La poésie des petits pas #55

Ce jour de folie, un samedi, où elle me sert si fort que je sens qu’elle pourrait m’avaler.

Mon étonnement le jour où je lui ai proposé de venir avec moi à Köln, voir ma ville. Elle était déjà allée en Allemagne, savait parfaitement imiter la tonalité d’une conversation teutonne, mais jamais elle n’aurait choisi cette destination pour un week-end en amoureuses. La première fois que je lui avais proposé de partir en week-end ensemble, dès la semaine suivante, j’avais été très étonnée, flattée aussi et tellement heureuse, qu’elle accepte de suite. Un week-end en Champagne et en Bourgogne, l’occasion de profiter d’une première randonnée ensemble, nous avions parlé déjà de notre intérêt commun pour la marche, depuis le trek sur les hauts sommets de son côté et du mien la course dans les stades de mon quartier.

Nous nous étions déjà essayé au squash ensemble, elle avait fait partie d’une équipe et participé à de nombreuses compétition, elle n’avait rien perdu de ses réflexes et de son jeu. J’ai adoré boire une bière, ruisselante de transpiration, en train de la regarder dans le même état mais ravissante, m’expliquer les différents points sur lesquels je devais travailler mon jeu. Ses joues étaient empourprées, elle avait attaché ses cheveux et quelques mèches tombaient, rebelles à tout ordre, elle était affalée dans le fauteuil et aussi détendue que je pouvais l’être. Nous faisions encore connaissance elle et moi, je ne pouvais pas savoir que j’en serai toujours au même point, six mois plus tard, à apprendre à mieux connaître cette comète très spéciale.

Nous avions pris une première douche ensemble, à l’écart, dans les vestiaires du Club, le lendemain du premier dîner chez elle, seule à seule, j’étais rentrée tard dans la nuit, hilare, amoureuse. Mais elle n’en savait rien, c’est en tout cas ce que je voulais croire de mon côté, et je devais me montrer discrète dans mon comportement dans les vestiaires du club de squash, où il n’y avait personne d’autre qu’elle, je la voyais nue sans qu’elle remarque mon manège, je ne pouvais pas ne pas être attirée par sa beauté plastique parfaite, son élégance, sa légèreté. Nous nous sommes quittées devant son scooter et elle a continué à me hanter jusqu’au soir, toute la nuit et aussi la sainte semaine qui a suivi jusqu’à ce que je la revois au café l’Artiste, trois jours plus tard qui m’avaient paru une éternité pendant laquelle je lui envoyais des messages pour la séduire, je recevais des vidéos de squash pour que j’apprenne la technique.

Dès le week-end suivant, nous étions à nouveau sur le terrain de squash et cette fois-ci, le dîner chez elle était prévu après, elle m’avait proposé de tester sur moi une nouvelle recette sri-lankaise, elle qui n’avait soi-disant jamais ou très rarement cuisiné dans sa vie venait de se trouver une passion pour les plats savamment épicés, une aubaine que je savais apprécier. Nous sommes arrivées chez elle, sur son scooter, le ciel était pâle et rose, intense de retenu, comme en suspens et dans l’attente de la note finale, je me projetais de manière indécente dans une habitude hebdomadaire de squash et de douche, d’épices et de senteurs magiques.

J’aimerais être près d’elle, j’aimerais me serrer contre elle tout le temps, tout contre elle, partout et en même temps ne pas la déranger, l’observer vivre et mieux me faire oublier. J’aimerais qu’il n’y ait plus comme dénominateur commun entre la grande magicienne et moi la sorcière par laquelle je l’ai rencontrée, j’aimerais en finir avec la langue de vipère, l’envoyer paître sur une île déserte, la catapulter sur Pluton comme pour éloigner tout danger. Mais il faut me taire, éviter le conflit et ne pas risquer l’affront, lâcher prise encore et encore. Je reste là dans l’attente de ce qui pourrait se passer, comme s’il pouvait se passer quelque chose qui m’aurait échappé, alors que la situation attend quelque chose de moi pour évoluer. Vers quelle couleur m’orienter ? Les rayons lumineux m’excitent et la clarté du ciel m’apaise, les feuilles dans les arbres m’intriguent, ça grouille et soudain, je me sens attirée par un arbre.

Nous marchons parmi les pins dont les cimes me protègent encore de la sensation de vertige, je ressens l’envie de serrer l’un des arbres dans mes bras, de sentir la fermeté de son tronc contre moi et m’appuyer sur la tentante et délicate fragilité de l’écorce, la faire craquer. La grande magicienne m’a surprise au moment où je cédais à la tentation d’enlacer mon arbre. Depuis un long moment déjà, je la suivais sans qu’elle ne se retourne, il a fallu qu’elle choisisse ce moment pour surveiller ses arrières, à croire que l’arbre s’est mis à soupirer de satisfaction. Je me rends compte soudain que le soupir vient de moi, l’arbre n’y est pour rien, qui se laisse enlacer sans oser émettre le moindre commentaire, ça doit jaser dans les racines. A la place, la grande magicienne a l’audace de nous interrompre en poussant un gloussement de stupéfaction, dans mon élan je suis à présent complètement appuyée contre l’arbre et m’apprête même à fermer les yeux pour me laisser aller à la chaleur intense de la vie végétale.

J’aimerais que la grande magicienne soit jalouse de l’arbre dont elle ne connaît ni les racines ni l’aspiration de sa cime, j’en suis là de mes atermoiements lorsque son air surpris et sa mine feignant l’atterrement et le scandale imminent me procurent cet éclat de rire salvateur qui dissimule dans l’instant mon désarroi alors que s’immisce en mon esprit ce moment gravé pour l’éternité où j’ai serré le corps si désiré de cette comète tombée dans mon ciel un soir, j’aurais voulu vivre à nouveau cet instant, l’excitation dans l’intensité d’un long soulagement, des milliers, des milliards de fois encore, toutes les secondes depuis cette minute de ma vie, pour la faire durer une éternité.

Mais il faut avancer, la marche a repris et je dois gravir les lacets devenus plus étroits, je reste derrière elle et parfois perds du terrain parce que sous mes pieds le sol se dérobe et qu’il n’y a plus aucun arbre à enlacer pour puiser dans son énergie, me connecter à sa force et tenir jusqu’à ce que ce moment de vertige soit passé, que la vie reprenne, et avec elle l’espoir, la chaleur, l’écorce, l’enracinement.

C’est un matin, j’avais déjà pris ma douche, prête à partir de chez elle sans attendre qu’elle ne m’incite à m’en aller, je sors de la salle de bain et m’assied sur le canapé où, à ma grande surprise, elle ne s’est pas installée. Si je l’y avais retrouvée, comme prévu selon moi, je n’avais plus qu’à prendre mes affaires et à déguerpir, n’ayant plus de raison de rester ici. Entre nous, ma place est sur le canapé, sur la partie de son côté, elle-même s’asseyait sur un fauteuil bas en cuir, très confortable et décoré d’un tissu qu’elle avait ramené d’un voyage. Parfois, le tissu glissait dans son dos lorsqu’elle s’agitait trop à l’occasion d’un récit animé, d’autres fois, nos pieds se touchaient de pars et d’autre de l’un des pieds de la table basse. Mais ce matin, elle n’était pas assise à la place qui était la mienne lorsque nous passions un moment assises devant la table en bois noble, qu’elle avait réalisé de ses propres mains, elle attendait que je sorte de la douche et s’est approchée de moi l’air ludique et la mine réjouie. Elle a commencé par me flairer comme pour vérifier si je m’étais correctement savonnée, puis elle m’a attrapée comme le ferait un fauve pour ramener l’un des siens à la tanière, par la peau du cou, en mode panthère qui n’a pas eu ce qu’elle voulait, avec une idée précise en tête.

La nuit, tous les chats sont gris et ma panthère est bleue, ses yeux percent dans le noir et son souffle me parvient d’un pays lointain qu’elle visite, à la rencontre d’autres que moi, ses cheveux hirsutes tombent sur son visage et lui donnent un air sauvage, je l’entends rugir. Elle rencontre toute sorte de peuplades dont elle me parle au réveil avec ce regret de ne pas avoir pu aboutir à mieux qu’un rapport évasif et délité alors qu’elle était en train de nouer des relations fortes et solides, capables de braver le sentiment d’étrangeté dont souffre l’humanité et dont elle semble connaître l’enjeu, pour en avoir subi les affres ici, mieux que quiconque. Là-bas, on l’accueille et elle est attendue depuis au moins aussi longtemps que ses aventures lui inspirent des rêves encore plus fous pour renouveler ses escapades dans le monde et enrichir le pouvoir magique de ses rencontres avec les gens sur place par le miracle d’un lien. Elle me raconte la rencontre au petit matin, ses yeux sont encore remplis d’une lumière particulière et ses cheveux sentent le sable chaud, elle revient à peine de son périple onirique, c’est beau d’avoir des nouvelles depuis l’autre bout de la Terre à l’occasion d’un rêve inspiré. Depuis la nébuleuse de mon inconscient, je l’écouteégrener des noms exotiques qui veulent me prendre par la main pour me montrer où les trouver sur la carte, mon esprit se dégourdit, piqué par la curiosité de savoir sur ce qu’il s’y est passé alors que je dormais dans ses draps. Les souvenirs semblent s’éloigner comme la vague se retire déjà de la plage après la déferlante pour plonger dans les profondeurs de l’océan trouver un nouvel élan en allant puiser sous le sable les ressentis qui crissent enfouis, matière trépidante pour la nuit suivante. Je la laisse vagabonder encore quelques instants dans les méandres de ses rencontres insolites tandis que l’odeur de café et l’attrait des confitures, marmelade à l’orange et moelleux de la figue, finissent de délier les paupières, la journée se construit depuis le succès du lien matinal. Je cours après les habitudes avec autant d’entrain que si je sortais au stade, je guette les repères comme s’ils étaient signe de continuité, de cohérence entre nous et de permanence des sentiments qui, s’ils se sont déclaraient au début, se disent moins et se confortent dans nos retrouvailles hebdomadaires, moi j’ai juste peur qu’un matin elle ne me parle plus ou qu’un soir elle oublie de me filer rencard, qu’elle ait mieux à faire que de me retrouver, j’y pense. Elle m’en fait voir de toutes les couleurs sans que je ne saisisse son astuce pour passer de l’obscurité du bleu nuit à la chaleur de jaune canari un peu fou et qui me renifle de partout, je passe par des états d’immaturité et d’inquiétude, presque verte de peur j’attends des nouvelles, jusqu’à recevoir un message de sa part et sentir mes joues s’empourprer d’enthousiasme, je décline la palette des émotions et réagis comme une marionnette dont on tiendrait tous les fils pour s’amuser des réactions colorées et désarticulées, inspirer pour s’inspirer. Œuvrer.

20 Sept. 2017 – 20 mars 2018

La poésie des petits pas #54

Je n’ai pas senti tout de suite opérer la transformation du dramatique en chromatique, j’ai ressenti une paix profonde sans savoir tout d’abord d’où elle pouvait provenir exactement.

J’ai des envies d’orange sanguine. J’ai des envies d’ailleurs, d’aller voir ailleurs tiens, par exemple de voir la Terre depuis la Lune.

Je marche sur ce sol lunaire, je continue à marcher derrière elle, qui donne le rythme. La vie peut se réveiller d’humeur grise, vaciller entre la timidité d’une éclaircie, l’attrait d’un saule pour y pleurer à l’ombre, elle trouvera un ciel noir et d’un éclair explosera. Elle peut aussi, à la tombée de la nuit, venir nous réchauffer de son orangé qui se laisse désirer, et traîner par chapes de nuages aux couleurs chaudes comme des flammes qui ne veulent pas mourir et continuent à brûler sans faire le moindre mouvement lorsqu’on les fixe du regard. La grande magicienne se retourne rarement, je guette le moment où je peux capter une expression de visage significative et que je pourrais interpréter à ma guise, j’observe les traits de son profil, je suis la forme mouvante de son ombre. Elle a attaché ses cheveux face au vent, sa nuque est dégagée comme le ciel au-dessus de nous, seul repère de couleur, un bleu vif, pour nous rappeler notre présence terrestre plutôt qu’ailleurs sur un autre astre de la galaxie, tant le reste du paysage détonne et n’en finit pas de nous étonner à chaque nouveau tournant, c’est une invitation à explorer une dimension inédite et dont nous n’aurions ni la clé ni le plan pour en sortir.

Le vent est assourdissant, les cratères vertigineux, je suis comme en apesanteur, j’évolue par saccades après m’être concentrée sur le prochain pas non sans une certaine intensité car à la moindre faiblesse je pourrais bien me retrouver éjectée sur la planète Pluton, je suis sur le fil.

Une palette de sensations se diffuse en moi et déverse ses nuances dans mes veines, ce n’est plus un seul et même sentiment qui m’habite et m’aurait, dans d’autres circonstances, enfoncée d’un coup d’un seul et sans répit, mon cœur balance entre une nuance et son contraire et ne cesse d’être bercé par cette mélodie aux inspirations délirantes, désarticulée et déliée comme un rayon de soleil qui s’étirerait de tout son long entre le passage de nuages.  Plus je prête attention à cette mélodie et plus elle s’enrichit de l’attention que je lui porte, à croire qu’elle rougit elle-même en modulant à chaque fois sur une tonalité différente, et cela se joue le plus souvent à un demi-ton près, tout en s’essayant à un autre ton à la fois plus clair, plus léger, moins engagé, avant d’opter pour une nouvelle inclinaison vers des tendances plus graves, plus proches que jamais de la source et tout aussi tâtonnantes dans leur apparition. Une par une j’ai vu les couleurs décliner chemin et lumière moi qui jusqu’ici restais aveuglée.

La poésie des petits pas #53

Je n’ai jamais su ce qui avait, un jour, incité la grande magicienne à remplir son frigidaire, si ce n’est la fréquence de ses voyages aux quatre coins du monde et au retour desquels il se peut que l’envie de se sentir chez soi s’était imposée avec davantage d’insistance et de douceur, il était temps pour elle de vivre l’aventure de l’autochtone installé. Il n’était pas question non plus de ne plus partir à nouveau, plutôt d’assurer une meilleure transition une fois revenue sur les terres de ses semblables qu’elle passait le plus clair de son temps à éviter pour se projeter plutôt dans d’autres contrées, parmi d’autres peuples et s’enraciner dans des habitudes étrangères pour mieux se retrouver dans son état d’esprit nomade, rien d’autre alors ne pouvait compter que la marche pour aller vers l’autre, explorer toujours plus loin à la recherche de ce qui pourrait faire écho à sa propre étrangeté au monde. Pourvu que rien ne soit défini et fixé, cela la rassurait plutôt de voir que les choses évoluent, tout en œuvrant dans la permanence.

            C’est la présence d’un avocat qui a mis la puce à l’oreille quant à l’existence d’une relation dans la vie de la grande magicienne, dont le frigidaire jusque-là restait tristement vide. Elle avait fait du guacamole et, à la grande surprise de la sorcière, il était délicieux, relevé. Sans doute n’avait-elle pas l’habitude de recevoir ou de préparer elle-même quelque chose, de fait il se passait quelque chose de particulier ce soir où j’ai eu la chance d’être conviée chez elle avec quelques autres qui semblaient la connaître très bien, moi pas du tout. Tout le monde se régalait de son guacamole, la sorcière était allée dans la cuisine ouvrir son frigidaire pour constater que quelque chose avait changé dans la vie de notre hôte, elle en était sûre, persuadée de la connaître mieux que personne, la grande magicienne ne cuisinait point.

Je me régalais du guacamole et de ce privilège génial d’être cette personne à l’attention de qui tout le monde y va de son anecdote sur la maîtresse des lieux, et d’une pour honorer ce moment de partage magnifique chez elle. Sublime aussi, ce moment où il faut finir le saladier de guacamole avant de partit au restaurant, elle prépare la dernière chips en raclant les bords pour être sûr qu’il ne reste plus rien, pour personne, et me la tend, mine de rien. L’appartement est inondé de lumière et de chaleur, les couleurs s’étaient conviées dans le monde entier pour décliner leurs plus subtiles et inédites nuances de la saison, moi j’écoutais ce que l’on voulait bien me raconter d’elle, oui me dévoiler de cette personne définitivement très spéciale. Elle m’impressionnait. Je pouvais l’admettre facilement, dès que son regard croisait le mien, je déviais pour ne pas me retrouvée empourprée et le visage écarlate, embourbée dans mon intention de briller et, au moment clé de devoir exprimer mon opinion, de m’entendre dire une sottise.

J’avais noté qu’elle faisait de la photo, où que mon regard se réfugie, parce qu’il m’était alors impossible de croiser le sien, je tombais sur celui d’une personne au teint mât et à la peau plissé ou encore celui d’un enfant aux yeux sombres dont les portraits emplissait la pièce pour témoigner de la bienveillance de la photographe au moment de prendre le cliché, aucun modèle ne semblait gêné ou agacé par la démarche, au contraire les regards étaient posés, fiers. J’aurais voulu les faire parler d’elle, savoir comment elle s’était démenée pour les mettre à l’aise et leur imposer son objectif sans les brusquer, si seulement ils avaient pu me raconter toutes les anecdotes possibles la concernant. Depuis quelques semaines déjà, j’avais remarqué mon manège lorsque je cherchais à faire tourner la moindre discussion autour d’elle, quelque soit mon interlocuteur, qu’il la connaisse ou non, je parlais d’elle en attendant d’apprendre quelque chose de nouveau qui puisse, en attendant de pouvoir me rapprocher d’elle, nourrir ma curiosité infinie pour tout ce qui pouvait la concerner, en toute discrétion.

La poésie des petits pas #52

Un matin, sur notre île, nous nous étions retrouvées à marcher sur un sol quasi lunaire. La terre noire et volcanique donnait à ce coin de l’île un caractère d’autant plus dépaysant et improbable que les reliefs, façonnés par un vent insistant, détonaient avec l’aspect lisse immaculé du ciel et de l’océan dont l’horizon noyait subtilement la frontière en face de nous. On aurait dit que l’érosion avait donné vie aux pierres tout autour, et que leurs couleurs vives, pareilles à l’attrait d’un oasis en plein désert, et qui ne serait pas un mirage de plus ici-bas, tendaient à mettre en exergue un paysage d’une beauté ineffable, à la fois sauvage et magique, et qui s’éloignait vers un infini en direction duquel nous marchions depuis un temps dissolu, le soleil grimpait à son zénith.

La lumière m’aveuglait et je ne distinguais bientôt plus aucune couleur tellement le vent emballait tout sur son chemin, il balayait les nuances autant que les quelques indications de direction données par la grande magicienne, que je ne suivais plus que d’un œil ouvert, comme son ombre. Je la suivais à la trace, presque mécaniquement, sans même réfléchir, j’évitais simplement de lui rentrer dedans si je sentais son pas ralentir, sa direction hésiter, j’en étais là.

J’avais tout loisir pendant notre séjour de l’observer de près, d’en percer le secret. Peut-être la magie d’un tandem réside-t-elle dans la cohabitation heureuse de deux solitudes, nous avancions ensemble, au même rythme, mais parfois sans se parler pendant un long moment, comme perdue l’une pour l’autre, plongée chacune dans nos propres pensées, abîmée pour ma part dans une perpétuelle et tortueuse interrogation concernant les siennes. Je ne pensais plus ni à mes pas ni à ma respiration, je m’étais accoutumée au silence et ne m’en trouvais pas incommodée, au contraire je lui aurais trouvé une certaine forme harmonique si les voix en moi ne m’avaient pas perturbée en interrompant le charme de notre tacite entente. Il me fallait alors me concentrer à nouveau sur mes pas pour marteler le rythme de la mélodie qu’insufflait ma respiration, et je pénétrais dans un silence entendu, une couverture intime. Plus aucun bruit extérieur ne me parvenait, parce qu’aussi bien je ne m’attendais plus à capter quoi que ce soit qui vienne perturber cette paix relative. A mesure que mes pas se faisaient plus légers pour faire le moins de bruit possible de peur d’éveiller mon esprit trop tourmenté, je me coupais d’elle, de moi et du reste du monde, j’étais expulsée en apesanteur sur la Lune, pour de bon et à des années lumières. Là-bas, je me sentais capable enfin de porter un regard neuf sur la terre et l’évolution des sensations, j’étais aussi attentive en plein jour à mon apnée qu’au plus discret de ses soupirs la nuit, aux inflexions de son souffle, j’y passais une éternité. Elle est devenue la mélodie que je voudrais lui crier dans les oreilles, le chemin du discours.

Nous avions regardé peu de temps auparavant un film sur un petit producteur de charbon noir, on le suivait caméra à l’épaule par-dessus la sienne pour entendre sa voix fredonner un air lointain comme pour se donner du courage, ensuite il choisissait un arbre puis le tronçonnait, cela lui prenait déjà une journée entière. Il en découpait plusieurs buches qu’il réduisait en cendres selon une tradition qu’il avait du apprendre en la voyant à l’œuvre, il s’appliquait à attiser les cendres sans jamais que le feu ne s’embrase. Enfin, il récoltait le charbon obtenu pour aller le vendre en ville et pouvoir nourrir sa famille, soigner les enfants et surtout, construire un vrai toit à sa maison à partir de tôle ondulée qu’il convoitait chez un marchand avant d’en apprendre le prix, exorbitant pour lui. En fin de parcours, avec trop peu d’argent en poche, il finissait dans une messe conjurer le sort et prier pour lui et sa famille comme le faisaient tous les autres autour de lui, qui étaient parvenus déjà à un état de transe, croire pour garder l’espoir.

Des cendres naît la chaleur.

La poésie des petits pas #51

De Madagascar, elle m’a rapporté un instrument de musique en bois avec un lémurien très joliment gravé dessus, je secoue la maraca rarement mais souvent je regarde le primate. Elle m’a également offert une écharpe et au moment de me l’offrir, elle m’en tend deux, une rouge et une bleue, à moi de choisir laquelle je veux pour moi, elle prendra l’autre. Piège. D’instinct, ou devrais-je dire réflexe lémurien primaire, mon regard se porte sur le bleu comme une petite fille endoctrinée et qui irait choisir la poupée Barbie plutôt que le camion. Je me sens d’autant plus ridicule dans ce réflexe que je n’ai jamais choisi la poupée et, connaissant la bête sauvage que j’ai en face, une panthère tout juste de retour d’une balade, force est de constater l’enjeu qu’elle met dans ce choix dont le dernier argument de décision n’est pas le moindre, elle sait que je sais, à présent qu’elle a atteint de son côté la maturité chromatique et qu’aucune nuance de vert ne la fera revenir en arrière, que sa couleur de prédilection est le rouge. Elle me tend les deux tissus à même hauteur et m’observe, concentrée. Je décide d’éloigner mon regard de l’écharpe bleue pour le porter vers la rouge et c’est elle que je vois rayonner dans la noblesse des motifs et du violet, de l’orange aussi, mêlés à sa couleur favorite, honorée comme jamais dans l’objet de son offrande posée entre ses mains sans qu’elle n’ait bougé ni fait le moindre commentaire. Les couleurs ont chaviré. Par quel miracle, je ne saurais le dire. Je suis partie avec l’écharpe rouge, en plein mois d’août. Je n’ai jamais eu trop chaud, cela fait trois éternités au moins que je n’ai pas eu chaud. Sauf quand je me suis retrouvée mitraillée par les rayons du soleil déclinant au septième ciel chez la grande magicienne et lorsque je portais l’écharpe rouge autour de mon cou à Paris. Tout l’automne, je l’ai portée, je l’ai traînée dans les rues de Paris, de chez moi à chez elle, dans les Parc des Buttes Chaumont, sur les berges du Canal Saint Martin, lorsque j’écrivais et qu’au bout de trois heures mes doigts, gelés et engourdis, ne trouvaient plus d’autre chaleur qu’au creux de mon écharpe, comme au début lorsque je me rechargeais en la serrant très fort, si fort que j’aurais voulu qu’elle m’engloutisse comme font les boas, pour ne plus avoir froid. Je me suis promenée dans la jungle de Paris, mon écharpe rouge nouée autour du cou, justement parce que j’arborais l’écharpe qu’elle m’avait offert, je me promenais par vents et marées, pour être certaine que tous restent persuadés que j’étais légitimée à rentrer chez elle, malgré les ragots et le qu’en dira-t-on et le mauvais œil et tout de qu’aurait objecté la sorcière.

L’écharpe me tient chaud au cœur, la magie opère pour faire circuler ses battements depuis mon cou jusqu’à mes poignets, en passant par mes tempes et mon estomac, son rouge à elle circule en mois et je circule parmi vous, poussez-vous, laissez-moi vous dépasser vous autres, que je prenne ma place, primate que je suis, celle qui occupe la première place dans son cœur.

La poésie des petits pas #50

Au retour de l’île, il neigeait et la couleur blanc avait tout envahi comme un manteau froid sous lequel il ne restait plus qu’à grelotter de tout son corps jusqu’à la prochaine éclaircie, il ne s’agissait pas non plus d’un blanc neige, immaculé et dénué de tout soupçon, mais d’un blanc cassé dans lequel on aurait pu voir des traces de bottes.

La même inquiétude que ce matin au stade, lorsque la blessure avait littéralement cloué sur place tout espoir de printemps, sans lui laisser la chance d’éclore et de rayonner, avec cette impression insupportablement troublante d’avoir été saboté dans son élan. Quelqu’un aurait voulu sectionner le câble dans du système moteur dans la course du soleil, la souffrance n’en eut pas été moindre.

Le matin du retour, c’était la nouvelle année et tout était calme, mais justement trop, cela devenait intrusif et suspect. L’environnement semblait prisonnier d’un filtre opaque qui empêchait de voir les choses clairement, par exemple avec de la couleur ou bien des nuances. C’est comme si les couleurs avaient d’un coup disparu, il n’y avait plus aucun rayon jaune, pas la moindre explosion de rouge dehors et sur les balcons, pas plus que d’azur dans le ciel, le vert restait enterré et même le marron ne se montrait pas, on aurait du à la limite reconnaître le violet sur la vitre givrée ou le gris à l’horizon, or ce n’était pas le cas. Même le jus d’orange frais servit par la grande magicienne parut incolore dans le verre désespérément transparent. Seule la magicienne était restée grande. Elle ne donnait plus l’air de prêter la moindre attention, elle vaquait à ses occupations et prenait le temps de choisir la musique appropriée. Rien n’allait plus, quelque chose avait été cassé dans ce renouveau, à moins qu’il ne se soit passé quelque chose d’autre.

Ce blanc cassé était pire que tous les noirs de la terre car dans le noir, depuis l’ombre, on peut encore chercher à discerner ce qu’il faut voir, après tout de l’obscurité nait la lumière, alors que ce blanc était cassé au point de ne plus donner aucune prise de vue, pour ainsi dire. L’opacité était presque intentionnelle, on empêchait de voir, de vivre et de crier, de survivre, comme dans ces rêves où l’on ne peut appeler au secours et s’échapper parce que rien ne sort. Une fois rentrée, il a fallut mettre un peu d’ordre dans les affaires avant de fermer les yeux. Toujours le même blanc cassé et opaque, pas de noir salvateur et reposant, ni autre couleur. Peut-être qu’en fermant les yeux encore et toujours plus fort, mais à moins de les coudre, il n’y avait pas moyen de se couper davantage du sens de la vue pour mieux percevoir ce qu’il se passait tout autour.

La neige tombait de plus belle, dans la cour les pas feutrés se posaient prudemment pour ne pas rompre le calme ambiant, on aurait donné la consigne aux gens de ne pas sortir pour cause de journée incolore, l’ambiance n’aurait pas été plus tamisée, presque étouffée pour ne rien laisser paraître d’ordinaire, au contraire tout acquérait des dimensions lunaires, rien ne voulait peser. Sauf les pas sur le blanc pour le casser. Une profonde inspiration plus tard, et la cassure s’est immiscée ici toute entière, sourde comme une grande vague de froid, tout a tremblé pendant une minute puis plus rien.

J’ai su que j’avais pénétré la cassure du blanc à ce moment précis. Et déjà, l’environnement ne me paraissait plus aussi souillé à l’intérieur, si je m’approchais du bord le blanc s’éclaircissait même par endroit pour laisser apparaître des filets de lumières, un reflet violet sur le givre et une ombre grise contre la paroi. Pas une couleur n’avait déjà cassé le blanc, toutes s’y étaient essayées pour toucher la lumière et se voir sous un nouveau jour. Inversement, le blanc venait apporter sa touche de nuance et de pâleur, une certaine forme d’équilibre et d’harmonie en se mélangeant à chaque couleur, sans vouloir la casser, simplement en lui insufflant une autre manière de trouver sa place dans le tableau, pour lui suggérer de nouvelles associations de couleurs à partir de sa teinte actualisée.

Le blanc ne m’aveuglait plus comme auparavant et la cassure ne me faisait plus peur, elle m’enseignait en me proposant d’envisager autrement la situation qu’en la considérant comme vaine, désespérée. Certes, j’étais de retour de notre île et quelque chose finissait, j’avais peur de la fin mais c’est en moi que la peur était logée, la fin existait parce que je l’avais dessinée. J’avais appréhendé le retour du voyage dès le départ, j’avais eu peur de la fin de ma relation dès la rencontre avec la grande magicienne, persuadée qu’elle pouvait disparaître d’un coup. La peur en moi était tellement présente et palpable qu’elle a tout englouti au moment où les couleurs de l’ailleurs et de l’émerveillement se sont évanouies, cristallisées en souvenirs. A nouveau, j’ai respiré profondément et j’ai convoqué une à une les couleurs de mes souvenirs, depuis le soleil haut dès le matin dont la lumière jaune et vive inondé les murs de la cuisine aux tomettes ocres, jusqu’au ciel dont le bleu détonait dans le calme matinal, à peine entendait-on le chant d’un oiseau, moi qui pensais que l’exotisme inspirait les mélodies les plus folles. Les montagnes au loin se découpaient dans les chapes de brume et l’on pouvait deviner la silhouette des sapins, le vert était foncé et sitôt dans l’ombre la forêt paraissait engloutir toute trace de lumière pour mieux s’ouvrir au regard au passage du soleil de ce côté. Les cimes paraissaient argentées par certains endroits et le miel récolté là-bas sentait la sève brute issue des plus généreux palmiers de l’ile, je le laissais couler le long de ma cuillère pour qu’il forme un filet en or et danse comme la flamme d’une bougie le soir pour nous divertir.

Je souris. L’or n’est pas une couleur mais il me rappelle le sourire de la grande magicienne, l’argent n’est pas une couleur non plus, pourtant je sens la douceur de ses cheveux lorsque je les caresse et je sais que j’aurai la chance de les caresser. Elle me dit que la magie est en moi. J’ouvre les yeux, la neige a cessé et le ciel est dégagé, on pourrait se laisser aller à imaginer le premier rayon du soleil balayer les derniers nuages, réchauffer la cassure par laquelle il aura enfin réussi à percer pour rayonner jusqu’ici du plus bel éclat, comme neuf.

La poésie des petits pas #47

De sa mère, elle avait hérité une prédisposition naturelle et évidente pour l’art et l’esthétique, pour le Beau et ce qu’il reflète du Bien tel qu’il est vécu, partagé ou bien bafoué au quotidien, de même elle avait une aversion prononcée pour tout ce qu’elle y voyait de moche et vulgaire. Elle s’était mise à la peinture sur le tard mais avec un enthousiasme et une liberté décuplés, comme si elle touchait pour la première fois au matériau qui lui permettait non plus de développer les clichés des autres ou rendre le plus juste possible le portrait d’une personne, mais d’exprimer directement son propre ressenti, ses émotions et états d’âme, elle qui n’avait d’ordinaire pas de temps à perdre avec tout ce ramassis de sentimentalisme pour dégénérés. La peinture lui parlait en termes de techniques et de couleurs, elle excellait selon son professeur dans le mélange des teintes, l’appréciation des textures, le choix dans les nuances. Mais par-dessus tout, elle attendait ce moment de pure grâce où elle pourrait lâcher son coup de pinceau et ne plus se retenir, elle l’attendait en sachant qu’elle ne pouvait rien faire pour le provoquer et appréhendait que cela n’arrive pas, et qu’elle reste dans le contrôle, la maîtrise. Toutes les semaines, elle continuait à mélanger les couleurs, alchimiste des chromatismes qu’elle était devenue, évoluant dans ses affinités pour les primaires depuis le bleu jusqu’au rouge, avec une prédilection ensuite pour le vert d’eau et l’ocre. Elle travaillait ses mélanges jusqu’à être habitée par la couleur, par la multitude de couleurs envisageables, oui par la palette infinie qui s’offrait à elle et envahissait son esprit, engourdissait son corps tout entier jusqu’à ce que le mélange généré coule dans ses veines, au plus profond pour en vérifier la vérité. Elle disait qu’elle sentait comme une couleuvre l’envahir, c’est ainsi qu’elle décrivait cet instant où la magie des couleurs opérait, lorsque les couleurs étaient à l’œuvre presque de manière autonome tant elle avait l’impression qu’une force extérieure prenait la main sur elle. Plus précisément, elle parlait de couloeuvre puisque cela n’avait rien à voir avec le serpent, qu’elle n’aurait su différencier d’une vipère, sinon qu’elle en attendait la morsure comme une révélation qui l’autoriserait à se lâcher dans le trait et libérer enfin son coup de pinceau. Tout le monde la félicitait pour ses œuvres, cependant on pouvait sentir son insatisfaction, quand bien même celle-ci nous paraissait illégitime et déplacée, il était vain de vouloir la consoler sous peine de l’agacer cette fois pour de bon. Finalement, cela la regardait elle seule. Pour ses amis, elle savait mélanger les épices et herbes qu’elle rapportait de ses voyages aux quatre coins du globe, la couleur gardait son importance au moment de servir ses mets variés, sans toutefois tomber dans un enjeu personnel ni passer par la même attente de la mue artistique et salvatrice. C’est en tout cas l’image que je m’étais faite du phénomène et que j’ai gardé de la grande magicienne, une couloeuvre, la sagesse du serpent à l’œuvre, lorsqu’elle avait évoqué son travail de peinture avec tant de passion que j’étais tombée amoureuse d’elle sur le champ.

La poésie des petits pas #16

A présent, il n’y a plus que le reste de couscous tiède dans l’assiette posée devant moi. J’ai laissé la fourchette, pris une gorgée de vin rouge et caressé du doigt les grains de semoule. Ils étaient secs et doux au toucher, une sensation de vertige m’a poussée à y plonger la main, les yeux fermés. Les gens ont disparu autour de moi, les graines le plat et la salle aussi, jusqu’à ne plus former qu’une substance pareille aux sables mouvants en train d’ensevelir mon bras et bientôt mon corps tout entier happé comme par un mouvement global qui avalerait tout ce qui ne se manifeste pas tout de suite ou ne donne plus signe de vie à la surface de l’assiette. Je n’ai montré aucune résistance et me suis laissée engloutir tel un insecte par une plante carnivore, résignée à suivre la voie de la fatalité, ou tout simplement anéantie par le chaos des choses qui ne se passent pas comme je l’aurais voulu, maintenant et aussi vite que possible, naturellement et sans besoin d’en faire trop pour les provoquer.

Une chemise verte, un jean marron, et je prends racine comme s’il poussait en moi un germe. Le souvenir des couleurs vives reste en moi, pourquoi je ne sais pas. Le germe pousse, naissent les branches et je grimpe dans ce refuge à partir duquel je me construis un chemin, sans comprendre comment croître dans cette matière ainsi colorée, sinon en la décomposant. Je choisis cet éclat de soleil timide et frais comme un zeste de citron en tout début de matinée et je l’associe à la promesse de l’orange qui déversera son sucre brun au moment du coucher, je porte en moi la promesse d’une belle journée, je me mets en marche. J’étire mes bras jusqu’à toucher le ciel. Elle a les yeux bleus, c’est le dénominateur entre le vert et le marron. Elle a forcément les yeux bleus, sinon pourquoi cette obsession. A chacun de mes pas,  l’océan de néant au-dessus de ma tête se farde d’un peu plus de pureté, de légèreté et d’azur, plus j’avance et plus l’horizon en face de moi semble surgir tel un géant pour mieux reculer et s’élargir aux quatre coins du ciel comme on tire un tapis pour en apprécier les subtils motifs. Je trouve mon rythme sans même m’en rendre compte, je ne m’aperçois plus que je marche, c’est plutôt la marche qui s’épanche en une respiration lente et en tentantes pensées.

A mesure que mes pas me portent, le bleu du ciel s’intensifie et celui à l’âme s’estompe. Désormais, la couleur vert se décline en une multitude de sublimes nuances acides fruitées, fraîches et vivifiantes, on peut en percevoir les délicieuses possibilités mille lieux à la ronde. Quant aux tonalités marrons, elles se sont d’abord apparentées à une destination toujours plus lointaine, pareil au mirage que l’on atteint jamais, jusqu’à se fondre toujours plus dans le paysage et y parsemer des parfums et épices qui stimulent tous les sens. J’ai l’impression à chaque pas en m’approchant du paysage en pleine création qu’il va pour me révéler un secret. En me prenant la main la vie m’invitait à danser sur cette mélodie, fascinante et familière, à la suivre comme ma propre intuition, secrète comme ma poche,  universelle comme le monde.