Vichy #19

Un mois depuis Vichy et une semaine depuis le triathlon super sprint du 8e arrondissement, dernier de la saison, je me suis inscrite à la première sortie vélo de la nouvelle saison pour ne laisser aucune place à la démotivation, le trajet doit nous mener jusqu’à Enghien-les-Bains puis à travers la forêt de Montmorency vers Luzarches en passant par la fameuse côte de Saint-Prix dont je ne sais pas encore qu’elle ne sera pas la seule, loin s’en faut, sur ce parcours vallonné. Une semaine aussi depuis le concert extraordinaire de la chorale au Palais de Tokyo et les nouveaux projets affluent parmi lesquels la réouverture du Tango, haut-lieu de la communauté, un rendez-vous est prévu ce samedi entre associations pour définir la charte de nos tee-dance. Au réveil à 7h en ce début de week-end, je sens parfaitement que je n’ai pas assez dormi pour me remettre de la fatigue de ces trois derniers jours en présentiel avec un déplacement et quantité de conversations à soutenir dans mes trois langues de travail, il me tarde déjà de me poser et souffler un peu alors que je me lève pour gonfler les pneus du vélo et me préparer aussi. Il a plu quelques heures auparavant et le risque de pluie reste faible, la sortie est maintenue mais tout le monde n’est pas au rendez-vous, nous sommes cinq gars et une fille au rendez-vous, 9h. Je découvre l’itinéraire pour rejoindre le lac d’Enghien par les quais en passant par Saint-Denis, la présence du canal me rassure sur les premiers kilomètres avant d’arriver vers Montmorency où les choses et surtout le dénivelé ne vont pas tarder à se compliquer, j’ai tellement entendu parler de cette côte de Saint-Prix, on manque de côtes autour de Paris, nous y voilà aujourd’hui et je n’ai aucun élan, rien dans les jambes pour affronter ce gros pourcentage, je galère déjà. Comme entre le troisième et le quatrième col au cœur de la montagne bourbonnaise à Vichy, notre parcours est une succession de côtes, il faut relancer sans cesse et je ne sais plus comment je viens à bout de ces 80km avec plus de 800m de dénivelés au bout de trois heures, je m’endors. Le retour en train me trouve congelée lorsque je sors de la gare, je me réchauffe en rentrant. Pas le temps de me poser qu’il faut repartir pour la réunion au Tango, la célèbre boîte à frissons et son décor sorti des années 1950 pour faire danser le Paris gay lors de soirées à thèmes dans une ambiance bonne enfant bien loin de l’arrogance des boîtes de nuit et autre clubs sans âme. La ville de Paris a racheté la discothèque historique en difficulté depuis les confinements, désormais gérée par un collectif autour d’actionnaires parmi lesquels la chorale toujours fidèle à ce lieu culte où s’organisait tous les ans le thé dansant avec notre show, une soirée dansante, c’est la même formule que nous voulons reconduire avec les associations présentes à la réunion. Nous discutons du nom à donner aux dimanches réservés aux filles, Thé au gazon, nous décidons d’une charte pour harmoniser nos soirées associatives et se soutenir dans la communication, enfin le nom de ma DJ préférée est cité pour animer de concert tous nos événements, je m’empresse de la féliciter en rentrant avant de me poser, pleinement satisfaite.

Photo : Vassily Kandinsky, Automne, 1901.

Poèmes au basilic et à l’oreiller #49

c’est une plage 
qui m’est apparue vaste et secrète
on m’a dit que toutes les vagues y roulaient pour moi
puis plus rien 
à moi de m’en débrouiller la plage
a serré les rangs autour de mes mouvements
dans le vent
j’ai donné quelques indications
sans que rien ne change vraiment juste l’impression
d’être au cœur
d’une métamorphose de paysage
déjà moins secrète la plage s’est mise à danser
oui le sable
par petits bancs s’est soulevé et
a secoué son érosion comme on s’étire
le matin
m’a surprise dans l’écume de mon rêve 
j’ai voulu m’étirer la coquille s’est fermée

Photo : Georgia O'Keeffe, "Pink Shell", 1925.

Poèmes au basilic et à l’oreiller #48

par surprise l’automne a soufflé sa brise 
de vérité un soir sur mon visage 
une lumière douce m’a suivie à la trace
elle s’est installée chez moi à ma table
et m’a dicté les vers de la saison
les tout premiers pour m’en donner l’idée
je l’ai écoutée frémir respirer
jusqu’à m’accorder à sa mélodie
et dans ses bras je me suis endormie

Photo : Emil Nolde, « Soir d’automne », 1924.

Poèmes au basilic et à l’oreiller #47

j’ai attenté un attentat au temps
il disait d’attendre 
je n’ai rien entendu
la blancheur du matin s’est trouvée bousculée
au temps pour moi je ramène le soleil
lui sait bien y faire
il te tire du sommeil
les oiseaux jouent le jeu ils te chantent le printemps
on peut tout recommencer si tu veux
changer d’âge d’habit
et d’habitude aussi
choisissons le même arbre pour habiter ensemble
puisque tout est permis à qui l’écrit
chêne ou cerisier
j’y installe les bougies
on a toute l’année pour hiberner au présent

Photo : Joan Miro, « Femmes armées de faucilles », 1938.

Poèmes au basilic et à l’oreiller #46

au creux de ce même soleil encore rêver d’or
dors
quand je déploie les ailes pour venir te voir
et vois
notre ciel où personne n’avait volé
à ton tour
de me dire cet ailleurs où tu restes
je ne suis là
que pour guider ton vol vers ça
ce nous toi et moi
l’avons inventé ici
au cœur d’une roseraie
la caresse des roses pique
sauf dans la paume de ma main
où tu viens chanter
je t’y écoute tous les matins
le cœur ouvert
au moindre refrain cette étincelle
me réchauffe
comme si tu ne m’avais pas oubliée
encore
si j’avais la chance d’être l’unique rose
moi
je te couvrirais de baisers soleil doré

Photo : Félix Vallotton, "Soleil couchant dans la brume", 1911.

Poèmes au basilic et à l’oreiller #45

bleue la fable en prose qui raconte la vie en rose
et bleus les mots valsant au rythme de la fête
j’ai le réveil orange 
des matins en été
la douceur qui se mange 
sur tes lèvres sucrées
d’en haut le ciel nous regarde il aimerait tant 
s’allonger avec nous dans l’herbe verte et folle
et laisser à la lune
le bonheur de veiller
sur les rêveurs à plume
qui s’approchent de trop près

Photo : Joan Miro, « La lune bleue », 1955.

Poèmes au basilic et à l’oreiller #44

je sollicite ici le velours de la nuit 
puisqu’il pèse si tôt le matin sur tes paupières 
puisse-t-il ouvrir 
le rideau de tes yeux de fauve
sur une saison encore jamais jouée jouissive
tous les matins 
réveil festif
café sourire
vivre à souhait
viens on refait notre entrée sur scène toi d’abord
puisqu’on y est réinventons code et décor
lumière cuivrée 
le soleil sommeille dans les loges
pas de script ni mise en scène rien que le silence
je m’approche et
ton regard feu
donne le la d’un 
jeu amoureux
puisqu’on prendrait certaines saisons plus au sérieux
fais-moi donc réciter les répliques de l’hiver
et tu sauras
comment je te connais par cœur
on rit aux larmes sous les ovations du public

Photo : Alexandra Exter, "Composition théâtrale", 1925.

Poèmes au basilic et à l’oreiller #43

pour autant j’étais vivante 
l’oiseau le savait
et s’en étonnait 
en entonnant son bel hymne
à notre amour tissé si spécialement
presque lisse à travers plis
et intempéries
que son fil doré
pourrait habiller les arbres
de la forêt fauve où sauvages et vagabondes
quand pour la première fois
le chaud soleil roux
a chauffé la voix
de tous ces poèmes de toi
qui m’ont traversée comme un vrai souffle de vie

Photo : Pablo Picasso, « Le baiser », 1925.

Poèmes au basilic et à l’oreiller #42

deux minutes d’arrêt et cette gare qui dit
viens
on s’en fout on descend on verra
suis-moi
je te promets de t’emmener très loin
tout près
de moi qui n’attends que ça le train qui s’arrête
et la vie qui commence
des paysages moins sages
à force de tourner les pages de notre folie
tout un défilé en fanfare qui s’y connaît
en douceur pour t’aimer un peu plus
chaque jour
le silence prend ta main puis la mienne
dans mes pas
l’évidence se lève comme le soleil dans le ciel
elle reste haute et s’impose comme une étoile
viens

Photo : Joan Miro, "Le gendarme", 1925.