vous du soir, fixé à 17h31 par Edwige pour nager en eau libre à Torcy.  Paris au mois d’août devient notre sujet de discussion, cela ne vaut plus le coup de rester pense Edwige, surtout lorsque le temps est instable comme cette semaine, il y a tellement mieux à aller trouver ailleurs pour nager au soleil et dans les vagues, aller chercher du dénivelé et des paysages à quelques heures en train, plutôt que refaire le même trajet ici. Moi je suis contente d’être restée sur Paris ce 15 août, ne serait-ce que pour avoir cette discussion sur Paris un 15 août avec Edwige. Je parviens même à boucler 1575m autour des trois îles en la suivant dans un premier temps s’éloigner au large depuis la berge.

Le temps se gâte dès le surlendemain, samedi matin, le ciel est couvert et la pluie menace à chaque instant, le vent s’est levé. C’est un temps à passer la journée entière au cinéma. J’ai quasiment abandonné l’idée d’aller nager dans ces conditions lorsque Edwige me relance la veille, je ne peux refuser sa proposition, pire je me réjouis d’être relancée ainsi. Il se passe des choses à Paris au mois d’août, c’est ce que j’ai l’habitude de dire. Voilà une occasion en or pour tester à nouveau la combinaison. Je l’enfile pas trop mal, je boucle mon parcours en moins de temps que l’avant-veille, même distance de 1575m, vient le moment de retirer cette seconde peau en néoprène dans les conditions d’une transition et là c’est plutôt la catastrophe totale, la combinaison ne veut plus me quitter. Je suis à deux doigts de l’arracher, ce qui serait dommage à dix jours de la compétition, heureusement qu’Edwige est là, je reste calme et perds une éternité à me défaire du machin. La prochaine fois sera parfaite, je suis sereine.

Il se met à pleuvoir pour de bon lorsque je suis rentrée.

Format M #8

J’ai l’impression de partir en vacances dès que je me prépare à aller nager sur la base de loisir de Torcy, je n’y trouve ni les fonds marins des eaux grecques ni le soleil enveloppant, et pourtant le trajet autant que le parcours des trois îles, tout me dépayse. Voilà, il m’a suffit de l’écrire pour avoir l’explication, il est question d’îles ici encore… Après la baignade avec Tim le samedi matin, c’est Jean-Paul que je retrouve gare de l’Est pour viser le train de 18h15, il fait 29 degrés et la gare grouille de monde comme pour un départ en vacances, je n’ai jamais connu cela sur un simple départ de train de banlieue. Nous arrivons sur place, Edwige et Estelle nous ont rejoints, de nombreux triathlètes sont déjà en train de se mettre à l’eau en discutant de leurs prochaines courses, j’entends parler d’Ironman, je regarde les profils sculptés, je me dis que j’ai du chemin à faire. Pour l’instant, j’ai trois îles à contourner pour nager l’équivalent de 1500m en prenant le plus au large possible, ce qui m’évitera de nager sur place comme samedi dernier afin d’atteindre la distance que je m’étais fixée. Je vais chercher la bouée la plus éloignée, au moment de la contourner je ne vois plus personne, ce qui en soit n’a rien d’inquiétant, mais je me dis que tout le monde est déjà loin devant en train de longer la dernière île. Je fonce alors directement sur la première île pour rattraper le retard que je viens de m’inventer et les autres qui sont en réalité partis plus au large encore que moi. Résultat, j’arrive à boucler le parcours certes sans embûche mais sur une distance de 1275m seulement.

Le samedi suivant, le vent s’est levé dans la nuit, il souffle encore violemment lorsque je me réveille à 7h. Je l’entends me siffler à l’oreille qu’il n’est peut-être pas prudent de se mettre à l’eau par ce temps tempétueux. Pour autant, je sais que je regretterai la seule occasion de nager avant la semaine prochaine si je ne la saisis pas. Le compromis est vite trouvé, j’irai en train comme jeudi, quitte a faire le trajet retour à vélo pour travailler la transition. Et qui sait si les ailes ne me pousseront pas pour finir par un léger footing dans le quartier une fois rentrée, avant de me poser avec satisfaction.

Il suffit parfois de penser à la satisfaction finale pour s’élancer, de même que se projeter sur la ligne d’arriver permet de garder le cap d’une course au moment où le moral flanche. La base de loisir est quasi déserte, très peu de triathlètes sont venus nager dans l’eau agitée, on se croirait presque dans une eau vive, sinon que l’on n’y voit toujours pas à un mètre devant soi. Je retrouve les sensations de la mer en me laissant ballotter par les vagues, rien ne sert de lutter, j’essaie de synchroniser ma nage sur leur rythme et j’avance. Encore une fois, je cherche à m’éloigner le plus possible des îles pour les contourner au large et augmenter la distance parcourue. J’arrive à 1406m, décidément. De dépit, parce que j’aurais voulu nager plus mais que les conditions ne sont pas non plus particulièrement favorables à l’entraînement ce matin, je décide de rentrer sur Paris à vélo. J’aurai mes 40km de sortie et l’occasion ici aussi de me mesurer au vent. Ce dernier me bouscule et chahute beaucoup tout au long des quais de la Marne, j’en ai plein les oreilles, je m’accroche au guidon pour ne pas être déportée par la bourrasque.

Bry-sur-Marne, le port de Nogent, Joinville, le pont de Charenton, Vincennes, enfin Paris. La fin du trajet me paraît interminable. Je suis tellement heureuse d’arriver à bon port que je décide effectivement de ne pas en rester là et je pars pour un très court parcours de course à pied, 5km pour finir en beauté. J’ai bravé par vents mais sans marées une distance à laquelle il manquait 100m de natation et 5km de course à pieds pour qu’elle soit olympique. Et la vitesse à vélo pour que je commence à me sentir vraiment à l’aise. Mais la satisfaction ce samedi à midi est là, bien là.