Direction Etoile #22

S’il y a bien une personne qui m’a encouragée à chacune de mes sorties, que je parte tôt le matin ou que le vélo soit de sortie le soir, ou encore lorsque je passais avec mon sac de natation en filant vers la piscine, c’est mon concierge et pour cause, c’était son métier. Depuis le début, il me suivait et me conseillait, il s’est intéressé, hier matin il s’est éteint. Ce quartier, notre quartier, il l’aimait au moins autant que moi, je le croisais aux bonnes adresses, sorti de sa loge c’était un plaisir surprenant de croiser son sourire dans la rue. Et c’est d’autant plus bouleversant de voir partir quelqu’un qui, sans être un ami intime, faisait partie de ma vie pour en connaître plus de détails que la plupart de mes amis, comme un confident au quotidien avec qui j’ai partagé les trois confinements et à qui j’ai laissé plusieurs fois mes clés pour garder mes chats dont il connaissait les humeurs. J’ai suivi ses tentatives pour arrêter de fumer, son numéro de charme avec l’une ou l’autre voisine qui venait d’emménager, ses escapades dans le Sud-Ouest et sa coupe très court lorsque la France avait gagné au foot alors qu’il portait les cheveux très longs. Souvent, je l’entendais râler dans la cour parce que les poubelles n’étaient pas triées comme il l’aurait souhaité, ou alors j’entendais sa voix grave qui s’échappait d’une messe basse avec le voisin marathonien du rez de chaussée, il avait l’art de mettre en valeur et en contact les gens entre eux, beaucoup se connaissent grâce à lui aujourd’hui. La plupart du temps, il était dans la rue et m’ouvrait la porte lorsqu’il me voyait chargée. Il offrait l’accueil le plus chaleureux que l’on puisse recevoir après une journée harassante à l’extérieur, j’étais heureuse d’être rentrée à la maison rien qu’en le voyant. Aujourd’hui, sa loge est éteinte et les rideaux sont tirés, les bouquets de fleurs devant sa porte et sa fenêtre lui rendent hommage, une photo de lui a été affichée, il avait 60 ans et j’avais bien remarqué qu’il n’était plus en forme comme avant ces dernières semaines. Je découvre mon attachement pour lui au moment où je perds sa présence si précieuse, jamais je n’aurais pensé un jour me sentir triste de ne pas le lui avoir dit ça de vive voix. Tous les matins, je m’attends encore à voir la lumière dans sa loge avant de me reprendre parce que je ne réalise pas qu’il a disparu, j’ai l’impression de le croiser dans la rue et lorsque j’approche de mon immeuble, je m’attends encore à voir sa silhouette de loin, qui me reconnaîtrait et m’ouvrirait la porte pour me faciliter la vie, par gentillesse aussi, et je crois toujours entendre sa voix qui résonne dans la cour à n’importe quel propos. Comme beaucoup de personnes, tu es parti trop tôt et j’aurais voulu prendre le temps d’échanger plus posément au lieu de passer en coup de vent ou chargée comme un mulet, tu resteras cette présence devenue omniprésence rassurante et bienveillante, tu as marqué mon quartier de tes conseils et de ton aisance à lier amitié avec tout le monde. J’espère que de là où tu es, quelqu’un prend soin de toi comme tu as pris soin de nous, Eric.

La poésie des petits pas #25

Un dimanche sur une île est un jour comme un autre, baignade matinale, messe ou pas. Disons que ce dimanche 8 août eut été un jour ordinaire sur Tinos si mon père n’avait reçu de l’une de ses sœurs un appel tôt le matin l’informant que sa mère, ma grand-mère française, avait sombré dans le coma. C’eut pu être un jour particulier, où le sable se serait évaporé et la mer retirée, sauf qu’il n’en fut rien. Je n’ai pas vu mon père ne s’effondrer, mort d’inquiétude, et ma mère ne s’est pas organisée autrement. Elle a préparé le café en notant qu’il faudrait acheter des filtres, de son côté il a avalé sa tartine de pain en grondant le chien qui ce matin, pour une raison inconnue, ne voulait pas avaler le morceau que d’ordinaire il engloutissait sans même le mâcher. Je m’imaginais qu’une fois retrouvés leurs esprits somme toute égarés, mes parents décideraient de notre départ vers Paris, pour nous recueillir sur le lit de mort de ma grand-mère, cette fois je ne serais pas toute seule à affronter à nouveau pareille situation. Il n’en fut rien. Mes parents sont partis promener le chien et je me suis retrouvée seule face au dilemme de savoir si je devais préparer mes affaires ou vider mon sac. Je suis montée dans ma chambre récupérer le cahier d’écriture, je suis descendue m’installer sur la terrasse à l’ombre, dans ma tête c’était le grand huit. Je me suis mise à raconter, l’atterrissage de l’avion, Mykonos, dans les faits je venais à l’instant d’atterrir.

Je n’ai relevé la tête de mon cahier qu’au retour de mes parents, il s’était écoulé près d’une semaine en arrière sur la page, j’étais loin déjà. Je les ai entendu me demander si je venais avec eux à la plage, la plage du matin, celle d’hier et la même que demain matin, j’ai décliné. Pour une fois alors, le chien ne resterait pas seul au moulin, je n’ai pas réagi à cette remarque, j’ai plongé tête baissée dans ma page que je me suis attelée à noircir de toutes mes forces. J’ai nagé à contre-courant vers Barcelone et notre séjour lors duquel Natalie et Elsa, contre toute attente, se sont léguées contre le requin Anne, j’avoue avoir envié plus d’une fois l’insomnie de Natalie comme prétexte pour trouver une âme soeur et un répit aux turpitudes de son cerveau. Que dis-je, j’ai rêvé de ce répit, de cette âme soeur, de ces bras.

J’en étais à découvrir notre appartement barcelonais lorsque mes parents sont apparus sur la terrasse que j’avais investie de mon univers, pour me demander si j’avais préparé la salade. La salade ? Je ne connaissais aucune recette de salade espagnole. La salade grecque, tu n’as pas préparé la salade grecque ? La salade grecque, non je ne crois pas, non je ne l’ai pas préparée, il me semble que cela n’aurait rimé à rien que je la prépare puisque nous devrions être sur le départ. Rien du tout. Ma mère est allée prendre sa douche pour se débarrasser du sable dont j’appris par l’occasion qu’il ne s’était lui non plus pas évaporé, puis elle s’est mise à confectionner la salade grecque prévue pour le déjeuner, celle d’hier et la même que demain, avec  les mêmes gestes et la même découpe des légumes, tomates, concombre, oignon rouge.

Mes parents se raccrochaient d’autant plus à leur rythme de vie ici, à ce semblant de survie, que la mort les guettait de toute part, depuis la mort de ma grand-mère allemande jusqu’au coma de ma grand-mère française, en passant par le vieillissement du chien à échelle visible. Ma grand-mère française est décédée le dimanche 5 septembre, je l’ai appris par un message de mon père, qui a lui-même eu la décence d’employer le terme « décédé » plutôt que « morte ». Au message de mon père a succédé un appel de ma tante, elle ne savait pas si j’avais été prévenue. Et surtout, elle tenait à me faire savoir à quel point mon père avait fait défaut durant ces dernières semaines, où non seulement les conseils d’un médecin eussent été plus avisés que les approximations médicamenteuses de mes tantes, mais surtout la famille entière savait que ma grand-mère n’attendait pour mourir enfin que de revoir son fils unique. J’abondais dans le sens des reproches qu’exprimait ma tante, d’autant plus que j’avais encore en mémoire ce dimanche passé au moulin dans une ambiance alarmante de tranquillité. Je ne sais pas pourquoi il m’a prit cependant de lui rétorquer que chacun réagissait différemment face à la mort et qu’il fallait peut-être prendre cela en compte, l’indifférence apparente des uns trahissait peut-être une tristesse et un désarroi d’autant plus profonds et plus mal assumés, donc ingérables. Il y eu un silence, l’écho de ma phrase me frappa l’esprit, je ne connaissais pas son origine ni ne mesurais son impact, ma tante soupira et me répondit que j’avais raison, mais qu’elle en voudrait à vie à mon père. Pas moi mais je ne saurais dire pourquoi. Projection.

L’enterrement était fixé pour le vendredi suivant, mon père avait prévu de prendre un avion vers Paris le jeudi et de repartir le samedi pour Tinos, ma mère resterait pour garder le chien. Le vendredi de l’enterrement, j’ai retrouvé ma soeur sur le quai du RER aux Halles. Nous avions écrit un texte le mercredi soir, rempli de souvenirs et d’anecdotes liés à ma grand-mère, chacune avait sa partie à dire, nous répétions sur le trajet en nous demandant quel accueil allait être réservé à mon père. Je repensais au discours du pasteur à l’enterrement de ma grand-mère allemande et à l’interprétation trop facile que l’on pouvait faire d’une vie sans connaître la personne concernée. Nous connaissions bien ma grand-mère française, après tout, c’est elle qui m’avait appris les premiers rudiments de la langue française, je lui rendais hommage d’une certaine façon. C’était une belle journée ensoleillée. Arrivées à l’appartement triste et petit, nous avons appris que c’était l’anniversaire de ma tante le jour même, heureuse coïncidence. J’ai décidé d’aller acheter deux bouteilles de champagne au supermarché du coin, je suppose que ma grand-mère aurait apprécié l’attention, elle qui nous traitait de « vilaine » à la moindre effusion de larme. Mon père est arrivé en dernier, comme prévu il ne fut pas accueilli avec l’enthousiasme que l’on réserva dans les temps anciens à Ulysse lors de son retour sur Ithaque. Mon père tente de faire le pitre et fanfaronne avec son bronzage tandis que nous autres faisons plutôt des têtes d’enterrement, et pour cause. Il y a déjà du monde rassemblé devant l’église, beaucoup plus que pour ma grand-mère allemande, le corbillard est arrivé en même temps que nous, tout le monde s’est tut. Ce fut difficile d’imaginer qu’à l’intérieur du cercueil se trouvait le corps de ma grand-mère avec laquelle je m’étais encore entretenue un mois auparavant et qui me disait l’espoir qu’elle avait de revoir mon père avant de partir rejoindre les défunts dont elle avait l’habitude de parler comme s’ils étaient encore vivants et auraient pu nous entendre. Le prêtre semblait connaître ma grand-mère parfaitement, j’appris qu’elle allait à la messe plusieurs fois par semaine, je savais qu’elle ne manquait jamais d’allumer un cierge pour chacun de ses petits enfants, elle en avait dix tout pile et une relation particulière avec chacun. Les cierges de ma grand-mère française et les pensées qui y étaient liées ont accompagné mon adolescence à l’instar des marches dans la grande maison de ma grand-mère allemande.

Le texte que nous avions écrit avec ma sœur a trouvé écho auprès du public durant la messe, les proches souriaient à l’énonciation de nos anecdotes et semblaient s’y retrouver fidèlement. En sortant, des gens que nous ne connaissions pas nous ont félicitées pour avoir retranscrit la joie de vivre de notre grand-mère. J’étais fière, j’espérais qu’elle le fût aussi, où qu’elle soit.

Une fois de retour dans mon quartier, j’étais soulagée que tout cela soit enfin derrière moi. J »ai appelé Annie pour lui proposer de prendre un café en terrasse, elle a accepté tout de suite. Je lui ai raconté l’enterrement et le champagne, la lecture du texte, l’accueil réservé à mon père et les retrouvailles avec un cousin éloigné que j’ai croisé une seule fois à l’occasion de la fête pour mes dix-huit ans, il avait déjà publié son premier roman, je me souviens encore du titre. Elle m’a écouté jusqu’au bout sans m’interrompre.

Nous sommes montées au Sacré-Cœur et j’y ai allumé un cierge, de moi-même je ne l’aurais jamais fait. J’ai pris le temps de me recueillir, peut-être même ai-je prié, je ne saurais pas dire.  Tout s’emmêlait dans mon esprit, mes sentiments étaient mélangés entre l’admiration que je portais à mes grands-mères et la compassion que je ressentais pour elles deux face à l’absence sur leur lit de mort de l’être qui leur était le plus cher. Je ne pouvais m’empêcher non plus d’éprouver quelque chose comme de l’empathie pour mes parents, absents l’un après l’autre – peut-être devrais-je parler de « mes absents » ?-, ne serait-ce que parce que je cherchais à comprendre ce qui pourrait pousser à faire défaut à ce point et au moment le plus crucial dans la vie d’une personne. Je me suis demandée ce que j’aurais fait à leur place.

Toutes ces questions n’ont trouvé aucune réponse mais j’ai ressenti une forme d’apaisement, favorisé par la présence d’Annie.

En sortant de l’édifice sacré, je me suis rendue compte que je venais d’y mettre les pieds pour la toute première fois.

La poésie des petits pas #9

J’ai maudit la femme pasteur. Son discours sur ma grand-mère sonnait faux et se méprenait totalement sur l’intéressée. Elle s’était pourtant vantée d’émouvoir l’assistance par ses propos précisément parce qu’elle arrivait selon elle à percer la personnalité des défunts au travers de petits riens et restituer un portrait avec force et conviction. En attendant, la vie de ma grand-mère s’est résumée à une longue et triste errance loin du réconfort salutaire de l’église, évidemment.

Comment aurais-je pu m’attendre une seule seconde à ce qu’une parfaite étrangère puisse rendre hommage à ma grand-mère après un bref pur et simple entretien oral ? Dieu seul sait. Qui aurait pu comprendre la folie d’une vieille dame tout juste installée dans une maison de retraite après avoir subi un séjour à l’hôpital, et qui préfère s’enfuir une nuit pour retrouver la solitude de sa maison. Qui aurait pu comprendre qu’une vieille dame préfère passer sa journée à parler à ses fleurs, dehors dans son jardin et par tous les temps, plutôt que de donner de ses nouvelles, se confier à ses amies ou recevoir la famille autour d’un café et d’un gâteau comme il se doit. Quelle vieille dame préfère en l’honneur de la visite impromptue chez elle de ses voisins exécuter les Kinderszenen de Schuman, par cœur, plutôt que de leur confier ses propres états d’âme comme on le fait d’ordinaire. Dieu seul sait.

A la sortie de l’église, Nicole Hennemann s’est précipitée dans les bras de ma mère en l’appelant par son prénom, Gina. Elle répétait ne pas réaliser que ma grand-mère avait disparu, un peu comme si on la privait d’une partie de son enfance. Elle a accepté de se joindre à nous chez Rheinhold autour d’un traditionnel Kaffee und Kuchen Klatsch, elle a accepté, heureuse. Sur le chemin, Astrid a repris son interrogatoire sur la vie sentimentale de ma petite sœur, qui ne se remettait pas pour sa part d’avoir été purement évincée de la famille dans le sermon de la femme pasteur alors que le caniche de ma grand-mère avait eu l’honneur d’être mentionné. Rien n’avait changé dans l’auberge de mon enfance, les mêmes odeurs de bière et de friture, les mêmes banquettes en bois massif, la même ambiance familiale et enveloppante à l’entrée. Nous nous sommes installés et les gens ont fait connaissance autour des souvenirs liés à la défunte. J’ai présenté Nicole Hennemann à ma cousine et demandé des nouvelles de sa famille, chose qu’il m’arrive rarement de faire, mais je m’étais particulièrement bien entendu avec la cadette des filles Hennemann, j’étais curieuse de savoir comment elle avait évolué.   Je ne m’attendais ni à sa réaction, ni à son récit. La plus jeune des filles Hennemann s’était vue rejetée par sa propre mère, mise à la porte de sa maison, un matin, sans raison apparente. Elle n’avait pas seulement été évincée d’un sermon, remplacée par un caniche, juste oubliée. Ses parents, les sacro-saints représentants de la famille idéale des Hennemann, avaient décidé sans lui donner d’explication qu’ils ne voulaient plus voir leur fille. Pourquoi ? Dieu seul sait.

Le même jour, j’ai enterré ma grand-mère et son idée de la famille parfaite.

La poésie des petits pas #7

Les jours suivants, le soleil n’a cessé d’envoyer des ondes positives venues d’ailleurs. En faisant les courses un soir alors que ma mère n’était pas encore arrivée au foyer, je me suis surprise à jeter un cahier d’écolier dans mon panier et à le remplir le soir-même avec frénésie, jusqu’à ce que la terrasse sur laquelle je m’étais installée soit presque plongée dans l’obscurité. Ensuite, je suis tombée sur une bague toute simple alors que je rangeais l’appartement, elle devait avoir appartenu à ma grand-mère, je l’ai machinalement attachée à mon cou avec une chaîne que j’avais laissée dans ma trousse de toilettes. Je n’avais plus porté de bijoux depuis des années, pas plus que je n’avais de ma vie tenu de journal intime, jamais. Ma sœur oui, mais pas moi.

Enfin, nous avons chargé les sacs remplis des vêtements de ma grand-mère dans la voiture pour en faire don. Nous étions occupées à cette tâche qui, je l’avais remarqué en répondant par un sourire entendu à la voisine de chambre de ma grand-mère, intriguait les autres occupants du foyer. Ils se retournaient sur notre passage et y allaient de leurs soupirs, comme à eux-mêmes. Je savais que ma grand-mère ne s’était pas fait d’amis. Lorsque j’ai levé à nouveau les yeux après avoir fermé d’un coup sec le coffre de la voiture, j’étais face à un véritable rassemblement de petites vieilles et de petits vieux qui se donnaient des coups de coude ou se tiraient par la manche en reculant au moment où je les ai remarqués. Nous sommes restées interdites un moment, puis ma mère a réprimé un fou rire que je n’ai pu contenir à mon tour en comprenant à quel point la situation pouvait prêter à confusion si les autres résidents nous dévisageaient comme des truands en train de transporter le cadavre d‘une des leurs, sectionnée et mis dans de vulgaires sacs en plastique pour s’en débarrasser. Nous enterrions ma grand-mère avant l’heure.

Nos éclats de rire ont fait fuir les derniers curieux, incrédules, et nous sommes parties pour aller chercher ma petite sœur qui arrivait par le train. L’enterrement avait lieu le lendemain, j’étais en Allemagne depuis une petite semaine, à naviguer entre Cologne et le foyer dans la banlieue proche de la grande ville.

Il est des villes dans lesquelles les hôtels et la possibilité de passer une nuit sur place ont davantage d’attrait, c’est le cas pour moi de Cologne, plus encore que New York ou Tokyo, Köln. La ville où je me suis perdue à vingt ans et où tout me ramène, comme pour mieux savoir d’où je viens et me rappeler le fond que j’y ai touché. Me réveiller à Köln, jusqu’à aujourd’hui et plus qu’ailleurs dans le monde, c’est avoir la sensation de renaître le matin. Marcher à Köln, c’est sentir chaque pas, même le plus petit, comme un mouvement vers l’intérieur de soi et donc vers les autres aussi, à la découverte de son propre fort et de l’ouverture sur le monde.

La poésie des petits pas #6

Je n’avais qu’une idée en sortant de l’hôpital, retrouver la vie, l’animation d’une ville. L’idée de passer la prochaine nuit dans le foyer de ma grand-mère décédée m’était insupportable. J’ai décidé de regagner Cologne illico pour retrouver ma cousine le soir même, nous n’avons pas parlé du décès, notre conversation a porté sur la relation à nos chères mères, une forme de deuil à faire aussi, sous une autre forme. J’ai raconté ma surprise en apprenant que ma grand-mère avait déchiré le livret de famille, dans certaines famille on se déchire, dans d’autres on se contente du livret. Je ne m’en sortais peut-être pas aussi mal que cela ?

J’aurais voulu raconter à ma grand-mère que dans le restaurant thaïlandais où nous dînions au bord du Rhin, « Frühlingsrolle » était traduit dans notre menu par « roulette de printemps ». Elle aurait adoré. Souvent, lorsqu’un incident sans gravité particulière ni autre enjeu survenait, elle s’exclamait d’un air faussement dramatique « Rien ne va plus !». Sans doute imaginait-elle que nous autres Français utilisions cette expression à tout bout de champ et surtout pour exprimer notre sacro-sainte insatisfaction le plus sérieusement du monde. Mais d’autres fois, le même incident pouvait déclencher chez elle des larmes hystériques, une scène de drame, l’incompréhension. Rien n’allait plus ce soir, je prenais sur moi, je parlais peu. Envie de crier.

La vie ne continue pas. Elle nous rattrape en cours de route et  nous projette dans un ailleurs. Il a plu les deux jours suivants sur Cologne. La cathédrale, le « Dom », semblait inconsolable. Puis le ciel rhénan a commencé à se dégager péniblement, et ma mère est arrivée. Je l’ai retrouvée au foyer, en pleine conversation avec une femme pasteur, vêtue de noir, taciturne. Quelques photos et autres bouts de papiers étaient étalés sur la table, ma grand-mère aimait griffonner des citations, elle en avait des tiroirs entiers remplis. L’échange entre ma mère et la femme pasteur était sur le point de se conclure, cette dernière nous a tendu sa carte de visite en précisant : « Ne vous étonnez pas en lisant cette carte que je vienne en aide aux âmes en peine, certaines personnes sont effondrées au point qu’en apprenant la mort d’un proche, elles en oublient d’avaler leur dîner ou même une gorgée d’eau ». Nous n’avions sans doute pas l’air, ni ma mère ni moi-même, effondrées et désemparées ainsi qu’il aurait convenu de l’être alors. La femme pasteur m’a rappelé ma grand-mère dans ses pires moments d’abattement, au mieux de sa forme elle se serait mise à préparer le dîner et c’est ce que nous avons fait sitôt le porte fermée sur la représentante du deuil sur terre. Une fois un soupir de soulagement poussé, nous avons ouvert une petite bouteille de Sekt, laissée au frais pour une grande occasion. J’ai servi deux coupes et nous avons orné la table sur la terrasse de la plus belle nappe dénichée dans les placards. Au moment de trinquer, ma mère s’est étouffée en constatant que la vue donnait sur les pompes funèbres, où se trouvait ce soir le corps de feu ma grand-mère. Je l’ai imaginée jubiler de ce tour de force avec lequel l’ironie de la vie s’était jouée de nous.

La poésie des petits pas #5

Dimanche 9 août. Je suis partie par le Thalys de 11h25 pour arriver à 15h15 à Cologne. Ma cousine bavaroise était prévenue, elle viendrait m’accueillir à la sortie du train, elle-même de passage dans la ville rhénane à l’occasion de l’exposition sur Fritz Leonhard dont elle était fièrement la commissaire. Je l’ai vue de loin sur le quai, elle ne m’a pas reconnue tout de suite, il a fallu que je sois à deux mètres d’elle pour lire la surprise sur son visage. Il faut croire que j’avais changé. Son mari Helge la suivait derrière. La mère de celui-ci m’avait dit, le jour de leur mariage, qu’ils s’étaient trouvés l’un l’autre comme le couvercle à son pot. C’est encore l’effet qu’ils m’ont fait sur ce quai de gare, lorsque je me suis retrouvée face au couple. J’ai eu le privilège d’être choisie par ma cousine comme témoin à son mariage. J’étais avec ma première copine lorsqu’elle m’en avait fait la demande, à cette époque on ne m’avait encore jamais fait de demande aussi importante, j’étais transportée de joie et fière. J’avais écrit un discours qui avait trouvé un écho très enthousiaste parmi les convives bavarois. Ma cousine et moi avions été très proches lors de mon exil hivernal à Cologne, c’était un plaisir de la retrouver plus de dix ans après ici-même où je m’étais tant cherchée, j’avais trouvé en elle une véritable confidente dans ma torpeur.

Nous sommes allés boire quelques bières, des Kölsch, chez Früh. J’ai bu à moi toute seule la somme de leurs consommations à eux deux. Mes deux acolytes raccompagnés à leur voiture, j’ai pris le train vers Gummersbach, que j’ai pris si souvent dans l’autre sens pour me rendre à l’université de linguistique tôt le matin. A présent il était tard, et il pesait sur la vie de ma grand-mère une obscurité terrifiante qui m’envahissait. Combien de fois avais-je pris ce train ? Je connaissais par coeur chaque minute d’ennui de ce trajet d’une heure. Après des kilomètres de souvenirs, je suis arrivée au terminus, Gummersbach. Ce nom m’a toujours paru incongru, nous avions pris l’habitude de le transformer en « Gummi », la ville caoutchouc que nous pouvions modeler au gré de nos imaginations d’enfant. Depuis la gare, il m’a fallu prendre à pieds la direction opposée par rapport à la maison de ma grand-mère pour arriver à son foyer, où je me doutais déjà qu’elle ne m’accueillerait plus jamais. L’endroit n’était pas déplaisant, une pièce unique avec un coin salle à manger et un salon, derrière lequel un renfoncement permettait d’installer un lit ainsi qu’une armoire pleine à craquer de robes dont je reconnaissais chaque étoffe, depuis le motif dans son détail jusqu’à ce doux parfum familier. Une vue magnifique et dégagée s’offrait au visiteur depuis la table de la cuisine et la petite terrasse dont j’ouvris la porte pour aérer. C’était une belle journée et le soleil chauffait encore. Je me suis assise sur l’un des deux fauteuils laissés dehors, comme j’avais l’habitude de le faire sur l’immense terrasse de l’ancienne maison, et au lieu de profiter de la vue et du soleil, je me suis tournée vers l’intérieur pour observer la pièce d’un regard extérieur, pour ainsi dire. Les meubles n’avaient pas bougé depuis mon enfance, je les reconnaissais tous et leur emplacement ravivait des souvenirs par milliers. La table de la salle à manger semblait m’attendre pour le traditionnel déjeuner de Noël et la Linsesuppe, il suffisait d’ouvrir l’armoire pour sortir la vaisselle des grandes occasions, bien rangée, avec un peu de chance j’y trouverais encore mon verre préféré, celui avec la tête d’une marionnette de Sesamstrasse. Les fauteuils en velours épais et positionnés en biais devant la télévision m’invitaient à terminer la soirée en discutant du temps qu’il fera demain et des personnes dont nous aimions nous défaire pour le simple plaisir de nous moquer et d’en rire pendant des heures entières, une vie ne nous aurait pas suffi pour venir à bout de tout le monde.

Lundi 10 août. Je suis arrivée à l’hôpital en empruntant le trajet le plus long, ce fut interminable. Je n’ai pas trouvé mieux que de prendre le chemin que je connaissais depuis la maison de ma grand-mère. Les raccourcis, cela n’a jamais été mon truc. Je redoutais d’arriver, parfois il vaut mieux ne pas arriver trop vite.

J’ai découvert sur le lit que l’on m’a indiqué comme étant celui de ma grand-mère un être squelettique et dévêtu, amoindri et usé, rongé par des attaques de panique, délaissé par la vie. Je suis entrée sur la pointe des pieds, je me suis tenue à deux mètres du lit pendant un instant, puis je l’ai saluée, doucement : « Hallo Mamie, ich bin’s, Mausi! ». Elle a eu une réaction de stupeur lorsque je me suis avancée avec hésitation vers elle pour m’asseoir sur le rebord du lit, près de sa hanche gauche qui venait d’être opérée. Elle avait l’air bouleversée et n’avait de cesse de répéter « Hallo! », sans trop savoir que faire ni penser, quoi dire. J’ai lu dans son regard un appel à l’aide, le même que celui désespéré depuis l’autre côté de la vitre dans l’asile de fous, sauf qu’à présent c’est dans son propre corps en proie à une dégradation flagrante qu’elle se trouvait enfermée. J’étais là et je n’y étais pas, elle ne me voyait pas, ce n’est pas moi qu’elle voulait voir. Elle réclamait « Ingrid », il fallait que « Ingrid » vienne le plus rapidement possible, et je ne savais pas qui était cette « Ingrid ». J’avais bien le souvenir d’une Iris, maman d’une Inga, chez qui j’allais jouer avec autant d’enthousiasme que chez la petite Nicole Hennemann, mais aucune Ingrid dans les annales de ma grand-mère. Iris était une amie d’enfance de ma mère. L’infirmière qui était venue lui remettre les draps de manière convenable ne s’appelait pas non plus Ingrid et pensait que j’aurais réponse à sa propre interrogation à ce sujet. C’était une énigme pour tout le monde. Aucun médecin n’était présent le matin, moi non plus, je n’étais que l’ombre de moi-même. Il fallait que je revienne l’après-midi. Elle avait subi non pas une mais deux opérations, et un anévrisme lors de la seconde. Ma grand-mère allait mourir, trop vite.

Je suis retournée dans la chambre d’hôpital, où l’on avait pris soin de m’installer une chaise de l’autre côté du lit, vers la fenêtre. J’avais le visage à sa hauteur, mon regard était rivé au sien, qui ne parvenait que très difficilement à rester fixé sur quelque chose, sur moi par exemple. Sans arrêt, elle soulevait le drap pour constater sa plaie post-opératoire, elle était désemparée. Sans doute, personne n’avait-il pris la peine de lui expliquer qu’elle venait d’être doublement opérée. A quoi bon, elle n’entendait plus personne, pire son propre corps ne lui répondait plus. Je lui ai caressé les jambes par-dessus le drap, peut-être ressentait-elle encore quelques sensations dans ses membres. Puis je lui ai caressé la joue, en lui parlant doucement, je répétais toujours les mêmes choses, comme à un enfant. Parfois, elle me regardait, l’air atterré. J’ai remarqué qu’il sortait de sa bouche une substance adipeuse. J’ai pris un mouchoir pour la nettoyer, ma grand-mère râlait plus qu’elle ne respirait. Je me suis souvenue que j’avais le dictaphone dans mon sac, à portée de main, au pied de la chaise sur laquelle j’étais clouée. Mais je ne lui voyais plus aucune utilité, ma grand-mère avait dit tout ce qu’elle avait à dire, « Ingrid », et elle attendait des réponses, peut-être même une présence. Je l’ai prise en photo. Je la trouvais magnifique, malgré tout. Elle basculait soudain la tête en arrière, les yeux révulsés et la bouche entr’ouverte. Seul le battement intempestif de sa tempe indiquait qu’il subsistait chez elle un semblant de vie, quelque chose qui tremblait d’espoir. Ingrid, vite.

Mardi 11 août. J’ai eu ma mère au téléphone le lundi soir pour lui faire un récit le plus objectif possible de ma visite, en lui épargnant les détails physiques du spectacle auquel j’avais assisté. Réfugiée sur son île, ma mère a répondu que ma grand-mère était une force de la nature, bientôt elle recouvrerait ses esprits.

Ma grand-mère est décédée le mardi matin. Dienstag. J’ai découvert son cadavre en entrant dans la chambre d’hôpital. Son visage était bandé pour éviter à la mâchoire de s’entrouvrir, ses mains étaient rassemblées comme pour une prière éternelle, ses yeux ne semblaient plus vouloir s’ouvrir. Ingrid ne viendrait pas. Ou, peut-être était-elle venue à travers ma personne. Au téléphone, ma mère me conseilla de chercher dans l’armoire sa plus belle robe, elle me demanda si ma grand-mère avait l’air apaisée, je fondis en larmes. Je lui racontai l’épisode d’Ingrid, elle ne sut pas me dire de qui il pouvait s’agir, elle ne connaissait personne de ce nom-là, sans doute était-ce une camarade de classe dans son enfance. J’avais eu la lourde tâche, du moins je la considérais comme telle, d’annoncer au matin à ma mère le décès de la sienne. Après m’avoir fait répéter trois fois, elle ne put que constater : « Ah, elle est morte ? ». Oui, c’est ça Ingrid, ta mère est morte.

La poésie des petits pas #4

Il a été décidé d’installer ma grand-mère et les meubles de sa maison dans l’appartement d’une résidence surveillée, une manière pour elle de s’offrir une nouvelle vie. Elle y a vécu trois années durant lesquelles je ne suis pas allée la voir parce que j’avais peur de ce que j’y verrais. Je continuais à recevoir des nouvelles par ma mère qui l’appelait toujours aussi régulièrement, j’apprenais qu’il lui arrivait de demander de mes nouvelles. D’autres fois, elle perdait les pédales et mélangeait tout. Souvent, elle m’a appelée par le prénom de ma mère. Au moins, elle se souvenait de celui-ci, je ne savais pas encore que ma mère devait porter un autre prénom à l’origine et que c’est ce dernier dont se souviendrait ma grand-mère sur son lit de mort, réclamant éperdument « Ingrid » que personne ne connaissait.

Un nouvel appartement, une nouvelle vie, sans aucune marche sur laquelle risquer de chuter. Et voilà qu’avertie par un message abrupt de la part de mon père, je m’apprêtais à m’installer dans ce foyer que je ne connaissais pas et qu’elle occupait maintenant, avant qu’elle ne se blesse dans sa salle de bain en se cassant le col du fémur. Il n’y avait pourtant aucune marche. J’ai fait le voyage seule. Ma grand-mère a rencontré ma première copine, elle ne pouvait pas ne pas savoir pour moi, ne pas franchir une marche dans son esprit de grand-mère. Elles se sont rencontrées chez mes parents, le soir où mon amie est restée dîner pour la première fois. Persuadée comme toujours que personne d’autre que nous ne pouvions la comprendre si elle me parlait en langue allemande, ma grand-mère avait déclaré tout haut : « Sie ist ja charmant! » (Mais c’est qu’elle est charmante !). Je n’ai jamais vraiment su si ma grand-mère était au courant que j’étais lesbienne, elle me demandait régulièrement des nouvelles de l’amie, pourvu que le mot ne soit pas prononcé. Lesbisch (lesbienne). Elle-même avait une amie qui avait pour habitude de l’embrasser sur la bouche pour la saluer, ma grand-mère détestait cela. Et j’adorais qu’elle me le raconte comme elle le faisait, dans la connivence et avec légèreté.

Je n’ai jamais eu devant ma grand-mère de geste déplacé ou de mot qui l’aurait choquée, l’extrême pudeur protestante est passée par là. Peu importait ce qu’il se passait sous la table, pourvu que mon assiette soit vide à la fin du repas et que je m’estime « satt » (repue), c’est tout ce qui comptait pour ma grand-mère. J’ai toujours été fière en parlant d’elle, je récitais les dictons qu’elle n’avait de cesse de répéter : « Liebe geht durch den Magen » (L’amour passe par l’estomac) ou encore « Bier ist flussiges Brot » (La bière, c’est du pain liquide), comme si elle avait besoin de légitimer ses actions par un parole ancrée dans la sagesse populaire. J’ai toujours présenté ma grand-mère comme la grand-mère idéale, celle avec qui les discussions s’éternisaient à table, entre ses souvenirs du passé et mes doutes au quotidien, elle m’entraînait dans ses fous rires et mettait du piment dans ma vie, le sens que je ne lui avais pas trouvé encore moi-même. Et je rêvais de lui présenter un jour la personne idéale pour moi.

Il ne devait jamais rien manquer chez ma grand-mère, ni dans les placards ni dans le cœur. Tous les ans au mois de décembre, nous recevions le calendrier de l’Avant, dont chacune des petites fenêtres ouvrait un peu plus la porte de celle qui nous accueillerait à Noël par-delà le Rhin. Le jour du 24 décembre, nous partions le matin faire les derniers achats et nous rentrions pour l’heure du déjeuner, le moment qu’entre tous en cette fin d’année je préférais. Ma grand-mère s’était affairée en cuisine depuis le matin et avait préparé sa traditionnelle soupe aux lentilles, la Linsensuppe, assez épaisse et garnie d’épais morceaux de saucisse grasse et goûteuse. Tout le monde s’asseyait lorsque la marmite était servie brûlante sur la table, un grand moment d’excitation que nous aimions partager. Il ne restait jamais une seule lentille au fond du plat, ma grand-mère rayonnait, grâce à nous le soleil brillerait le lendemain. Sans doute ma grand-mère a créé un manque plus tard, par son absence et en ayant si longtemps et avec autant de simplicité comblé mon appétit et ma joie, le désir de renouer avec la perfection de ces moments sublimés depuis et de trouver cette personne sinon parfaite, du moins faite pour moi.

Noël a perdu sa magie et son charme sans ma grand-mère, rien n’a plus jamais été pareil, aussi simple et accessible. L’âge adulte a mis des distances entre moi et ce bonheur à portée de plats copieux et de longs fous rires spontanés. J’ai appris le vide et l’ennui, la solitude aussi. Ma grand-mère avait toujours peur que je m’ennuie chez elle, et moi je redoutais plus que tout le moment où elle insisterait pour que j’aille jouer avec la petite voisine, Nicole Hennemann. Non que la cadette de cette famille de trois filles, comme nous, me soit antipathique, seulement ma grand-mère me suffisait et surtout, je n’aimais pas l’idée d’aller frapper à la porte de gens que je ne connaissais pas pour réclamer une compagnie que je ne désirais pas. J’y allais seulement en ultime et dernier recours, lorsque je sentais que si je ne le faisais pas, ma grand-mère finirait par se vexer face à ma réaction récalcitrante. Elle aimait ses voisins, pire les Hennemann étaient à ses yeux la famille idéale, riche et surtout très gentille avec elle. Elle aurait souhaité que nous soyons voisins, mes parents et elle, juste séparés par un grillage. J’étais gênée par les Hennemann, je passais une heure dans leur salon à répondre à leurs questions, il me fallait me forcer à m’exprimer à leur encontre dans un allemand impeccable, en prenant soin de ne pas trébucher.

Ma grand-mère n’était pas bavarde avec n’importe qui non plus, mais elle adorait se faire mousser, notamment en racontant son enfance, la guerre, la pénurie et les moments heureux. Avec une fierté qui m’a toujours désarçonnée et me hante encore, elle racontait que fillette, elle avait serré la main d’Adolf Hitler. J’ai décidé de prendre avec moi un dictaphone pour recueillir d’elle ce qui pouvait encore l’être.