Trois éternités #60

Baptême pour moi sur le format S au triathlon des Mureaux, 750m de nage en eau vive / 20km de vélo / 5km de course à pied. Il est 15h et la température est de 31° à l’ombre. Folie. Je me suis alignée le matin même sur le format XS en relais, la question se posait encore de savoir si la combinaison était de mise ou non, l’eau était à 19°, tout le monde s’interroge. L’après-midi, le port de la combinaison est interdit, l’eau est à 24,5°, ma question est autre. Lorsque j’ai pris le départ du relais, en troisième position, mes lunettes se sont rempli d’eau dès le plongeon, j’ai paniqué et perdu du temps à les remettre correctement, en vain parce que je ne m’étais pas mise à l’eau pour changer mes lunettes de natation mais pour nager le crawl. Peine perdue, pour une raison que je ne connais pas, mes lunettes ont continué à se remplir d’eau tout au long des 400m de nage que j’ai parcouru à la brasse, sans visibilité ou presque. J’ai échoué au bord de la plage et du désespoir, déjà que nous n’étions pas en avance sur les autres équipes, je n’avais rien fait pour rattraper le retard pris depuis le départ de la course, il fallait absolument que je me relance sur le vélo et la course à pied. J’en voulais aux lunettes.

Sortie d'eau

Pourtant j’ai pris soin de les mettre à l’abri pendant la transition, comme si je n’avais que ça à faire alors que le chrono tourne et que je perds suffisamment de temps à lacer mes chaussures. Sur le vélo, je repends confiance, le drafting est interdit, si je me rapproche d’un cycliste je fais en sorte de le doubler, de fait j’en double plusieurs de suite et je fais en sorte de mouliner. La transition vers la course à pied est une réussite, obsédée que je suis par le fait de ne pas défaire la jugulaire de mon casque tant que je touche le vélo, la transition est quasi parfaite. Enfin c’est parti pour la course à pied, il fait chaud et je n’ai pour l’instant pas bu une goutte d’eau, j’ai rempli mon bidon mais je ne sais toujours pas boire en roulant. Tout s’apprend.

Transition capJ’attrape le gobelet d’eau qu’on me tend au début de la boucle dont j’ai entendu par les autres concurrents qu’elle est particulièrement difficile, un vrai parcours de cross, la boue en moins. De fait, le parcours est vallonné, un vrai casse-patte pour des jambes déjà engourdies par le vélo et la nage à la brasse, pourtant j’avance en me disant qu’il s’agit seulement de 2,5km. Mieux, je double une coureuse puis un coureur et encore d’autres concurrents dont la foulée me paraît plus fatiguée que la mienne, j’arrive au point de relais en ayant grappillé du temps.

Aire de relaisD’emblée, je ne me vois pas du tout faire cette boucle de course à pied deux fois sur le format S prévu dans l’après-midi, et pourtant j’ai une envie folle d’en découdre à nouveau avec cette natation en eau vive qui m’a terriblement frustrée, il va falloir y retourner dans trois heures. Ma montre, que j’oublie d’arrêter après avoir passé le relais au quatrième concurrent de mon équipe, indique 50mn50s, l’épisode des lunettes ne passe pas, comme si je n’avais pas nagé. La température grimpe dangereusement, il est temps d’aller prendre une douche et faire une sieste à l’ombre des pins du camping. Les lunettes de natation auront le temps de se détendre.

Il est 15h et le soleil est à son zénith, les épaules crament et les fronts perlent, la concentration est à son maximum avant le départ du triathlon S depuis la plage de la base de loisir de Verneuil-sur-Seine, nous nous sommes mis à l’eau pour éviter le choc thermique. Maintenant tout le monde est sorti, prêt à se précipiter à nouveau dans le bassin au coup de sifflet, il n’y aura pas de départ anticipé pour les femmes, c’est mon premier départ en meute. Nous avons eu le temps de nous rafraîchir et nous poser à l’ombre dans le camping, je me sens reposée et excitée à la fois, la bouée me paraît très éloignée et les nageurs très nombreux. Au coup de sifflet, je fais comme tout le monde, je me rue dans l’eau en franchissant quelques vagues à pieds avant de plonger et commencer à nager, les lunettes sont parfaitement réglées. Je garde en point de mire la prochaine bouée pour ne pas trop dévier, d’autres me passent devant et prennent la diagonale dans le sens opposé avant de corriger le tir, ça cogne de toute part mais j’arrive à ne pas être bloquée, j’avance du mieux que je peux vers la bouée jaune. Ma respiration est régulière, je ne panique plus comme ce matin, c’est même plutôt agréable d’être dans cette boucle hystérique de 750m de nage entre les canoës qui nous surveillent. J’atteins la première bouée fièrement, je n’aurais pas pu être plus près et je vise la deuxième, la plus éloignée en poursuivant mon tracé. L’eau est pleine de sable, j’expire sans être gênée. Un courant d’air froid me revigore au moment d’atteindre la deuxième bouée que je contourne en donnant des coudes, à présent il s’agit de rejoindre la troisième sur le trajet du retour et ne pas dévier de la zone de sortie d’eau, je ne vois encore personne en train de courir. Lorsque je sors de l’eau, j’ai le sentiment de m’en être pas trop mal sortie, non pas tant parce que j’ai allongé le mouvement de crawl, du tout même, simplement j’ai évité de trop dévier et surtout j’ai eu le temps de prendre beaucoup de plaisir dans cette partie natation que je redoutais tant. J’ai mis 22mn et je me dis que je peux gagner 2mn en privilégiant le crawl. Comme le matin, ma première transition est loin d’être optimale à cause des lacets qui me prennent du temps à nouer très serrés, je mets mon casque, ferme la jugulaire, prends le vélo. Le vent s’est levé et ce n’est pas plus mal sous cette chaleur, le parcours composé de deux boucles est un plaisir au point que j’en perds un peu de ma concentration pour observer les autres rouler dans le sens opposé, certains en peloton et d’autres le regard droit devant, loin. J’aurais pu rouler plus vite, gérer mieux les vitesses en ayant davantage d’expérience, si seulement j’avais pris les conseils d’un expert, je m’en sors avec un temps de 40mn, la balade. Il va me falloir trouver des sorties de 80km et apprendre à accélérer tout en m’économisant. Vient la transition vers la course à pied, je sais depuis l’épreuve de ce matin que je peux gagner du temps et je rattrape des concurrents dès la première boucle, j’ai encore la force d’encourager ceux du club, j’en rattrape un que je double de 2mn au temps final. 1h26mn54s.

Trois éternités #48

Dimanche, 8h59. C’est le jour J, je n’ai pas eu besoin de réveil, le triathlon m’appelle. Cette fois, contrairement à la veille, c’est comme il se doit par la natation que commencera l’épreuve, raison pour laquelle je la redoute tant puisqu’il s’agit de mon point faible actuel. Dans le cadre d’une journée idéale, j’aurais pourtant tendance à garder le meilleur pour la fin en débutant la journée par une course à jeun avant de partir sur les routes à vélo et me détendre en fin de journée dans la mer qui aura eu le temps de chauffer toute la journée. Somme toute, ma journée d’hier fut quasi idéale, celle à venir débute sous un soleil splendide. L’événement se déroule à la piscine Georges Hermant dans le XIXe, les vélos d’appartement sont positionnés à la sortie du bassin de 50m et la course à pied se déroule dans le très jolie quartier de la Mazouïa, on nous promet un parcours aux dénivelés prometteurs, j’ai trop hâte. Je pars avec la vague de 12h30, la sixième sur douze, je suis arrivée une heure en avance comme conseillé et briefée au moment où la vague précédente s’élance, certains à la brasse. Pendant un quart d’heure, je m’échauffe dans la ligne laissée libre et je réussi à tenir en crawl sur toute une longueur malgré la nervosité, je reviens à la brasse coulée, mon cœur s’accélère. Puis le moment vient de régler les vélos, j’ajuste la selle et me familiarise avec les vitesses. Enfin, le départ est donné par l’organisatrice, Edwige qui dirige en maîtresse de cérémonie la première édition de cet événement dont le déroulé est impeccable et l’énergie communicante. Je pars en crawl sur la première longueur mais je sens vite que l’excitation me coupe le souffle et qu’il va me falloir tenir jusqu’au bout au même rythme, je décide de revenir en brasse coulée comme à l’échauffement. Sur les côtés, je vois les autres devant, je ne suis pas non plus la dernière, je me recentre sur ma respiration, sur l’économie et l’énergie des gestes. Dans le dernier aller-retour, je repasse en crawl non sans mal, j’ai un sacré boulot à faire. Sortie du bassin, je monte en selle le temps de me vêtir aux couleurs du club et sans me sécher, j’ai réglé le vélo sur la vitesse la plus courte pour donner le maximum d’élan dès le départ et relâcher la résistance sur la fin du parcours qui prévoit ici aussi une petite côte. Devant les vélos, de gentils bénévoles nous aèrent à coup de planches, le spectacle est drôle. La transition du vélo vers la course à pied l’est moins, je sens mes cuisses en feu, raidies par l’effort et je peine sur les premiers mètres à retrouver une mobilité normale, l’air frais me fait du bien et je commence à profiter d’une petite descente jusqu’à la première côte dans les petites rues pavées voisine, l’endroit est délicieux mais le parcours ardu, je galère et je râle. Plusieurs fois, j’entends mon prénom et les encouragements des pisteurs mais je ne lève pas les yeux que je garde rivé au sol pour ne pas perdre de vue le parcours tracé, j’ai soif, je peine. La course finit par des marches que je dégringole jusqu’au ravito. Je finis 3e de ma catégorie, ravie et motivée pour progresser dans cette discipline et faire partie de cette équipe de rêve.