Trois éternités #61

Je suis celle qui évite les podiums, non pas que je n’ai jamais eu l’occasion d’en faire, au contraire je me suis retrouvée plusieurs fois en tête du classement depuis ma première médaille d’or au marathon des Gay Games, j’ai fini deuxième en duo au 5km de la Course de la St Valentin, 2e au 8km de la Course pour l’Egalité, 3e aux deux triathlons XS du 19e et 15e. Sauf que la plupart du temps je ne m’attends tellement pas que je n’attends pas les podiums. Comme ce samedi où je prends le départ du 10km du TIP (Tournoi International de Paris) dans le bois de Vincennes, je finis première femme avec un temps plus que moyen, 46mn37s. Certes nous sommes une dizaine de coureuses guère plus, toutes catégories confondues, et je ne me suis pas spécifiquement entraînée sur cette distance, j’ai même nagé 4km la veille et pour rien au monde je n’aurais manqué la séance de natation du vendredi soir jusqu’à 23h. Autant j’arrivais détendue à cette course, autant j’aurais vraiment adoré que quelqu’un n’importe qui vienne m’annoncer que j’étais la première femme à franchir la ligne d’arrivée. Mais le départ du 10km est commun avec le 5km ainsi que le duathlon… d’où la confusion. Je m’étais déjà alignée sur cette course il y a trois ans, l’année où j’ai repris la course à pied après la fracture du bassin en courant mon premier marathon, j’avais fini le 10km en 51mn. Cette année, je suis encouragée sur tout le parcours, par les coureurs comme par les pisteurs tout au long du parcours, j’encourage moi-même ceux qui me doublent ou que je reconnais, ça fait chaud au cœur et surtout sur ces deux boucles interminables de faux plat ça m’occupe. Cent mètres avant l’arrivée je m’offre même le luxe d’un sprint pour honorer la haie des supporters du club qui m’encouragent dans la dernière ligne, je tire sur les bras et ça passe, c’est fait. Je me dis encore une fois que j’ai du arriver parmi les dernières, j’ai de la chance parce qu’il reste quand même pas mal de victuailles liquides et solides au niveau du ravito. Mais je ne parviens pas à me réchauffer et je ne vois aucune raison de rester plus longtemps. Je lis les résultats du 5km, ceux du 10km tardent à paraître, tout le monde ne serait pas arrivé. J’apprends en début de soirée seulement que j’ai fini première femme et que j’ai encore une fois loupé l’occasion d’afficher les couleurs de mon club sur une marche du podium. Fichtre ! Pour la peine, je m’aligne dès le lendemain matin sur la même distance, le 10K Adidas, dont le parcours depuis la Concorde vers Opéra et la place Vendôme puis la pyramide du Louvre et les quais, fait vibrer les 22000 coureurs inscrits pour défendre leur quartier. Je n’oublie pas que j’ai commencé à courir avec le groupe de Pigalle, je suis passée sous les 50mn avec eux. Le temps est parfait et la course me paraît moins longue que la veille, l’ambiance est exceptionnelle et je finis à la seconde près quasiment dans le même temps que la veille, 46mn31s. Je ne m’explique pas la satisfaction d’avoir couru ces deux courses à la même allure, sinon l’impression d’avoir retrouvé un peu de forme et beaucoup de plaisir.