Direction Etoile #39

La natation donc, mon point faible quand les autres points ne sont pas si forts que ça. Mais je continue à progresser en vélo et je sais qu’en courant moins et beaucoup mieux, j’ai moyen de retrouver ma foulée olympique d’avant les confinements, reste plus qu’à. Je retourne à la piscine le mardi, j’arrive avant 8h en traînant des pieds et le bassin est déjà plein comme jamais, je vais devoir m’insérer dans une eau qui n’est pas la mienne, m’intégrer à un rythme que je n’ai pas choisi, le bruit des vagues crées est assourdissant. Alors que j’essaie de me rencontrer sur ma nage, il me revient l’image de mes entraînements à la piscine porte de Champerret tous les midis pendant des semaines, c’était une bouffée d’oxygène et d’énergie de pouvoir faire quelque chose de ma pause, par-dessus un couloir était réservé au nageurs de crawl et j’y avais fait de gros progrès. Tous les midis, je venais nager un kilomètre en crawl en essayant d’aligner à la fois la technique apprise au club et le minimum de vitesse nécessaire pour rester dans la ligne, c’est exactement ce que j’ai perdu pendant les confinements où non seulement l’accès aux bassins n’était plus d’actualité, mais lorsqu’il l’est devenu à nouveau avec attestation, j’ai repris la natation en convalescente, en brasse, retour à la case départ. C’est comme si le confinement avait autorisé une régression et permis tous les prétextes. J’en suis là de ma réflexion et je me rends compte que j’alterne une longueur de crawl avec une longueur de brasse, contrairement à précédemment où je nageais ma séance en crawl, j’ai pris de mauvais réflexes que je reproduis jusqu’au jour où je dois performer. Deux jours plus tard, j’arrive à 7h à la piscine et je nage le premier kilomètre en crawl, voilà d’où venait la faille, j’ai dû perdre au niveau de la respiration, il faut tout reprendre. Et comme une bonne résolution ne vient jamais seule, je retourne à la chorale dès le lendemain car la respiration se travaille aussi en chantant m’a-t-on dit, plus aucune raison de basculer à nouveau vers la brasse si je me mets à répéter mes chants sous l’eau, motivée par l’arrivée d’une nouvelle cheffe de chœur prête à nous faire voyager ailleurs.

Clignancourt #2

Le plus dur n’est pas de venir à bout des deux kilomètres de nage à jeun, ni même des sortir de chez moi sans avoir pris ni douche ni café, mais qu’il ne soit pas même 7h. Lorsque j’arrive devant la piscine des Amiraux, l’une des trois piscines de Clignancourt, les gens font déjà la queue dans le silence et en portant un masque jusqu’à la cabine. L’immeuble nous plonge dans les années 20 où il fut construit de manière à ce que chaque habitation sur les sept étages dispose d’un balcon, ce qui lui donne une structure très particulière et réduit forcément la surface d’habitation, la priorité était à l’hygiène. La piscine occupe la cour centrale de l’immeuble, elle est aujourd’hui publique et doit sa particularité à un système de vestiaires individuels dont la porte est claquée par son occupant pour la verrouiller au moment d’aller nager, un agent vient ensuite l’ouvrir. Son bassin fait 33m, il n’y a pas de petit bassin à proprement parler sinon que l’on entre dans l’eau à un mètre de profondeur, les gens ont tendance à s’arrêter sur le bord et il n’est pas possible de faire de culbute de ce côté du bassin, comme à Georges Hermant. Autant je me demande encore ce que je fais là à 7h03 lorsque je claque la porte de mon vestiaire n°18, celui que j’ai l’habitude de prendre comme s’il m’était bien sûr réservé, autant chaque partie de mon corps se détend soudainement lorsque je prends mon élan sur le mur pour me couler dans l’eau sans avoir une idée de la distance à parcourir. Comme pour la course à pied, je pars du principe que je peux m’arrêter dès que je n’en peux plus si ce n’est pas le jour, j’y vais tranquillement pour m’échauffer et personne ne vient me doubler ni me ralentir encore, les nageurs et nageuses arrivent doucement. J’imagine qu’au bout de 400m je commence à accélérer, les autres nageurs sans doute aussi, il se passe comme une agitation et personne ne s’arrête plus en fin de ligne pour ne pas perdre le rythme dans lequel chacun est installé, comme un manège sur sa lancé. Et alors que je m’étais promis de rester tranquillement à ma place sans gêner personne, ne serait-ce que pour des raisons de distance physique, il m’arrive d’avoir à doubler le nageur de devant pour retrouver une ouverture et avancer à nouveau, au début je détestais faire ça et je me faisais souvent doubler, à présent je retrouve l’ambiance d’un départ en triathlon lorsque l’idée avant même de nager est de se faire sa place dans l’eau. Je sors du bassin moins d’une heure après, d’un coup je trouve qu’il y a trop de nageurs, mon souffle est plus court et je commence à fatiguer, je regarde alors la distance parcourue en m’élançant dans un dernier aller-retour histoire d’arrondir le résultat. Doubler certains nageurs m’a permis quelques accélérations, un peu comme une reprise en course à pied lorsque la fatigue se fait sentir et qu’il faut repartir de plus belle, mais je préfère encore le moment où je découvre le bassin encore vierge de tout baigneur.

Format M #2

J’ai écrit que j’étais assise au café de La Plage au bord du bassin de la Villette à Paris, en réalité j’écrivais depuis la taverne « 1975 » située pour le coup juste en face du tout petit mais néanmoins international aéroport de Mykonos. Dans l’attente de mon vol prévu à 20h tout pile et forcément avec un certain retard, j’avais tout l’après-midi pour me poser quelque part et avancer d’une manière ou d’une autre, sans que ce soit dans un bassin ou sur une piste de stade ou simplement cyclable. Je suis partie de Tinos par le ferry de 11h45, j’ai profité du court trajet pour visualiser de loin la distance de la baie parcourue à la nage. Il faut parfois être programmé pour certaines actions pour qu’elles passent pour simple formalité alors qu’une fois accomplies et d’un extérieur relativement objectif, la traversée à la nage, en crawl et littéralement contre vents et marées m’est à ce moment apparue comme une prouesse, certainement relative, mais record tout de même. Je n’avais encore jamais parcouru la distance de trois kilomètres en eau libre, c’était chose faite.

Lever avant sept heures du matin puisque la fanfare, qu’on aurait cru recrutée exprès pour la célébration de la fête nationale, m’avait tirée du lit plus tôt que prévu, pas de grasse matinée en ce dernier jour de vacances sur l’île de Tinos pour moi. J’ai chaussé mes baskets et je suis partie à la chasse aux figues, j’avais déjà repéré quelques plantations très prometteuses. je n’ai pas été déçue par la course sur laquelle j’ai avalé plus de fruits que de kilomètres. Le parcours que j’ai repéré depuis quelques années et qui reste mon préféré traverse le port d’un extrême à l’autre par les quais puis remonte sur un joli dénivelé de deux kilomètres derrière la basilique vers laquelle convergent les pèlerins à genoux. Je me laisse ensuite glisser par les axes routiers bordés de figuiers jusqu’à l’autre pointe de la baie, à l’opposé de l’appartement vers lequel j’achève ma sortie sur les cinq derniers kilomètres en bord de plage. Le tracé est la plupart du temps très venté mais reste idéal.

En débarquant dans le port de Mykonos à midi et demi, j’ai décidé de monter à pieds jusqu’à l’aéroport, j’avais du temps devant moi avant le décollage le soir, beaucoup de temps. Les trottoirs étant quasi inexistants, j’ai frôlé plusieurs camions qui roulaient à vive allure sur la route et croisé très peu d’autres piétons. A cette heure chaude de la journée, la plupart des touristes devaient être à la plage ou en taverne. Arrivée à destination, je me suis à mon tour posée sur la terrasse de l’établissement le plus proche de l’aéroport pour commencer à y écrire, la taverne « 1975 » qui est devenu le point d’accroche de mon récit. L’incendie du quartier de Mati, le marathon d’Athènes, le club de course et les premiers émois en triathlon, et alors que j’avais encore en tête les paysages calcinés non loin du port de Rafina, mon texte s’est évaporé tout d’un coup, il n’en restait plus rien que le seul souvenir de son accroche, le nom de la taverne « 1975 », qui est aussi mon année de naissance.

Peut-être, d’une certaine manière, me faut-il renaître pour passer au format M.

Format M #1

Je suis assise à la plage, ou plutôt au café La Plage, en face du lieu où j’ai pris le départ du triathlon de Paris il y a un bientôt presque un mois, format S.  Je suis rentrée hier de l’île, jour de fête nationale en Grèce, j’ai d’ailleurs été réveillée peu avant sept heures du matin par une fanfare dont je pensais qu’elle jouait devant la fenêtre de ma chambre tant l’acoustique du port est exceptionnelle et l’enthousiasme des musiciens convaincant. L’année dernière, ce même jour férié, le quartier de Mati connaissait l’un des plus importants incendies qu’ait connu Athènes. Situé en bord de mer, à quelques kilomètres du port de Rafina, le quartier a été ravagé par la catastrophe, les flammes ont fait plus de quatre-vingts victimes. Les rescapés se sont réfugiés dans la mer, à quelques dizaines de mètres seulement des rues, la plupart des habitants ont eu le réflexe de prendre leur voiture, ils sont morts asphyxiés dans l’habitacle. Le feu d’artifice était déjà lancé dans la soirée pour célébrer la fête nationale lorsque la nouvelle du drame est parvenue sur l’île de Tinos.

Lorsque je suis venue passer mes vacances quelques semaines plus tard, au mois de septembre, j’ai été confrontée à une première en Grèce, la grève des personnels naviguant sur les ferrys. Mon hôtel étant complet, et la situation politique semblant pour l’instant sans issue, j’ai réservé une nuit supplémentaire près du port de Rafina, dans le quartier de Mati. Je me souviens encore de l’odeur de brûlé, très fort, et de l’émotion en découvrant les paysages calcinés en arrivant à l’hôtel, la catastrophe se lisait entre les vagues de la mer, mais personne n’en parlait. Lorsque je suis allée courir le marathon d’Athènes le 11 novembre, les habitants de Mati étaient habillés de noir et avaient réalisé sur notre parcours une haie d’honneur, que nous avions traversé en les applaudissant, j’ai eu les larmes aux yeux. J’aurais préféré arrêter là ma course et retourner dans le port de Rafina, prendre le premier bateau pour Tinos. J’ai effectivement mis fin à ma course, mais parce que mon bassin s’était déplacé suite au port de nouvelles semelles qui étaient sensées corriger mon déséquilibre du bassin, la douleur était trop forte, j’allais vers la blessure, j’ai abandonné. Il m’a fallut plusieurs jours pour digérer cet échec. Le marathon d’Athènes était ma première course avec le club de course que je venais de rejoindre en juillet, j’étais fière d’être une Front Runneuse et je voulais le prouver. Je me suis alignée sur toutes les courses possibles, du 10km au trail, en passant par les semis et par la découverte du triathlon.

En avril, je finissais le marathon  de Paris, heureuse de passer devant le stand de mon club, à un mètre seulement de l’arrivée, c’était la seule motivation de ma course, les voir et qu’ils me voient en bonne voie cette fois-ci pour franchir la ligne d’arrivée. Une semaine plus tard, je participais au stage de triathlon. Je ne sais toujours pas comment j’ai eu cette idée étrange de m’initier à ce sport pluri-disciplinaire, moi qui n’avais jamais nagé de crawl et ne disposais même pas d’un vélo pour rouler dans Paris. L’apprentissage du crawl fut laborieuse, à un mois seulement de ma première participation à un triathlon XXS. La coach m’avait mise à la planche, je devais ensuite comprendre les mouvements de bras, la respiration et l’opposition, l’alignement et la coordination avec les jambes. J’ai failli abandonné là aussi, mais la motivation de franchir la ligne d’arrivée de ce triathlon organisé par Athletic Coeur de Fond l’emporta. Premier podium, chose incroyable, je finissais troisième de ma catégorie, plus décidée que jamais à en découdre avec le crawl et le vélo. J’adoptais Spring, un valeureux vélo de course mono-plateau avec qui j’affrontais les dénivelés des gorges de l’Ardèche et le vertige en haut des virages escarpés. Un mois plus tard, j’étais alignée sur mon premier triathlon format S, 750m de nage, 20km de vélo et 5km de course à pied sur un parcours de cross ou quasi. Contre toute attente, je n’ai pas paniqué au départ en groupe de la natation, j’ai trouvé mon rythme et alterné crawl et brasse coulée le mieux que j’ai pu, de fait je ne suis pas sortie dernière de l’eau. J’ai récupéré mon vélo dans le parc avec un sentiment de soulagement et sans forcer sur les deux boucles du parcours. C’est au moment de partir à la course à pieds que je me suis rendue compte de mon avantage sur d’autres concurrents en fin de parcours, pour ainsi dire. J’ai pu doubler ceux qui s’étaient distingué plus que moi à la nage et au cyclisme, Et je me suis juré qu’un jour, je finirais par rattraper mon retard sur le crawl et que je franchirai la zone de confort en vélo pour maîtriser toujours mieux les trois disciplines du triathlon. Et si possible au format M.